
Le Colonel-général Ihor Smeshko, ancien chef du Service de sécurité d’Ukraine (SBU) de 2003 à 2005, et de la Direction générale du renseignement du ministère de la Défense ukrainien, est le fondateur du parti conservateur-démocrate « Force et Honneur ».
Dans cette suite de la 1ère Partie de son entretien exclusif pour Le Diplomate média, Ihor Smeshko aborde le soutien occidental à l’Ukraine, l’après-conflit, les conditions d’une paix viable et les réformes indispensables pour ancrer l’Ukraine dans l’espace européen.
Entretien réalisé par Roland Lombardi
Le Diplomate : Le soutien occidental, militaire comme financier, est crucial pour l’Ukraine. Comment envisager une coopération encore plus solide et coordonnée, notamment face à la lassitude potentielle de certaines opinions publiques ?
Ihor Smeshko : Le soutien occidental à l’Ukraine repose sur la compréhension que la sécurité de l’OTAN commence en Ukraine. Cela a été récemment confirmé officiellement par le Premier ministre britannique Keir Starmer lors de sa rencontre avec le chancelier allemand Friedrich Merz. Il repose aussi sur une juste appréciation de la menace existentielle que représente la Russie d’aujourd’hui pour l’Europe — ainsi que l’a récemment déclaré le directeur du renseignement extérieur français, Nicolas Lerner.
Il est certes regrettable que de telles déclarations publiques et véritablement courageuses n’aient été faites par des représentants des élites d’État occidentales que onze ans après l’agression de la Russie en Crimée. J’étais parvenu à des conclusions similaires dans un entretien au Figaro le 20 mars 2014. Si les dirigeants occidentaux, à l’époque, avaient tiré des conclusions et fait des déclarations analogues, et avaient immédiatement commencé, avec l’Ukraine, à se préparer à repousser l’agression russe, la menace de la Troisième Guerre mondiale aurait été éliminée à la source.
Le fait est que la puissance de tout État ne tient pas seulement à la force de son économie, de son armée, de sa diplomatie et de sa politique d’information, mais aussi à l’état et à la qualité de ses élites politiques et professionnelles, de sa société civile et à la justesse de ses stratégies. L’absence de stratégie commune de l’Occident à l’égard de l’Ukraine et de la Russie depuis 1991, conjuguée à l’incompétence et à la corruption de plusieurs gouvernements ukrainiens, a conduit à une nouvelle tragédie pour le peuple ukrainien et à la menace d’un déclenchement de la Troisième Guerre mondiale au cœur de l’Europe.
L’opinion publique dans les démocraties est façonnée par les médias de masse et la politique d’information des gouvernements. Si les gouvernements présentent des signes de populisme, d’incompétence, de corruption, d’égoïsme à courte vue, de bureaucratie indécise et de peur des responsabilités, le malheur est assuré. Le monde autoritaire exploitera immédiatement ces faiblesses pour détruire les démocraties de l’intérieur.
Le moment est venu de dire à nos peuples européens la vérité, fût‑elle amère. Seule la vérité peut guérir. Les démocraties occidentales sont de nouveau menacées de destruction. Une nouvelle stratégie coordonnée entre les pays démocratiques occidentaux est nécessaire pour répondre à l’humeur publique de pacifisme injustifié et de fatigue liée aux contraintes inévitables d’un renforcement des capacités de défense internes et externes des démocraties. Il faut commencer par dire à leurs citoyens et électeurs la vérité sur l’Ukraine, sur l’histoire de son peuple et sur sa pleine appartenance européenne depuis le Moyen Âge.
En outre, il convient d’expliquer que l’Ukraine est une nouvelle fois la frontière de l’Europe, là où se décide son destin dans la confrontation avec l’autoritarisme asiatique. Sans travail d’information et d’éducation auprès de ceux qui, en Occident, se disent fatigués, il sera difficile de gagner l’affrontement idéologique contre l’expansion russe. Il faut démystifier les mythes de propagande que la Russie promeut depuis des siècles dans les pays occidentaux, en finançant leurs porteurs au sein des sociétés occidentales.
Peut‑être faut‑il rappeler plus souvent que l’Ukraine n’est pas un « pauvre parent » ni une assistée de l’Occident, mais un allié européen sincère, puissant par l’esprit de son peuple et le courage de ses soldats. L’Ukraine défend aujourd’hui non seulement elle‑même, mais toute l’Europe contre une dictature impériale nucléaire. Chaque soldat ukrainien qui défend la ligne de front réduit le risque d’une confrontation directe entre l’OTAN et la Russie. Grâce à la résistance ukrainienne, les pays de l’Alliance n’ont pas perdu un seul soldat.
Sans parler de la contribution de l’Ukraine à la victoire sur l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale (1939‑1945), qui a sauvé des millions de vies, tant d’autres peuples européens que d’Américains. Avant l’ouverture du second front en Europe en 1944, les Ukrainiens avaient détruit pendant trois ans les meilleures forces de la Wehrmacht, réduisant la menace, y compris pour les États‑Unis, et sauvant ainsi la vie de leurs soldats. Incidemment, grâce aux 10 millions d’Ukrainiens morts, dont 3 millions dans l’armée, les États‑Unis ont évité d’avoir à débarquer en Europe occidentale avant 1944. C’est un fait historique que plus de 70 % des divisions allemandes combattaient sur le front de l’Est, et leur destruction — à laquelle les Ukrainiens ont grandement contribué — a sauvé des millions de vies en Occident, y compris américaines.
Au‑delà de la phase militaire, la reconstruction de l’Ukraine exigera des investissements colossaux et des réformes en profondeur. Quelles priorités définiriez‑vous pour la reprise économique et la modernisation institutionnelle du pays ?
Les priorités clés doivent être des mesures visant à renforcer les quatre éléments du pouvoir d’État de l’Ukraine : l’économie, l’armée, la diplomatie et la politique d’information — à un niveau tel qu’il dissuaderait la Russie de toute nouvelle velléité d’agression. Cela peut être atteint par une réforme du système démocratique de gouvernance, l’élimination de la corruption systémique au sein du gouvernement et le retour au pouvoir d’une élite professionnelle et compétente.
Avec deux Maïdan (2004 et 2013) et onze ans de résistance à l’autoritarisme russe, l’Ukraine a une nouvelle fois prouvé qu’elle possède un peuple épris de liberté et orienté vers la démocratie, et certains des meilleurs soldats professionnels. Il est maintenant temps de réformer ses élites politiques, qui doivent être à la hauteur de leur peuple.
Ces élites ne doivent pas être composées de « politiciens professionnels » corrompus, de « nouvelles têtes » jeunes mais inexpérimentées au pouvoir, ni de populistes ignorants d’arrière‑plan « activiste », mais de professionnels chevronnés, au parcours éprouvé, dotés d’une expérience de vie et d’une réputation irréprochable au service des intérêts de l’Ukraine. L’ossature de l’État ukrainien doit enfin être l’armée, et non les forces de police protégeant les autorités politiques. C’est l’armée qui doit devenir la source de talents politiques pour la nouvelle élite patriotique de l’État.
La relance et le renforcement du potentiel industriel et manufacturier de l’Ukraine, ainsi que d’une économie productive et innovante, sont tout aussi cruciaux pour assurer la croissance de la classe moyenne en tant que fondement social de la démocratie. L’Ukraine a le potentiel pour y parvenir, même sans soutien extérieur. Mais, bien sûr, nous aurons besoin d’aide en investissements, surtout compte tenu de l’occupation et des destructions énormes sur 20 % du territoire ukrainien. Je souligne toutefois que ce sera un mouvement mutuellement bénéfique — pour l’Ukraine comme pour le renforcement de l’Europe dans son ensemble et l’accession de celle‑ci au statut de continent indépendant et autosuffisant.
Je rappelle, entre autres, que l’Ukraine se classe première en Europe et 44e au monde (sur 195 pays) par sa superficie — 603 548 km². Par les terres arables — près de 33 millions d’hectares — elle est première en Europe et sixième au monde. Les terres arables représentent environ 53 % du territoire ukrainien, ce qui est l’indicateur le plus élevé d’Europe.
L’Ukraine arrive aussi première en Europe pour les réserves de minerai d’uranium. Elle possède sa propre industrie nucléaire développée et se classe deuxième en Europe et dixième au monde pour les réserves de titane. Elle est deuxième au monde pour les réserves de manganèse (environ 2,3 milliards de tonnes, soit 12 % des réserves mondiales) ; deuxième au monde pour les réserves de minerai de fer (environ 30 milliards de tonnes) ; deuxième en Europe pour les réserves de mercure et troisième en Europe pour les réserves de gaz de schiste. Elle se situe au 13e rang mondial pour les réserves de gaz, estimées actuellement à 22 000 milliards de m³, et au 7e rang pour les réserves de charbon (environ 33,9 milliards de tonnes prouvées).
Rappelons aussi qu’aujourd’hui, l’Ukraine est déjà un pays industriel et manufacturier développé avec une bonne infrastructure intérieure. Elle est troisième au monde et deuxième en Europe pour la capacité de stockage souterrain de gaz naturel ; deuxième en Europe et quatrième au monde par la longueur de ses gazoducs ; avec une longueur totale d’environ 21 000 km, 11e au monde par la longueur de son réseau ferré ; troisième en Europe et huitième au monde par la capacité des centrales nucléaires.
En outre, avant la guerre, l’Ukraine se classait première en Europe pour la production d’ammoniac ; troisième au monde pour la production d’équipements de localisation ; troisième pour les exportations de fer ; et quatrième pour les exportations de turbines pour centrales nucléaires, de moteurs de fusée, de titane et d’argile. Elle était huitième pour les exportations de minerais et concentrés, neuvième pour les exportations de produits de l’industrie de défense et dixième pour la production d’acier (environ 32,4 millions de tonnes par an).
Enfin, l’Ukraine arrive première en Europe par la superficie de terres arables et troisième au monde par la superficie de tchernoziom (terres noires), estimée à environ 25 % des réserves mondiales. Elle occupe la première place au monde pour les exportations d’huile de tournesol, la deuxième pour la culture de l’orge et la quatrième pour ses exportations. En 2022, l’Ukraine se classait troisième au monde pour la culture du maïs, quatrième pour ses exportations et la production de pommes de terre, cinquième pour la production de seigle. Elle est quatrième au monde pour les exportations de miel, huitième pour les exportations de blé, neuvième pour la production d’œufs de poule et seizième pour les exportations de fromage.
Cependant, comme évoqué plus haut, ce potentiel doit être réalisé conjointement à une réforme politique. Cela exige d’abord la formation de deux partis structurants fondés non sur des cultes de la personnalité mais sur l’idéologie démocratique : l’un conservateur‑démocrate, l’autre libéral‑démocrate. C’est nécessaire pour faire émerger une opposition permanente au parlement. Sans elle, il sera impossible d’établir une bureaucratie d’État non corrompue, l’État de droit et un système judiciaire équitable.
Cela est aussi nécessaire pour choisir correctement le modèle de l’économie ukrainienne. Son succès ne doit pas se mesurer à une stratification accrue de la société entre une poignée d’oligarques et une majorité appauvrie et lumpénisée, mais à l’émergence d’une classe moyenne dominante et majoritaire. En Ukraine, cette classe doit représenter au moins 50 % de la population.
Le conflit est souvent présenté comme un choc entre un modèle démocratique et un régime autoritaire. Quelles valeurs démocratiques l’Ukraine doit‑elle préserver à tout prix, même sous la pression de la guerre ?
Merci pour votre question fondamentale et cruciale. Nous avons déjà parlé de l’importance de la stratégie. L’Ukraine dispose d’une société civile qui, historiquement, depuis le XVIIe siècle, penche vers des formes de gouvernement démocratiques. Les tentatives de construire un autoritarisme en Ukraine après 1991 ont provoqué deux vagues de protestation. La dernière, en 2013, a tellement effrayé le Kremlin — la réussite de la construction démocratique en Ukraine pouvant devenir un exemple pour la Russie — qu’il a déclenché la guerre.
Le peuple ukrainien, à la différence de la Russie, est authentiquement européen et, dans sa grande majorité, chrétien. Si l’on prend le nombre total d’Ukrainiens dans le monde, il approche 50 millions. Les traditions culturelles et morales chrétiennes, tout comme les traditions démocratiques européennes, dominent en Ukraine. Des musulmans vivent aussi en Ukraine — notamment des Tatars — mais ils ne sont pas plus d’un demi‑million de citoyens. Géographiquement, l’Ukraine est au centre de l’Europe, avec la Biélorussie européenne et la partie européenne de la Russie eurasiatique au nord et à l’est. Par conséquent, historiquement et naturellement, l’Ukraine n’a qu’un seul avenir : rester dans l’espace civilisationnel et culturel paneuropéen des démocraties européennes.
Cependant, on ne peut construire en Ukraine des formes modernes de démocratie européenne sans élaborer au préalable une stratégie — un plan architectural de cette construction. C’est nécessaire aussi pour élever le niveau de culture politique de la société civile, qui sait déjà se soulever contre l’autoritarisme mais ne sait pas encore élire ensuite un gouvernement digne. C’est précisément pourquoi il faut formuler et diffuser des lois pour bâtir des formes modernes de démocratie et des valeurs démocratiques fondamentales, que les nouveaux élus d’après‑guerre devront respecter et mettre en pratique, pas seulement proclamer.
J’ai formulé ces trois lois fondamentales de la démocratie et les ai publiées avant la dernière élection présidentielle de 2019. Elles ont reçu un certificat national d’enregistrement du droit d’auteur (nº 87693 du 11 avril 2019). Permettez‑moi de les citer de mémoire : (https://day.kyiv.ua/article/den-planety/nevyvcheni-uroky-hetmanatu-ta-natsionalna-ideya-ukrayiny-u-suchasnykh-umovakh2)
La première loi de la démocratie moderne peut être appelée la loi du niveau nécessaire de développement de la base socio‑économique et de la culture politique de la société civile pour assurer le bon fonctionnement des institutions démocratiques du pouvoir. Cette loi stipule qu’une masse critique de classe moyenne prospère et un certain niveau de culture politique dans la société civile sont des conditions nécessaires mais non suffisantes à l’existence d’une démocratie florissante.
Elles doivent être suffisantes pour assurer le fonctionnement des institutions démocratiques du pouvoir, le contrôle du pouvoir par la société et l’adaptation nécessaire des algorithmes de gestion du pays afin de protéger la démocratie en fonction des changements de l’environnement interne et externe.
La deuxième loi de la démocratie moderne est la loi de la configuration (répartition, équilibre et contrepoids) des institutions démocratiques. Elle consiste en ce que la nomination véritable par l’élection, la responsabilité et la transparence des autorités en démocratie, ainsi que l’égalité de tous les citoyens devant la loi, ne peuvent être garanties que par une séparation réelle des trois pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire. Parallèlement, le maximum possible de fonctions internes d’administration doit être transféré au niveau le plus bas de l’autonomie locale, et les droits de l’opposition parlementaire doivent être définis et protégés par la loi.
La troisième loi de la démocratie moderne peut être appelée la loi de la stabilité politique, de la continuité et du professionnalisme de l’administration publique en démocratie. Elle consiste en ce que la condition nécessaire — mais non suffisante — de la stabilité politique en démocratie est l’existence, dans le pays, d’au moins deux partis fondés sur l’idéologie de la démocratie et non sur un leader. Ces partis peuvent diverger dans leur vision du développement évolutif du monde — l’un conservateur, l’autre libéral — mais être unis par des valeurs démocratiques communes : élection, responsabilité et ouverture des organes du pouvoir à la société.
Ces deux partis doivent être consciemment antirévolutionnaires et disposer d’une réserve de personnel professionnel formé pour gouverner l’État dans des conditions démocratiques. Ils doivent être prêts non seulement à gouverner le pays, mais aussi à obéir à la volonté des électeurs et à être périodiquement dans l’opposition parlementaire. Ils doivent accorder plus de valeur au principe de l’État de droit qu’à leur propre idéologie et exercer un contrôle effectif sur le pouvoir exécutif tout au long de leur présence dans l’opposition.
S’agissant d’assurer la stabilité et le professionnalisme des organes du pouvoir en démocratie, cela doit être garanti par un système légalement défini de protection des professionnels non partisans contre l’influence illégale des responsables politiques. Les politiciens changent après chaque élection, tandis que les professionnels non partisans font carrière pendant des décennies. Ils doivent être les dépositaires de la mémoire institutionnelle, du professionnalisme et des traditions durables de l’État. La garantie de tout cela doit être la liberté d’expression et des médias professionnels et patriotiques, libres de toute influence illégale — le quatrième élément de « pouvoir non étatique » en démocratie.
Technocrate, je comprends que la démocratie est un système socio‑économique très complexe, bien plus que les systèmes techniques. Comme ces derniers, elle a ses lois objectives de développement. L’une d’elles veut que toute tentative d’améliorer un élément d’un système intégré détériore à coup sûr le fonctionnement du système dans son ensemble. On ne peut améliorer un élément qu’après analyse préalable de sa place dans la hiérarchie du système ; cela doit être précédé de l’analyse des liaisons entre cet élément et les autres, de l’influence de l’élément sur la finalité et la fonction‑objectif du système dans son ensemble et de l’influence de l’environnement externe sur eux.
Considérons donc les dommages qu’ont causés à l’Ukraine, au fil des années d’indépendance, les réformes non systémiques de ses organes de gouvernance, issues de l’accession au pouvoir de personnes ignorantes des fondamentaux de l’analyse et de la synthèse systémique de systèmes techniques plus simples, mais qui se sont hardiment immiscées dans les processus d’une prétendue édification démocratique, détruisant en fait ses bourgeons dans les autorités. Elles se dissimulaient derrière une rhétorique pseudo‑démocratique, tout en tentant de copier le modèle de gouvernance autoritaire oligarchico‑clanique à la russe. Ce fut la cause des deux Maïdan à Kyiv.
Depuis 2014, l’Ukraine a engagé des réformes pour se rapprocher des standards européens. À votre avis, quels textes législatifs ou réformes prioritaires faut‑il adopter pour consolider la démocratie ukrainienne ?
Les principaux marqueurs — indicateurs d’une véritable démocratie —, comme nous l’avons dit, sont la séparation réelle et l’indépendance des trois pouvoirs, leur élection périodique, ainsi que la transparence, la responsabilité et le contrôle par la société. L’essentiel est d’assurer l’État de droit en pratique, avec l’égalité de tous devant la loi : cela inclut l’inscription dans la loi des principes de protection des libertés et de la dignité de tous les citoyens, de leurs biens et de la liberté d’expression ; la protection juridique des médias professionnels et indépendants ; et la garantie de la sécurité externe et interne pour les citoyens — pas seulement pour les gouvernants…
Presque tous ces principes et standards figurent déjà dans la Constitution ukrainienne de 1996. Par son contenu, elle est pleinement démocratique et l’une des meilleures d’Europe. Toutefois, depuis son adoption, les dispositions de la Constitution n’ont pas été développées en un système de lois et de règlements garantissant leur mise en œuvre pratique par les tribunaux en tant que normes d’application directe. Cela ne demanderait pourtant pas beaucoup de temps : en quelques mois, un paquet de lois coordonnées avec la Constitution en vigueur pourrait être adopté, et le modèle politique de gouvernance radicalement amélioré.
Je pense à des lois prioritaires telles que : loi sur le président, sur la destitution (impeachment) du président, sur le Cabinet des ministres, sur le Parlement et les partis politiques, sur le contrôle parlementaire et l’opposition, sur la justice, sur l’autonomie locale, sur les forces armées et la protection sociale des militaires et de leurs familles, sur le parquet et les forces de l’ordre, sur la fonction publique, sur l’éthique juridique et la lutte contre la corruption, sur la protection juridique des retraités et des personnes handicapées, sur l’information, sur la protection juridique des médias et de la vie privée et des données personnelles des citoyens, etc.
Ces lois peuvent être adoptées en paquet, en extirpant des textes actuels les éléments autoritaires cachés et en les consolidant conformément aux normes de la Constitution ukrainienne comme normes d’application directe. Ce seront de véritables réformes de renforcement de la démocratie en Ukraine, avec une garantie supplémentaire de protection de la démocratie ukrainienne contre l’influence destructrice extérieure russe sous la forme d’un nouveau ministère consolidé — par exemple, un ministère de la défense, des anciens combattants, de la jeunesse et des sports, à l’instar de la Suisse (de nom).
Malheureusement, je dois souligner encore une fois que le frein au développement démocratique de l’Ukraine est le retard important du développement de ses élites politiques modernes sur celui de la société ukrainienne, historiquement portée vers la démocratie. Je veux parler de ceux qui détiennent aujourd’hui le pouvoir politique réel en Ukraine, contrôlent les nominations et les ressources du pays et prennent des décisions stratégiques qui déterminent la direction du développement de l’État.
Ils dirigent actuellement les sphères politique, financière, économique, militaire, internationale, informationnelle, religieuse, culturelle, artistique, scientifique, technique, médicale, éducative, environnementale et démographique de notre vie. Pourtant, les meilleurs professionnels de la véritable élite du pays sont, pour l’heure, en dehors de l’élite politique dirigeante.
Une fois la guerre terminée, comment garantir l’organisation d’élections libres et transparentes, tout en gérant les conséquences du conflit sur le territoire et la participation des citoyens déplacés ou réfugiés ?
Deux facteurs principaux peuvent garantir des élections libres et transparentes. Le premier groupe : la société civile et les anciens combattants, qui ont supporté l’essentiel de la guerre. Deuxième point : des pays occidentaux influents — États‑Unis, Royaume‑Uni, France, Allemagne — devraient assumer la responsabilité d’assurer la transparence et la légitimité des actions des autorités. Les Ukrainiens ont épuisé le quota des Maïdan pacifiques en 2004. Le second, en 2013, fut sanglant. Un troisième, d’après‑guerre, pourrait détruire ce que le Kremlin n’a pas réussi à abattre par l’agression. Le million de vétérans et le peuple qui ont arrêté l’agresseur n’accepteront aucune tentative de fraude électorale, surtout s’il existe des motifs de douter de l’équité et de l’honnêteté des résultats.
L’histoire des élections en Ukraine montre que, depuis 1991, le niveau de démocratie a eu tendance à décliner. Les plus démocratiques furent les présidentielles de 1991 et 1994 : à cette époque, les autorités tenaient encore compte de l’opinion de la société et de l’Occident, les médias jouissaient d’une certaine indépendance, il y avait une opposition au parlement, les oligarques n’existaient pas encore, et les responsables des forces de l’ordre étaient nommés parmi des professionnels de carrière, non parmi des politiciens.
Les professionnels de carrière craignaient d’enfreindre la loi ; elle les protégeait des révocations politiques illégitimes de la fonction publique, même après les alternances de pouvoir. Au pire, ils pouvaient être mutés ou transférés à d’autres postes dans la fonction publique civile ou militaire. Cette pratique fut détruite après la Révolution orange de 2004.
Sous le président Iouchtchenko, à partir de 2005, près de 40 000 professionnels de carrière furent limogés des organes de sécurité, de la sûreté et de l’État. Ils furent remplacés par des « activistes » inexpérimentés et non qualifiés issus du cercle des soutiens de Iouchtchenko et de son entourage. Cela a catastrophiquement réduit le professionnalisme et la compétence des autorités de l’État, surtout des forces de l’ordre et des services spéciaux. Les premiers à être renvoyés furent ceux qui avaient empêché la fraude électorale en faveur de son adversaire, Ianoukovitch, le bain de sang pendant le Maïdan et assuré le transfert pacifique du pouvoir entre ses mains.
Le pouvoir en Ukraine a toujours exercé une influence administrative sur les résultats électoraux. Mais, au moins jusqu’en 2005, il craignait ses propres organes de sécurité. En 2004, le Service de sécurité d’Ukraine (SBU) a ouvert de sa propre initiative une procédure pénale sur des tentatives de fraude en faveur du chef du gouvernement et candidat pro‑gouvernemental, le Premier ministre Ianoukovitch : la fraude s’effectuait via un serveur parallèle de la Commission électorale centrale (CEC), et le SBU a interpellé plusieurs employés de la commission. Ce fait a pesé dans la décision de la Cour suprême d’Ukraine d’annuler les résultats du second tour et d’ordonner un troisième tour.
Iouchtchenko, lui aussi ancien chef du gouvernement et alors candidat de l’opposition, n’a pas assuré la légalité de cette instruction, ni mené l’affaire devant la justice, ni puni les responsables de la fraude après son élection. Il a rapidement facilité le retour de Ianoukovitch au poste de Premier ministre et l’a de facto aidé à devenir le nouveau président en 2010. Depuis, les élections se sont tenues avec une impunité croissante de l’usage dissimulé, par les autorités, de l’influence administrative sur leurs résultats. Des politiciens à la tête des forces de l’ordre ne réagissaient plus à ces actions de leur force politique au pouvoir.
Aujourd’hui, dans le contexte de la guerre, pour des raisons parfaitement compréhensibles, une dérive tectonique vers un style de gouvernance autoritaire s’est opérée en Ukraine. Cela menace la construction démocratique. Par conséquent, l’Ukraine aura plus que jamais besoin d’une aide professionnelle des pays amis démocratiques de l’Occident. Ils doivent aussi assumer la responsabilité de la préparation et de la conduite des prochaines élections, et en être les garants de l’équité et de la conformité aux standards démocratiques européens. Comme je l’ai dit, les enjeux sont extrêmement élevés. Les vétérans et le peuple ukrainien ne reconnaîtront jamais les résultats s’ils les jugent injustes.
Les conditions objectives de la loi martiale en Ukraine — administrations militaro‑civiles locales, restrictions à la liberté d’expression, espace d’information unique contrôlé par les autorités, contrôle administratif de l’activité politique — posent des menaces naturelles pour la société et des tentations pour les autorités en place. Votre question sur la participation des citoyens déplacés et des réfugiés aux élections relève du même domaine. L’usage impuni par la CEC d’un serveur parallèle en 2004 n’a fait qu’accroître la menace sur la transparence et le contrôle des processus de vote et de dépouillement.
En l’absence de contrôle parlementaire effectif du pouvoir exécutif, celui‑ci sera toujours tenté d’user de son contrôle sur les forces de l’ordre et de sécurité. S’ils ferment les yeux sur les abus de pouvoir, seuls la société civile, les vétérans et les amis sincères des pays démocratiques pourront empêcher la fraude. La victoire de l’Ukraine contre l’autoritarisme externe n’est que la première étape. Se profile une lutte tout aussi difficile pour débarrasser le pays des tendances autoritaires internes. De cela dépend l’avenir non seulement de l’Ukraine, mais aussi de l’Europe.
Pour garantir l’intégrité de la vie politique, il est crucial de lutter contre la corruption et l’influence des oligarques. Quelles mesures concrètes proposez‑vous pour renforcer la transparence du financement des partis ?
La lutte contre la corruption en Ukraine n’est pas moins importante que la lutte contre l’agression et l’impérialisme russes à l’extérieur, sur la ligne de front. Sans partis politiques authentiquement fondés sur l’idéologie démocratique, cette lutte ne peut être gagnée. L’existence des oligarques alimente la corruption politique au pouvoir. La nature de la corruption et les moyens de la combattre sont bien connus — formulés, par exemple, par des chercheurs tels que Robert Klitgaard et Gary Becker, auteurs de formules connues de la corruption dans tout pays du monde.
Mais vous avez raison : seuls des partis politiques réellement engagés dans l’instauration d’une véritable démocratie et capables de le faire peuvent utiliser efficacement les stratégies connues de lutte contre la corruption. Ils doivent avoir une idéologie de construction de la démocratie compréhensible par la société, un financement transparent et une réserve de personnel professionnel appropriée. Ils ne doivent pas être des partis de chef ni des partis de clans oligarchiques, dépourvus d’idéologie, mus uniquement par le désir de rester au pouvoir et d’être partie prenante de la corruption politique systémique du pays.
La corruption en Ukraine est alimentée par l’avidité des oligarques, les combinards politiques corrompus au pouvoir et les bureaucrates capables de piller impunément les ressources financières et naturelles de l’Ukraine. Leur impunité repose sur des lois qui le permettent. Il n’existe pas, dans la législation actuelle, de dispositions permettant de punir sérieusement la corruption, et il n’y a pas de contrôle efficace des activités du gouvernement par l’opposition parlementaire — y compris sur les nominations dans les organes chargés d’appliquer la loi.
Si la sanction pour corruption est quasiment inexistante, si la probabilité de sanction est presque nulle et si les gains de la corruption sont astronomiques, comment l’arrêter ? Parallèlement, si la première cause d’une corruption débridée est une législation imparfaite, la seconde est l’incapacité des organes chargés d’appliquer la loi à la combattre efficacement. Si le parlement ne contrôle pas les nominations dans ces organes et services spéciaux, comment des professionnels politiquement indépendants y apparaîtront‑ils ? Et qui les laissera lutter contre la corruption du pouvoir oligarchico‑clanique si c’est ce même pouvoir qui nomme leurs chefs — non pas par croissance professionnelle et de carrière, mais par loyauté et dépendance personnelle ?
Le niveau de corruption dans tout pays est proportionnel au degré de monopolisation du pouvoir — par un parti unique, un clan oligarchique ou des individus. Même s’ils déclarent leur attachement à la démocratie, ils peuvent secrètement la transformer d’abord en autocratie, puis en dictature. Et tout commence lorsqu’ils prennent des décisions de gestion opaques non pas dans l’intérêt national, mais dans l’intérêt étroit de leur parti ou de leur clan.
S’agissant du financement des partis, en Ukraine, seuls les partis représentés au parlement reçoivent un financement budgétaire. Ce financement est loin d’être transparent et équitable. Il n’existe pas un seul parti parlementaire fondé sur une idéologie démocratique ; ce sont plutôt des exemples de partis oligarchico‑claniques ou de chef. L’existence de plusieurs centaines d’autres partis hors parlement facilite la manipulation du système pour conserver l’élite dirigeante.
Par exemple, après les dernières élections législatives de 2019, la législation sur le financement des partis politiques par le budget de l’État a été modifiée. La loi en vigueur pendant ces élections, adoptée en 2015, prévoyait un financement public pour les partis ayant obtenu au moins 2 % des suffrages. Mais, immédiatement après les élections, des amendements ont été apportés : le seuil a été porté de 2 % à 5 %. Le parti Force et Honneur, qui a officiellement reçu 3,82 % des voix, a été privé de financement budgétaire. Ces amendements ont toutefois violé la Constitution en vigueur.
À mon avis, l’Ukraine bénéficierait de l’expérience française pour accroître la transparence du financement des partis. Sauf erreur, en France, le financement public représente jusqu’à 40 % des fonds des partis, selon le nombre de voix reçues aux législatives. Une transparence accrue serait aussi obtenue en donnant aux électeurs le droit de décider eux‑mêmes quel parti soutenir avec leur argent : chaque citoyen indiquerait, lors du paiement de ses impôts, le parti qu’il souhaite soutenir ; la part de ses impôts affectée au financement public irait alors automatiquement sur le compte du parti choisi.
À lire aussi : ÉCONOMIE – Trump enterre le FCPA : Vers une justice économique à géométrie variable
L’Ukraine ne dispose pas de médias d’État comparables à ceux de la Russie. Comment concilier la défense de la sécurité nationale avec la préservation d’un espace médiatique libre et pluraliste ?
Comme nous l’avons déjà dit, selon les lois de la démocratie, ses principes de base — élection des organes du pouvoir, responsabilité et transparence, liberté d’expression et égalité des citoyens devant la loi — ne sont possibles qu’à condition de la séparation des trois pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire) et de l’existence d’un quatrième « pouvoir non étatique » : des médias indépendants et professionnels. L’existence d’une presse non oligarchique et non contrôlée par l’État est donc le fondement de l’existence des institutions démocratiques et de la société civile.
Il est important de se souvenir que tout pays mérite le gouvernement qu’il élit. Mais s’il n’existe pas de médias indépendants pour protéger un espace médiatique libre, multicanal et pluraliste, qui d’autre pourra transmettre aux électeurs la vérité sur les qualités professionnelles et morales réelles des candidats au pouvoir ?
On peut dire que la qualité de l’élite politique d’un pays dépend directement de la qualité de ses médias et de sa communauté d’experts — en premier lieu des journalistes et politologues. Lorsque le gouvernement est inefficace, la société est la première victime et les journalistes deviennent complices des actions inefficaces du pouvoir et des tragédies du pays. Leur dépendance, comme en Ukraine, à l’égard des autorités corrompues et des groupes oligarchico‑claniques pseudo‑démocratiques a déjà conduit à l’accession au pouvoir de combinards habiles, de cyniques incompétents et de bateleurs populistes.
Malheureusement, à l’heure actuelle, en Ukraine, la grande majorité des médias en dépendent. En raison de l’absence de médias indépendants et professionnels, notre parti souffre également d’un mépris cynique pour notre présence, du silence sur nos succès, et rencontre des difficultés à contrer les attaques d’information, les mensonges et le « black PR ». Pourtant, les méthodes de protection de la sécurité nationale et de préservation d’un espace médiatique libre et pluraliste sont bien connues : les services spéciaux professionnels et des tribunaux indépendants doivent veiller aux premières, et des médias indépendants de toute influence illégale des autorités et des oligarques, avec la société civile, aux secondes.
Le paysage politique ukrainien est souvent dominé par des partis personnalisés plutôt qu’idéologiques. Faut‑il encourager davantage de formations structurées par des valeurs et des programmes clairs ?
Nous en avons déjà parlé en partie. Vous avez parfaitement raison. Les partis idéologiques sont la clé de la résolution de la plupart des problèmes internes de l’Ukraine. Par exemple, même pour mettre en œuvre un principe démocratique tel que le contrôle parlementaire du gouvernement, il faut au moins deux partis idéologiques non personnalisés, qui défendent la démocratie, la légalité et l’État de droit non seulement en paroles mais en actes. Pour cela, ils doivent être fondés sur l’idéologie de la démocratie et en professer les principes, et ne pas être otages des cotes personnelles de leurs dirigeants ni de leurs éventuelles tractations en coulisses.
Ces deux partis idéologiques doivent devenir structurants, être présents dans toutes les régions d’Ukraine et être prêts à travailler tant au gouvernement qu’à l’opposition. Il est souhaitable que l’idéologie, les lois et les principes de la démocratie soient inscrits dans leurs programmes et statuts. Ils doivent aussi disposer d’une réserve de personnel sur tout le territoire. Leur différence peut ne résider que dans leurs approches des formes de démocratie : l’une conservatrice, l’autre libérale.
En substance, tout cela s’est forgé au fil des siècles et est devenu une tradition politique dans les démocraties établies de l’Occident. L’Ukraine n’a pas des siècles devant elle pour acquérir cette expérience ; elle devait l’utiliser dès 1991. Et, en aucun cas, ne pas tenter de réinventer la roue politique…
Soit dit en passant, le premier de ces partis existe déjà en Ukraine : le parti conservateur‑démocrate « Force et Honneur ». Son nom définit l’objectif de son activité politique : bâtir la démocratie. Le conservatisme en définit les formes souhaitées. La devise romaine « Force et Honneur » (Syla i Chest en ukrainien), combinée aux premières lettres de la langue ukrainienne, forme « SICH » — nom de l’État cosaque démocratique du XVIIe siècle, d’où a commencé la renaissance de l’indépendance et de l’État ukrainiens, héritiers de la Rus médiévale (IXe‑XIIIe siècles).
Il existe aujourd’hui près de 300 partis politiques en Ukraine. La grande majorité n’a pas d’idéologie formalisée dans leurs programmes et statuts. Il est temps de s’éloigner des projets politiques oligarchico‑claniques et du populisme‑spectacle. La Constitution a défini la démocratie comme objectif de la construction de l’État. Des centaines de milliers de patriotes ukrainiens ont donné leur vie pour elle, ces dix dernières années. Il est temps de reconnaître que les partis dépourvus d’objectif clair dans leurs programmes, de plan et d’esquisse bien définis, agissent manifestement hors du champ constitutionnel. Compte tenu de l’élite politique actuelle, leurs activités ont été destructrices.
Votre parti, « Force et Honneur », se réclame d’un conservatisme démocratique. Pouvez‑vous préciser les piliers idéologiques de ce parti et son ambition dans le contexte politique d’après‑guerre ?
Nous nous considérons comme les héritiers de l’idéologie du néo‑conservatisme ukrainien, développée dans les travaux scientifiques de Viacheslav Lypynsky, idéologue de l’État ukrainien en 1918, à l’époque du dernier Hetman, Pavlo Skoropadsky. Nous avons développé cette idéologie et, sur cette base, formulé des lois modernes pour construire la démocratie, ainsi que notre vision contemporaine de l’Idée nationale de l’Ukraine. Elles servent de repères et de valeurs de base pour la construction étatique contemporaine en Ukraine.
Les fondements idéologiques du parti reposent sur les principes de la démocratie constitutionnelle, du conservatisme, de la morale chrétienne et des valeurs culturelles et civilisationnelles paneuropéennes : respect et protection des traditions nationales historiques, primauté du droit, propriété privée, continuité et coutume.
Le parti identifie comme priorités les éléments suivants du développement de l’État ukrainien : la démocratie, l’économie, l’armée, la science, la culture et l’éducation, ainsi que la médecine et l’écologie. Ce sont ces éléments qui peuvent garantir la stabilité de l’État dans son ensemble et la sécurité interne et externe autosuffisante de l’Ukraine, sur la base d’un développement durable et progressif, de la protection des droits et libertés des citoyens et d’une gouvernance démocratique conforme à la Constitution.
Nous nous considérons comme un parti de la classe moyenne, pour la classe moyenne et défenseur de la classe moyenne en Ukraine. C’est la classe moyenne qui constitue la base socio‑économique de l’existence de la démocratie dans tout pays. Nous croyons qu’elle doit inclure : des intellectuels scientifiques, créatifs et culturels hautement rémunérés, des médecins, des enseignants, des militaires et des fonctionnaires, des propriétaires et entrepreneurs de PME, des travailleurs hautement qualifiés, des étudiants actifs et travailleurs, et des retraités.
Le niveau de vie de la classe moyenne en Ukraine doit correspondre aux standards européens et sa taille atteindre au moins la moitié de la population. C’est pourquoi nous appelons parfois le programme de notre parti « l’Hymne à la classe moyenne ».
Pour atteindre cet objectif, nous proposons de traiter, en un seul paquet, les problèmes économiques, de sécurité, sociaux, environnementaux et démographiques de l’Ukraine par un développement innovant, technologique, industriel et hautement productif de l’économie. Le changement de modèle économique, allié au rétablissement du professionnalisme et de l’intégrité dans les systèmes répressif et judiciaire et à la lutte contre la corruption, doit devenir le moteur des réformes nécessaires. À cette fin, le parti dispose du meilleur potentiel d’expertise nationale en Ukraine, constitué de professionnels dotés des connaissances et de l’expérience requises.
Notre objectif ultime est que les intérêts des gens ordinaires deviennent la priorité absolue de l’État en Ukraine, avec leurs attentes quotidiennes de stabilité, de droit au travail, de soins de santé et d’éducation décents, de vieillesse sécurisée et de sécurité — personnelle, familiale, alimentaire, environnementale, sociale et nationale.
Nos ambitions d’après‑guerre restent inchangées. Selon le comptage parallèle lors des dernières élections parlementaires de 2019, le parti a obtenu les voix nécessaires (plus de 5 %) pour devenir une nouvelle force parlementaire. Toutefois, il n’a pu défendre ses résultats dans les commissions électorales, dominées par l’influence administrative cachée des autorités et des groupes oligarchico‑claniques des anciens partis parlementaires.
Cependant, les près de 1,5 million de voix obtenues par le candidat du parti lors de la dernière présidentielle et les suffrages de ses partisans aux législatives n’ont pas disparu. Cela a été confirmé par les élections locales, lors desquelles près de 600 membres de notre parti ont été élus — notamment le maire de la ville héroïque d’Okhtyrka, ancienne cité ukrainienne à la frontière russe, dans l’oblast de Soumy, défendue héroïquement et libérée avec succès en 2022.
Les dernières études sociologiques, menées en janvier 2022 avant l’invasion à grande échelle, ont confirmé un score de 7,4 % pour le parti, supérieur à celui d’autres forces non parlementaires et même de certains partis parlementaires (à titre de comparaison, le parti au pouvoir « Serviteur du peuple » était à 13,7 %). Si des législatives anticipées s’étaient tenues alors, le parti aurait franchi sans difficulté le seuil de 5 % — et ce malgré l’absence de financement public, dont il avait été illégalement privé en 2019.
La cote présidentielle personnelle du chef du parti atteignait 9,6 %, le plaçant en quatrième position après le président en exercice, un ancien président et un ancien Premier ministre, qui disposent de ressources financières, administratives et politico‑médiatiques incomparablement plus importantes. Les craintes des oligarques et des autorités quant au potentiel de croissance de notre parti ont conduit à ce que le sondage de janvier 2022 soit le dernier à inclure le parti et son chef dans les listes. Après l’instauration de la loi martiale en 2022, ils ont semblé cesser d’exister dans l’espace d’information unifié de l’Ukraine.
Mais le parti se développe structurellement, avec un afflux de vétérans, de jeunes, d’intellectuels et de PME. Il se prépare aux prochaines élections et est confiant d’entrer au parlement. Ce sera la meilleure façon d’honorer la mémoire de nos camarades tombés — comme Oleksandr Oksanchenko, Héros d’Ukraine, colonel de l’armée de l’air ukrainienne, meilleur pilote de chasse du pays et député régional du parti dans l’oblast de Poltava, mort en combat aérien en 2022 en sauvant un jeune pilote (des timbres à son effigie sont désormais imprimés jusque‑en Amérique latine).
I. Fountovyï, chef de peloton de marines, est tombé près de la ville de Lozova, oblast de Kharkiv ; il était membre de la direction du parti dans l’oblast d’Odessa. R. Chevtchouk, chef de peloton d’assaut aéroporté, dirigeait l’organisation locale du parti à Toultchyn, dans l’oblast de Vinnytsia ; il a été tué près de Bakhmout — une rue de sa ville porte désormais son nom. V. Hontcharouk, chef de peloton d’assaut aéroporté, a été tué près d’Izium, oblast de Kharkiv ; il siégeait au conseil de district de Novohrad‑Volynskyï. M. Maksymenko, chef de groupe de combat de la 3e brigade d’assaut, de l’oblast de Jytomyr, et H. Outiouchev, parachutiste, reposent sur l’Allée de la Gloire à Kyiv… Et beaucoup d’autres héros qui croyaient en un avenir lumineux pour l’Ukraine. Le parti achèvera la construction de cet avenir.
#Ukraine, #IhorSmechko, #ForceEtHonneur, #RolandLombardi, #LeDiplomate, #GuerreEnUkraine, #PaixEnEurope, #OTAN, #SécuritéEuropéenne, #RéformesUkrainiennes, #PolitiqueUkrainienne, #EuropeUnie, #MenaceRusse, #ClasseMoyenneUkraine, #DémocratieConstitutionnelle, #ConflitRussoUkrainien, #AprèsConflitUkraine, #Ukraine2025, #HérosUkrainiens, #ReconstructionUkraine, #InvestissementsUkraine, #RenseignementUkrainien, #SoutienOccidental, #PaixDurable, #PolitiqueDeDéfense, #RéformesInstitutionnelles, #StratégieEuropéenne, #LeadershipUkrainien, #FrontièreDeLEurope, #ÉconomieUkraine, #IndustrieUkrainienne, #ValeursDémocratiques, #CorruptionUkraine, #PartisPolitiquesUkraine, #MédiasIndépendants, #DiplomatieUkraine, #ArméeUkrainienne, #HistoireUkraine, #DéveloppementUkrainien, #UnionEuropéenne

Roland Lombardi est docteur en Histoire, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et des questions de sécurité et de défense. Fondateur et directeur de la publication du Diplomate.
Il est chargé de cours au DEMO – Département des Études du Moyen-Orient – d’Aix Marseille Université et enseigne la géopolitique à Excelia Business School de La Rochelle.
Il est régulièrement sollicité par les médias du monde arabe. Il est également chroniqueur international pour Al Ain. Il est l’auteur de nombreux articles académiques de référence notamment : « Israël et la nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient : quelles nouvelles menaces et quelles perspectives ? » in Enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, Études Internationales, HEI – Université de Laval (Canada), VOLUME XLVII, Nos 2-3, Avril 2017, « Crise du Qatar : et si les véritables raisons étaient ailleurs ? », Les Cahiers de l’Orient, vol. 128, no. 4, 2017, « L’Égypte de Sissi : recul ou reconquête régionale ? » (p.158), in La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation, Revue de la Défense Nationale, Été 2019, n°822 sous la direction de Pascal Ausseur et Pierre Razoux, « Ambitions égyptiennes et israéliennes en Méditerranée orientale », Revue Conflits, N° 31, janvier-février 2021 et « Les errances de la politique de la France en Libye », Confluences Méditerranée, vol. 118, no. 3, 2021, pp. 89-104. Il est l’auteur d’Israël au secours de l’Algérie française, l’État hébreu et la guerre d’Algérie : 1954-1962 (Éditions Prolégomènes, 2009, réédité en 2015, 146 p.). Co-auteur de La guerre d’Algérie revisitée. Nouvelles générations, nouveaux regards. Sous la direction d’Aïssa Kadri, Moula Bouaziz et Tramor Quemeneur, aux éditions Karthala, Février 2015, Gaz naturel, la nouvelle donne, Frédéric Encel (dir.), Paris, PUF, Février 2016, Grands reporters, au cœur des conflits, avec Emmanuel Razavi, Bold, 2021 et La géopolitique au défi de l’islamisme, Éric Denécé et Alexandre Del Valle (dir.), Ellipses, Février 2022. Il a dirigé, pour la revue Orients Stratégiques, l’ouvrage collectif : Le Golfe persique, Nœud gordien d’une zone en conflictualité permanente, aux éditions L’Harmattan, janvier 2020.
Ses derniers ouvrages : Les Trente Honteuses, la fin de l’influence française dans le monde arabo-musulman (VA Éditions, Janvier 2020) – Préface d’Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité de la DGSE, Poutine d’Arabie (VA Éditions, 2020), Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? (VA Éditions, 2021), Abdel Fattah al-Sissi, le Bonaparte égyptien ? (VA Éditions, 2023).
Vous pouvez suivre Roland Lombardi sur les réseaux sociaux : Facebook, Twitter et LinkedIn

