
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie). Membre du comité des conseillers scientifiques internationaux du CF2R.
L’Afrique centrale a un son particulier quand elle s’effondre. Ce n’est pas seulement le bruit des explosions secouant les collines du Nord-Kivu ou le fracas sourd des pas de dizaines de milliers de déplacés en fuite. C’est un écho qui vibre dans les plis de l’histoire, le reflet d’un passé qui ne passe jamais vraiment. La chute de Goma aux mains du M23 n’est pas un événement isolé, mais le symptôme d’une maladie chronique : celle qui a transformé la République démocratique du Congo en un territoire en état d’urgence permanent, un champ de bataille pour les milices locales, les puissances étrangères et les marchands de matières premières.
Une guerre qui n’a jamais pris fin
Difficile de dire où commence réellement ce conflit. Peut-être dans les massacres du génocide rwandais de 1994, lorsque l’ombre longue de la violence a poussé des centaines de milliers de Hutus en territoire congolais, y compris ceux qui avaient participé aux massacres des Tutsis. Peut-être dans l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila en 2001, lorsque le pouvoir est passé entre les mains de son fils Joseph et que le Congo est définitivement devenu un puzzle de groupes armés et d’alliances instables. Ou peut-être faut-il remonter encore plus loin, à l’époque de Léopold II et de sa machine coloniale, lorsque la richesse du sous-sol congolais est devenue une malédiction plutôt qu’une bénédiction.
Ce qui est certain, c’est que la guerre ne s’est jamais vraiment arrêtée. Le M23 n’est que la dernière incarnation d’une rébellion qui refait périodiquement surface au Kivu, une région où la frontière entre l’État et le chaos a toujours été fragile. Formé en 2012 comme une scission de l’ancien mouvement rebelle CNDP, le M23 s’est rapidement transformé en une armée parallèle, avec une logistique, une stratégie et un soutien qui dépassent largement les forêts congolaises. En 2013, il avait été temporairement vaincu, mais dès 2021, il avait repris les armes, avec une nouvelle offensive qui a conduit aujourd’hui à la chute de Goma.
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Le poids du Rwanda et le grand jeu des minerais
Le Rwanda, officiellement, nie toute implication avec le M23. En réalité, l’accusation selon laquelle Kigali soutiendrait le groupe rebelle n’est pas nouvelle : les rapports des Nations unies la répètent depuis des années et les images de soldats rwandais aux côtés des combattants du M23 ont alimenté les tensions entre Kinshasa et Kigali. Mais Paul Kagame joue une partie bien plus grande qu’une simple guerre frontalière. Derrière le conflit au Kivu, il y a une économie parallèle faite de coltan, d’étain, d’or et d’autres minerais stratégiques. Si l’on regarde les données d’exportation, le Rwanda, un petit pays sans grandes réserves minières, figure parmi les plus grands exportateurs mondiaux de coltan. Un paradoxe qui n’en est pas un : le coltan que Kigali vend à l’Europe et à la Chine provient souvent des mines congolaises, contrôlées par des groupes armés et des intermédiaires sans scrupules.
Ce n’est pas un hasard si, en 2023, la République démocratique du Congo a accusé l’Union européenne d’être « complice » du pillage de ses ressources. Le président Félix Tshisekedi a pointé du doigt l’accord entre Bruxelles et Kigali sur les matières premières stratégiques, le qualifiant de marché fondé sur l’exploitation illégale du coltan congolais. Mais la géopolitique est un échiquier impitoyable : l’Occident a besoin de ces matières premières, et le Rwanda offre stabilité et fiabilité, tandis que le Congo est encore un champ de bataille.
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La chute de Goma : Un énième chapitre d’une histoire déjà écrite
Avec la chute de Goma, la République démocratique du Congo fait face à l’une de ses pires crises des dernières années. Le gouvernement de Kinshasa jure qu’il ne cédera « pas un seul centimètre » aux rebelles, mais la réalité sur le terrain raconte une autre histoire. Des milliers de soldats congolais se sont rendus ou ont cherché refuge au-delà de la frontière, tandis que la population civile fuit dans la panique. L’aéroport a été fermé, les organisations humanitaires ont suspendu leurs opérations et dans les rues de la ville, c’est le chaos. Sans électricité et sans eau, avec les routes bloquées, Goma est devenue un piège pour ceux qui n’ont pas réussi à s’échapper à temps.
Mais que va-t-il se passer maintenant ? La Communauté de l’Afrique de l’Est a convoqué un sommet d’urgence pour tenter de désamorcer la crise. Mais la vérité est qu’aucun sommet régional ne peut résoudre un conflit qui plonge ses racines dans des décennies de violence, d’intérêts économiques et de jeux de pouvoir. Le Congo est trop riche pour être laissé en paix et trop instable pour devenir un acteur autonome sur le marché mondial des matières premières.
Pendant ce temps, l’histoire se répète. Goma tombe, les réfugiés s’entassent le long des routes, les gouvernements s’accusent mutuellement et les multinationales continuent de s’approvisionner en minerais à bas prix. En République démocratique du Congo, l’avenir semble toujours être un écho du passé.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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