
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, il ne s’agit pas seulement d’une guerre de chars et de missiles, mais aussi d’une bataille acharnée pour le contrôle des récits. À la propagande du Kremlin, bien connue pour ses exagérations et ses manipulations, s’est opposée une avalanche de récits occidentaux tout aussi fragiles : alarmes inventées, héroïsmes fabriqués, accusations hâtives. Cette guerre parallèle a façonné la perception du conflit et, parfois, a failli en aggraver les conséquences diplomatiques et stratégiques.
Zaporizhzhia, l’alerte nucléaire qui n’a jamais eu lieu
Mars 2022 : les troupes russes prennent la centrale atomique de Zaporizhzhia. Zelensky parle de « catastrophe nucléaire imminente », Biden et Johnson reprennent la rumeur. Mais l’AIEA, relayée par le Pentagone, démonte rapidement l’alerte : pas de fuite radioactive, pas d’attaque contre les réacteurs. L’ombre d’Hiroshima avait été brandie sans fondement.
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L’oligarque ressuscité
Toujours en mars 2022, Kiev et Londres laissent entendre que Roman Abramovich, jugé trop conciliant dans les négociations, a été empoisonné par Moscou. Le lendemain, l’intéressé se présente en parfaite santé aux pourparlers d’Istanbul. Le poison n’était qu’un récit commode pour diaboliser l’adversaire.
Tchernobyl, le mythe des soldats irradiés
Au printemps 2022, de nombreux médias relaient l’idée que des soldats russes auraient creusé des tranchées à mains nues dans le sol radioactif de Tchernobyl, s’exposant à une contamination massive. Washington reprend la version. Mais là encore, l’AIEA confirme : les niveaux de radiation sont stables, pas de catastrophe sanitaire en vue.
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Le « Fantôme de Kiev »
Icône fabriquée de toutes pièces, ce pilote légendaire censé abattre seul des dizaines de chasseurs russes devient un symbole national. Images truquées, témoignages enjolivés : même l’ancien président Porochenko diffuse les photos. Mais en 2023, l’armée de l’air ukrainienne reconnaît : le « fantôme » n’a jamais existé. Simple outil de propagande pour galvaniser le moral.
L’île aux Serpents
En février 2022, Kiev célèbre les garde-côtes qui auraient préféré mourir plutôt que de se rendre à l’incursion russe. Zelensky en fait des héros. La vérité est différente : capturés, ils ont été échangés vivants quelques semaines plus tard.
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Les missiles en Pologne
Le 15 novembre 2022, deux missiles tombent à Przewodów, en territoire polonais. Zelensky accuse immédiatement Moscou d’un « acte de guerre ». Mais Varsovie établit vite qu’il s’agissait en réalité d’un tir ukrainien égaré. Une accusation hâtive qui aurait pu déclencher une escalade catastrophique.
Les puces des lave-vaisselles
Toujours en novembre 2022, Ursula von der Leyen affirme que la Russie en est réduite à démonter des réfrigérateurs et des tire-laits pour récupérer des semi-conducteurs. Trois ans plus tard, Moscou continue à produire drones et missiles, interrogeant la crédibilité de cette narration sur « l’industrie russe en ruine ».
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Nord Stream, le coupable idéal
Le 26 septembre 2022, les explosions frappent les gazoducs Nord Stream. Dans les heures qui suivent, plusieurs gouvernements occidentaux accusent Moscou. Or les enquêtes finissent par conclure, deux ans plus tard, que les saboteurs étaient ukrainiens. Exemple flagrant de désinformation impulsive.
La santé de Poutine
Cancer, Parkinson, métastases… les rumeurs sur l’état du président russe se multiplient, au point de remplir des volumes entiers. Aucune preuve clinique n’a jamais été apportée. L’ancien directeur de la CIA, William Burns, l’a même reconnu : « Il va trop bien. »
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Les médias italiens, relais et amplificateurs
À ces récits s’ajoutent ceux produits en Italie. La Stampa publie en une une photo de cadavres présentée comme la preuve d’un massacre russe à Marioupol. En réalité, l’image provenait de Donetsk, victimes d’un missile ukrainien. Le Corriere della Sera établit une liste noire des « pro-Poutine italiens », issue d’un simple recueil de données en ligne. Quant à l’empoisonnement supposé d’Anatoly Chubais, il s’agissait en fait d’une maladie auto-immune, sans aucun lien avec le Kremlin. Même les médecins militaires russes envoyés à Rome durant la pandémie ont été accusés d’espionnage, accusation rejetée par le Copasir, qui confirma une mission strictement sanitaire.
Une guerre de perceptions
Cette accumulation de fausses nouvelles, exagérations et rumeurs démontre que la guerre de l’information n’a rien à envier à celle des armes. Chaque camp manipule, exagère, construit des héros ou des monstres. Mais pour les opinions publiques, l’effet est identique : brouiller la frontière entre vérité et propagande, nourrir la peur et justifier des choix politiques ou militaires. Trois ans et demi plus tard, il reste essentiel de démêler ces récits, non pour excuser les crimes d’un camp ou de l’autre, mais pour comprendre comment la guerre moderne se gagne aussi par les mots et les images.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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