
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
L’annulation d’un projet symbolique
La décision du groupe INSA d’annuler la création de l’institut conjoint avec l’Université Beihang marque un tournant important dans les relations académiques entre Paris et Pékin.
L’initiative devait constituer un nouveau pilier de la coopération scientifique franco-chinoise, avec 150 étudiants attendus dès 2025 et une progression prévue jusqu’à plus de 1 800 inscrits en 2032. Le choix de se retirer, pris en juillet et rendu public seulement maintenant, est motivé par des « préoccupations concernant la liberté académique » et par l’impossibilité de garantir un contexte de recherche exempt de pressions politiques.
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De la diplomatie académique à la sécurité nationale
Il y a encore quelques années, la France considérait la coopération académique comme un instrument privilégié de diplomatie culturelle. L’INSA avait déjà ouvert des campus au Vietnam et au Maroc, et le projet chinois s’inscrivait dans la même logique. Mais le contexte géopolitique a changé : Pékin est aujourd’hui perçu non seulement comme un partenaire économique mais aussi comme un concurrent stratégique potentiel. La guerre en Ukraine et la coopération croissante entre la Chine et la Russie ont accéléré le réexamen de la position française. À Paris, la conviction grandit que le monde universitaire peut devenir un canal d’influence politique et de captation de technologies à double usage.
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Beihang et les liens militaires
L’université de Pékin n’est pas un choix anodin : c’est un centre d’excellence en aéronautique et en spatial, mais aussi un pôle de recherche lié à l’Armée populaire de libération (APL). Ses laboratoires développent des drones, des missiles, des satellites, des technologies de navigation et de propulsion ayant des applications militaires directes. C’est sur ce terrain que la France a choisi de tracer une ligne : le partage de savoir-faire sensible risquait d’échapper à tout contrôle, au moment où Paris souhaite protéger sa base technologique et industrielle, notamment pour des programmes comme l’avion de combat de 6ᵉ génération SCAF/FCAS.
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La dimension de la liberté académique
Le retrait du groupe INSA révèle également la difficulté de concilier les standards occidentaux de recherche avec l’environnement académique chinois, soumis à des contraintes idéologiques croissantes. Des cas de censure sur les droits humains, le Xinjiang et Taïwan, ainsi que la surveillance numérique accrue sur les campus, ont alimenté les craintes que l’institut ne devienne un terrain de compromis, voire d’autocensure. Le risque réputationnel pour les universités françaises, déjà sous pression pour garantir des standards éthiques élevés, a semblé trop important.
Géoéconomie et compétition mondiale
Sur le plan économique, la décision pourrait avoir des effets à long terme. La Chine reste un marché attractif pour l’enseignement supérieur, mais l’Europe diversifie progressivement ses partenariats : l’Inde, l’ASEAN et l’Afrique deviennent les nouvelles destinations prioritaires pour les programmes de coopération. Cette réallocation des efforts pourrait favoriser l’expansion de la France dans des régions où le risque géopolitique est moindre et où Paris cherche à bâtir des partenariats technologiques de long terme.
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Le signal politique
L’annulation du projet Beihang est aussi un message politique : la France s’aligne sur une attitude plus prudente qui caractérise déjà les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Il ne s’agit pas d’un « découplage » total mais d’un « de-risking » ciblé : sélectionner les domaines de coopération et réduire l’exposition dans les secteurs sensibles. Cela reflète la stratégie plus large d’autonomie stratégique européenne, qui inclut le contrôle des investissements étrangers, le renforcement de la propriété intellectuelle et la protection des chaînes d’approvisionnement critiques.
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L’affaire INSA-Beihang marque la fin d’une certaine innocence : la coopération académique n’est plus considérée comme neutre, mais comme une composante d’un jeu de puissance mondial. La France, tout en maintenant des canaux de dialogue ouverts avec Pékin, choisit de protéger son capital scientifique et technologique et envoie un signal à ses partenaires européens : la compétition avec la Chine se joue aussi dans les salles de classe et les laboratoires. Le défi, désormais, sera de construire des alternatives crédibles permettant aux étudiants et aux chercheurs français de rester connectés au monde, sans compromettre l’indépendance intellectuelle ni la sécurité nationale.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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