ANALYSE – Moscou et Téhéran misent sur la stabilité régionale

Par Olivier d’Auzon
Le partenariat stratégique récemment signé entre la Russie et l’Iran a suscité des attentes diverses, mais il convient de replacer cet accord dans son véritable contexte. Si certains y voient une alliance militaire en devenir, la réalité est bien différente : ce pacte repose avant tout sur des ambitions économiques, en particulier dans le secteur de l’énergie.
Une signature historique, mais des attentes à nuancer
Le 17 janvier 2025, les présidents russe et iranien se sont rencontrés à Moscou pour officialiser une mise à jour de leur partenariat stratégique. Ce document, négocié depuis plusieurs années, a été présenté comme un moment clé des relations bilatérales.
Pour autant, les spéculations sur un potentiel tournant militaire ou géopolitique sont exagérées. Cet accord, bien que significatif, n’inclut pas d’engagements de défense mutuelle, à l’inverse de certains pactes conclus par la Russie avec d’autres partenaires.
Des ambitions militaires surestimées et un partenariat sans clause de défense mutuelle
Contrairement à l’accord signé entre la Russie et la Corée du Nord, ce partenariat stratégique avec l’Iran ne comporte aucune obligation de défense mutuelle. L’article 3 précise uniquement que les deux parties s’engagent à ne pas soutenir d’agression contre l’autre.
Ni guerre contre Israël ni confrontation avec les États-Unis
La coopération militaire entre Moscou et Téhéran, bien que renforcée ces dernières années, reste limitée. Les rumeurs sur l’utilisation de drones iraniens par la Russie en Ukraine illustrent cette dynamique, mais elles ne traduisent pas un rapprochement militaire global. En aucun cas, la Russie ne s’impliquera dans un conflit aux côtés de l’Iran contre Israël ou les États-Unis.
Une alliance pragmatique et non offensive
La Russie a évité de s’associer à l’« Axe de la Résistance » mené par l’Iran, notamment après que celui-ci a été affaibli par des offensives israéliennes récentes. Pour Moscou, les priorités géopolitiques restent centrées sur ses propres intérêts nationaux, notamment en Ukraine.
L’énergie au cœur de l’alliance
Le Corridor Nord-Sud : relier Eurasie et Asie du Sud
Une des principales ambitions de cet accord est de dynamiser le Corridor Nord-Sud, une route commerciale reliant la Russie à l’Inde via l’Iran. Cette initiative vise à contourner les sanctions occidentales tout en ouvrant de nouvelles opportunités commerciales.
Une “OPEP du gaz” pour redéfinir le marché mondial
Avec deux des plus grandes réserves mondiales de gaz, la Russie et l’Iran pourraient redessiner le marché global. L’objectif est d’augmenter progressivement les exportations, en commençant par 2 milliards de mètres cubes par an avant d’atteindre une capacité équivalente à celle de l’ancien Nord Stream 1.
Des exportations stratégiques : de 2 à 55 milliards de m³ par an
Ces exportations pourraient avoir des impacts géopolitiques majeurs, notamment en affaiblissant le secteur du gaz de schiste américain et en renforçant les positions russes et iraniennes sur les marchés asiatiques.
Éviter l’escalade régionale : le timing du pacte
Le choix de signer cet accord après la diminution des tensions régionales n’est pas anodin. Vladimir Poutine souhaitait éviter que ce partenariat ne soit perçu comme une menace par Israël ou les États-Unis, ce qui aurait pu compromettre des pourparlers de paix en Ukraine ou ses relations avec Israël.
Poutine et Israël : une relation préservée malgré les enjeux
La Russie entretient depuis des années des liens stratégiques avec Israël, notamment dans les domaines économique et culturel. Cet équilibre est crucial pour Moscou, qui ne souhaite pas s’aliéner cet acteur clé de la région.
L’Iran entre rapprochement avec Moscou et dialogue avec Washington
De son côté, l’Iran joue sur plusieurs tableaux. Le ministre iranien des Affaires étrangères a récemment évoqué la possibilité de relancer les négociations nucléaires avec les États-Unis, un signe que Téhéran cherche à diversifier ses alliances.
Un défi pour le marché du gaz naturel liquéfié américain
Le partenariat énergétique russo-iranien pourrait bouleverser le marché du gaz. Une baisse des prix, provoquée par une augmentation de l’offre iranienne, affaiblirait l’industrie américaine du gaz de schiste tout en réduisant la domination des exportations américaines vers l’Europe.
L’ombre de la Chine et le rôle potentiel de l’Inde
L’Inde, avec sa soif d’énergie, pourrait devenir un acteur clé de ce partenariat. Toutefois, sa capacité à défier les sanctions américaines sera déterminante. En parallèle, la Chine, déjà un grand importateur d’énergie iranienne, pourrait accroître ses achats, renforçant ainsi sa montée en puissance économique.
Une alternative aux sanctions : contourner les pressions occidentales
En collaborant étroitement sur l’énergie, Moscou et Téhéran trouvent une réponse aux sanctions occidentales, tout en construisant une alternative économique au système dominé par les États-Unis.
Une alliance pragmatique pour redessiner l’échiquier énergétique mondial
Ce partenariat stratégique entre la Russie et l’Iran s’inscrit dans une logique avant tout économique, centrée sur l’énergie et le commerce. Bien que les spéculations sur une alliance militaire persistante soient exagérées, cet accord pourrait avoir des conséquences majeures sur le marché de l’énergie et la dynamique géopolitique mondiale. À terme, il s’agit moins d’une confrontation directe avec l’Occident que d’une stratégie visant à renforcer la résilience des deux nations face aux sanctions et aux pressions internationales.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
