
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La nomination de Sifi Ghrieb au poste de Premier ministre et de Mourad Adjal comme ministre de l’Énergie marque un tournant pour l’Algérie. Abdelmadjid Tebboune, réélu pour un second mandat après les élections anticipées de 2023, cherche visiblement à reprendre la main sur un exécutif considéré comme faible et à répondre à l’attente de changement exprimée par une opinion publique de plus en plus impatiente.
Sifi Ghrieb, ancien ministre de l’Industrie, assurait déjà l’intérim depuis la destitution de Nadir Larbaoui en août, une décision qui avait surpris de nombreux observateurs. Cette nouvelle équipe gouvernementale arrive dans un contexte de tensions sociales et économiques : inflation persistante, chômage élevé et nécessité de diversifier une économie trop dépendante des hydrocarbures.
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La nomination de Mourad Adjal, ancien PDG de Sonelgaz, est particulièrement stratégique. L’énergie représente la colonne vertébrale de l’économie algérienne et reste l’un des principaux leviers d’influence du pays vis-à-vis de l’Europe, en particulier depuis la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine. Confier ce portefeuille à un technicien du secteur peut être interprété comme un signal adressé à Bruxelles et aux partenaires européens : Alger veut garantir la fiabilité de ses exportations de gaz tout en modernisant son réseau et en accélérant, au moins sur le papier, la transition vers les énergies renouvelables.
Sur le plan géopolitique, l’Algérie joue une partie d’équilibriste. Elle doit préserver ses revenus issus du gaz naturel, dont dépendent largement le budget de l’État et les programmes sociaux, tout en montrant qu’elle investit dans l’avenir. La diversification économique est urgente, mais reste difficile dans un contexte de défiance populaire vis-à-vis des institutions. L’instabilité gouvernementale – il s’agit du deuxième remaniement en dix mois – reflète cette difficulté à stabiliser le cap politique.
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Ce remaniement pourrait également préparer le terrain pour de nouvelles réformes, notamment dans le domaine des transports et de l’infrastructure, annoncées par Tebboune fin août. L’objectif est double : apaiser le mécontentement populaire et montrer que l’État garde la maîtrise des dossiers stratégiques. Mais l’opinion publique algérienne, souvent sceptique, jugera sur les résultats, en particulier sur l’amélioration des services publics et la lutte contre la corruption.
Pour l’Europe, cette évolution doit être suivie avec attention. Un gouvernement plus solide et un ministère de l’Énergie dirigé par un expert peuvent signifier plus de fiabilité dans l’approvisionnement, mais aussi une négociation plus ferme sur les prix et les volumes. Alger cherche à tirer parti de la concurrence entre les acheteurs européens et asiatiques afin de maximiser ses revenus, tout en consolidant son rôle de puissance régionale en Méditerranée.
L’enjeu dépasse donc le simple changement de Premier ministre. Il s’agit d’une tentative de repositionner l’Algérie comme acteur crédible et incontournable dans le paysage énergétique mondial, tout en contenant les pressions sociales internes. La réussite de cette manœuvre dépendra de la capacité du nouveau gouvernement à combiner discipline budgétaire, réformes structurelles et investissements dans le secteur énergétique.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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