
Par Olivier d’Auzon
Au cœur du Sahel, vaste étendue où désert et savane s’étendent à perte de vue, un bouleversement stratégique est en cours. Burkina Faso, Mali, Niger : ces États, longtemps considérés comme le pré carré de l’Occident, s’orientent désormais vers Pékin. Dans les capitales africaines, les dirigeants accueillent les investisseurs et militaires chinois avec un mélange d’espoir et de pragmatisme, tandis que l’Europe semble suspendue à des promesses qu’elle peine à tenir.
La Chine déploie une stratégie patiente et concrète : elle combine investissements, coopération militaire et soutien politique. Elle offre aux États africains une alternative crédible aux partenaires traditionnels. Contrairement à l’Occident, où la parole et l’action peinent à s’aligner, Pékin agit avec une efficacité redoutable, transformant chaque projet en levier d’influence durable.
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Une diplomatie pragmatique et structurée
La diplomatie chinoise dans le Sahel se distingue par son pragmatisme. Au Burkina Faso, des accords récents incluent la construction d’infrastructures stratégiques, la fourniture de matériel militaire et la formation de forces locales. À Ouagadougou, les officiers formés par les experts chinois témoignent d’une montée en compétence rapide, tandis que les projets d’énergies et de routes modernisent les villes et relient les régions isolées.
La Chine ne cherche pas la gloire diplomatique .Elle cherche des résultats tangibles. Pour Pékin, chaque kilomètre de route, chaque centre de formation ou chaque projet d’énergie est un investissement dans la stabilité, et donc dans son influence. Ces actions concrètes séduisent des dirigeants africains fatigués des promesses non tenues de l’Occident.
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L’Occident à la traîne
Pendant ce temps, l’Europe, la France en particulier et les États-Unis peinent à rester visibles. Les États du Sahel ont progressivement tourné le dos à certains partenaires occidentaux, révélant la fragilité de l’autorité de l’Occident, trop longtemps fondée sur l’histoire et non sur un vrai partenariat. L’Europe est aujourd’hui confrontée à un cruel paradoxe : elle doit financer les opérations militaires locales sans disposer des ressources suffisantes pour le faire de manière autonome et efficace.
L’Occident découvre trop tard que son autorité reposait sur des structures anciennes, et non sur un véritable partenariat avec les États africains . Dans ce contexte, le retrait progressif des forces françaises et l’incapacité à fournir un soutien militaire cohérent amplifient le sentiment de vide stratégique, que la Chine remplit méthodiquement.
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Des projets concrets qui façonnent l’influence
La présence chinoise se traduit par des initiatives concrètes : construction de routes reliant Bamako à Ouagadougou, modernisation de réseaux électriques et de télécommunications, fourniture de drones et d’unités d’équipements anti-terroristes. Ces projets, à la fois civils et militaires, traduisent une vision globale de la coopération, où le développement économique est indissociable de la sécurité.
La Chine offre une alternative réaliste aux pays du Sahel : pas de discours moralisateur, juste des résultats. Cette approche contraste avec les partenaires occidentaux, souvent perçus comme absents ou hésitants.
Le Sahel, laboratoire de la compétition mondiale
La région n’est plus seulement le théâtre de conflits internes ou d’actions contre le terrorisme : elle devient un laboratoire de la compétition mondiale. Pékin y impose sa vision d’une coopération pragmatique, tandis que l’Occident, paralysé par ses contradictions, semble spectateur. Les implications sont profondes : sécurité, commerce, contrôle politique, influence géopolitique. Le choix de la Chine comme partenaire stratégique pourrait redessiner durablement l’architecture régionale.
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Perspectives et enjeux futurs
Face à cette dynamique, les États du Sahel tentent de renforcer leur autonomie. L’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe Burkina Faso, Mali et Niger, illustre cette volonté de coordination et d’indépendance stratégique. Mais l’autonomie reste fragile : elle dépend en grande partie des soutiens extérieurs, et le choix de Pékin comme partenaire principal laisse entrevoir de nouveaux rapports de dépendance.
La vraie question n’est plus de savoir si l’Afrique peut s’émanciper de l’influence occidentale, mais si l’Occident saura un jour s’adapter à cette nouvelle réalité. Le Sahel, miroir de cette transition, pourrait devenir le révélateur de l’ordre mondial de demain.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

