ANALYSE – La stratégie turco-britannique visant à encercler la Russie dans le Caucase

Des soldats turc et britannique observent une vallée stratégique à l’aide de jumelles, face à une colonne militaire russe avançant dans les montagnes au coucher du soleil. Une scène de tension géopolitique sur fond de surveillance militaire et d'enjeux territoriaux.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Dans les arcanes géopolitiques du Caucase se joue un nouveau chapitre de ce qui ressemble de plus en plus à une guerre d’encerclement contre Moscou. 

Avec l’accord conclu entre l’Arménie, la Turquie et l’Azerbaïdjan sur le corridor de Zanguezour, un axe stratégique se dessine. Non content de faciliter les liaisons régionales, il porte l’empreinte d’une stratégie de l’OTAN. La perspective d’une base de l’Alliance sur la mer Caspienne, conjuguée à l’influence croissante du corridor TRACECA (Europe-Caucase-Asie), redessine la carte des alliances et ouvre un potentiel front sud, complétant celui déjà actif en Ukraine.

L’objectif est manifeste : isoler la Russie, affaiblir l’Iran, fragiliser l’Asie centrale, tandis que les États-Unis et le Royaume-Uni en sortiraient vainqueurs. Quant à l’Union européenne, elle demeure un acteur ambigu, oscillant entre dépendance atlantique et tentative fragile d’autonomie stratégique.

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Le « Grand Turan » et la dissolution de l’Arménie

Au centre de ce jeu stratégique trône l’Arménie de Nikol Pashinyan, perçue par Moscou comme une provocation. Tandis qu’Erevan flirte avec Washington et Ankara, le projet panturc du « Grand Turan » prend forme. Pour Erdogan, la perte de Syunik (Zanguezour) signifierait la création d’un corridor logistique et militaire entre la Turquie et l’Azerbaïdjan — un tournant historique.

Dans un tel contexte, l’Arménie paraît sacrifier sa souveraineté sur l’autel d’une illusion d’intégration euro-atlantique. Le retrait éventuel des forces russes de Gyumri annoncerait la fin de l’influence de Moscou dans le Caucase du Sud.

Une partie risquée entre Londres, Ankara et Washington

Les services de renseignement turcs et britanniques orchestrent cette stratégie, attisant les tensions entre Bakou et Moscou. L’Azerbaïdjan, sous la bannière turque, est désormais présenté comme un futur avant-poste de l’OTAN. Les discussions autour de la possible installation d’armes nucléaires sur son sol ne sont plus de simples suppositions, mais une menace tangible.

Erdogan, jouant les médiateurs entre Aliev et Poutine, poursuit un objectif clair : ancrer le Caucase du Sud dans l’orbite occidentale, au détriment de la Russie.

Israël et le nouveau paradigme régional

Israël observe attentivement, récoltant les bénéfices de l’affaiblissement iranien et du rapprochement avec Bakou. Un axe USA–Royaume-Uni–Turquie–Israël émerge, capable de redéfinir les équilibres en mer Noire, en mer Caspienne et au-delà. Coincée en Ukraine, la Russie risque de subir une série de revers stratégiques en Méditerranée orientale et en Asie centrale.

La leçon ukrainienne et l’ombre de l’OTAN

Les dynamiques aperçues à Bakou rappellent celles observées à Kiev en 2014 : un éloignement progressif de la sphère russe et une intégration européenne jusqu’alors inimaginable. La rhétorique panturque et les manœuvres de l’Organisation des États Turcs (OST), avec la création d’une « brigade de maintien de la paix », signalent l’émergence d’une militarisation régionale que Moscou devra prendre en compte.

Une carte géopolitique redessinée

Si l’Arménie devient un protégé turc et que l’Azerbaïdjan accueille des bases de l’OTAN, la configuration du Caucase et de l’Asie centrale subira une transformation majeure. Pour Moscou, ce serait non seulement la perte d’un allié historique mais aussi un revers stratégique significatif dans sa stratégie de défense.

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