
Par Olivier d’Auzon
Abéché, ville sahélienne aux portes du désert, s’apprête à devenir un pivot central du dispositif militaire tchadien. Le 16 janvier 2025, un accord a été signé entre N’Djamena et Ankara, consacrant cette base aérienne comme un hub militaire pour drones sous assistance turque.
Cet accord ne se limite pas à une simple coopération technique : il symbolise une transformation en profondeur des équilibres stratégiques du Tchad et du Sahel.
Une alliance militaire en plein essor
La relation militaire entre le Tchad et la Turquie ne date pas d’hier.
En février 2023, alors que la menace de Boko Haram persistait, N’Djamena prenait une décision clé : acquérir ses premiers drones de combat ANKA-S auprès de Turkish Aerospace Industries (TAI). Ces appareils, conçus pour des missions de reconnaissance et d’attaque, ont marqué un tournant technologique pour l’armée tchadienne.
En juillet 2023, deux ANKA-S prenaient leur envol sous les couleurs du Tchad. Face aux défis sécuritaires croissants, notamment dans la région du Lac Tchad, le gouvernement tchadien a ensuite commandé un modèle plus avancé, l’AKSUNGUR, livré en avril 2024. Ce drone armé, capable de frapper avec plus de puissance et d’autonomie, a été présenté officiellement par le président Mahamat Déby, scellant ainsi l’engagement du pays dans une nouvelle ère militaire.
Tchad : L’ascension des partenariats avec les pays du
Un théâtre d’opérations en mutation
L’efficacité de ces drones ne tarde pas à se faire sentir. En novembre 2024, lors de l’opération “Haskanite”, les forces tchadiennes ont utilisé leurs nouveaux appareils pour frapper des embarcations présumées appartenir à Boko Haram sur le Lac Tchad. Si le bilan officiel annonce des succès majeurs, des accusations émergent rapidement : des pêcheurs auraient été pris pour cible par erreur. Faux pas militaire ou dommage collatéral inévitable ?
Abéché, un choix stratégique
Le choix d’Abéché pour implanter cette base n’est pas anodin. Située à l’est du pays, proche du Soudan en proie aux violences internes, elle offre un emplacement idéal pour surveiller et stabiliser la région. Mais au-delà de sa dimension sécuritaire, cette base militaire traduit une évolution majeure de la stratégie tchadienne :
- Anticiper l’instabilité régionale : Entre les conflits au Soudan et les incursions de groupes armés au nord, le Tchad entend verrouiller ses frontières.
- Gagner en autonomie militaire : Avec le départ des troupes françaises du Sahel, N’Djamena doit renforcer ses capacités de défense.
- S’inscrire dans la dynamique turque en Afrique : Ankara étend son influence militaire, avec des projets similaires en Somalie, où un centre de recherche aérospatiale est en cours de développement.
ANALYSE – Turquie et Tchad : De Nouvelles Alliances au Cœur
Un basculement des alliances internationales ?
Ce partenariat avec la Turquie reflète une redéfinition des alliances stratégiques du Tchad. Autrefois soutenu par la France dans le cadre de l’opération Barkhane, le pays explore désormais d’autres horizons :
- Un tournant post-Barkhane : La fin de l’engagement militaire français laisse un vide que d’autres puissances, comme la Turquie, s’efforcent de combler.
- Un jeu d’équilibre diplomatique : Si l’axe avec Ankara se renforce, N’Djamena devra ménager ses relations avec d’autres acteurs internationaux.
- Vers une militarisation accrue ? L’essor des drones et la modernisation de l’armée tchadienne interrogent sur les conséquences à long terme de cette montée en puissance.
Un pari risqué mais stratégique
Avec cette nouvelle base à Abéché, le Tchad se donne les moyens de renforcer son arsenal et d’affirmer sa souveraineté. Mais cette transformation ne va pas sans risques. En s’appuyant sur Ankara, le pays redessine son positionnement sur l’échiquier africain, entre indépendance militaire et nouvelles dépendances stratégiques.
La poussière du désert d’Abéché recouvre encore les pistes fraîchement aménagées de cette base militaire. Mais sous ce voile ocre, se joue déjà l’avenir d’un Tchad en mutation, entre ambitions militaires et incertitudes diplomatiques.
Sources : WAMAPS et Tchad: Political Governance. Via Jabir TOURÉ.
Tchad : Le retrait des troupes françaises est « un nouveau
#Tchad #DronesMilitaires #Turquie #GéopolitiqueAfricaine #SécuritéSahel #BaseMilitaireAbéché #SoftPowerTurc #CoopérationMilitaire #DéfenseTchadienne #TurkishAerospace #ANKASDrone #AKSUNGUR #TechnologieMilitaire #ConflitAuSahel #InfluenceTurque #BokoHaram #GuerreAsymétrique #StratégieMilitaire #DronesDeCombat #SahelEnConflit #DéfenseAfricaine #SécuritéRégionale #GuerreAuLacTchad #TerrorismeAfrique #TchadTurquieAlliance #MilitarisationAfrique #StratégieTurque #BasesMilitaires #PolitiqueDeDéfense #AfriqueEtTurquie #SoftPowerTurquie #TechnologieAérienne #GéopolitiqueSahel #ConflitTchadSoudan #PrésidentDéby #PartenariatMilitaire #RelationsInternationales #AfriqueSécuritaire #DroneWar #TchadEnMutation

Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
