Quid du Soft-Power chinois ?

Quid du Soft-Power chinois ?

lediplomate.media — imprimé le 15/02/2025
hollywood chinois
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie). Membre du comité des conseillers scientifiques internationaux du CF2R.

La Chine a vite appris. Pendant des décennies, le soft power a été le domaine incontesté des États-Unis et de leurs alliés, avec Hollywood, la musique pop et l’industrie du divertissement capables de façonner l’imaginaire collectif à l’échelle mondiale. Mais les temps changent, et si hier c’était le cinéma et la télévision qui véhiculaient les mythes de l’Amérique, aujourd’hui, c’est le monde numérique qui est devenu le nouveau champ de bataille. Et dans ce domaine, la Chine est entrée en force, de manière subtile et inexorable, faisant des jeux vidéo son arme la plus raffinée.

Il ne s’agit plus seulement d’exporter des produits ou de produire des films à thème historique. Pékin a compris que le meilleur moyen de diffuser son influence n’est pas d’imposer, mais d’envelopper, d’infiltrer, de façonner lentement. Ainsi, le géant Tencent, mastodonte du divertissement numérique, a construit un empire capable de parler à des centaines de millions de jeunes à travers le monde, sans besoin de proclamations politiques ou idéologiques. Il possède Riot Games, le développeur de League of Legends, l’un des jeux les plus populaires au monde, et détient une part importante d’Epic Games, la société derrière Fortnite, qui compte plus de 400 millions d’utilisateurs. Un empire invisible, mais extrêmement puissant, qui n’impose pas la culture chinoise, mais l’intègre discrètement dans l’expérience quotidienne du jeu, l’injectant sans que personne ne s’en rende compte.

La méthode est subtile : pas de propagande, mais de la suggestion. Dans Honor of Kings, les joueurs affrontent des personnages inspirés de la mythologie chinoise, du légendaire artisan Lu Ban au Roi Singe de Voyage en Occident. Dans Black Myth: Wukong, développé par le studio chinois Game Science, la beauté des graphismes et la richesse du récit introduisent des millions de joueurs à une esthétique et une mythologie bien différentes des récits occidentaux traditionnels. Le résultat ? Sans même s’en rendre compte, les joueurs absorbent la culture chinoise, se familiarisent avec des symboles, des mythes et des références qui, autrefois, étaient exclusivement associés à Pékin. Et lorsque ces images deviennent familières, le passage du divertissement à l’acceptation d’une nouvelle vision du monde devient bien plus rapide qu’on ne le pense.

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Ce n’est pas un hasard si tout cela s’inscrit dans la stratégie de la Digital Silk Road, le bras technologique des Nouvelles Routes de la Soie. La Chine ne se contente pas de construire des infrastructures matérielles, comme des ports et des chemins de fer, elle façonne également un écosystème numérique qui porte son empreinte partout. Les jeux vidéo, dans ce contexte, ne sont pas de simples loisirs, mais des outils d’influence, des vecteurs d’un soft power inédit qui s’insinue là où le pouvoir militaire et commercial ne peut pas aller.

Mais l’expansion numérique de Pékin ne fait pas l’unanimité. Le Pentagone, conscient des enjeux, a ajouté Tencent à la liste des entreprises liées à l’industrie militaire chinoise, une décision qui a provoqué la colère de la société, prête à se défendre par voie judiciaire. La question n’est pas tant de savoir si Tencent fournit réellement un soutien aux forces armées chinoises, mais plutôt que son immense pouvoir d’influence est désormais devenu un enjeu de sécurité nationale pour les États-Unis. La même accusation qui était autrefois portée contre les géants russes de l’information se déplace maintenant sur un terrain plus dangereux, plus insidieux, car il ne s’agit plus de désinformation, mais d’une construction silencieuse d’un imaginaire alternatif.

Pour l’instant, les jeux vidéo ne sont qu’un simple divertissement pour des millions de jeunes. Mais demain ? La Chine ne se limite plus à vendre des produits ou à financer des infrastructures, elle façonne les rêves et les ambitions d’une génération entière. Si le soft power est la capacité d’attirer et d’influencer sans contrainte, alors Pékin est en train de jouer sa meilleure partie. Et le reste du monde, entre une partie de League of Legends et un duel sur Fortnite, baisse peut-être sa garde, alors que la Chine avance, niveau après niveau.

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