ANALYSE – La Chine sous les projecteurs : Le grand cauchemar américain 

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Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

L’Amérique a déniché son nouveau méchant digne d’un blockbuster hollywoodien, et le scénario reste immuable : un ennemi lointain, rusé, prêt à frapper là où ça fait mal. Le 25 mars, les services de renseignement américains ont publié leur Annual Threat Assessment, un pavé de 33 pages qui sacre la Chine comme la menace numéro un – militaire, informatique, spatiale, et même mentale, si l’on en croit leur fixation sur l’intelligence artificielle. 

Pékin, à les entendre, progresse à pas de géant, un peu maladroits mais résolus, vers un arsenal capable de toucher les États-Unis, de paralyser leurs infrastructures et, tant qu’à faire, de s’emparer de Taïwan lors d’une nuit d’orage. C’est un cri d’alarme qui résonne dans les couloirs du Sénat, entre sénateurs suspendus à ces mots et fonctionnaires qui se tordent les mains.  

L’intrigue est captivante. Selon le rapport, l’Armée populaire de libération chinoise (APL) met au point des armes hypersoniques filant à des vitesses folles, des avions furtifs qui glissent comme des spectres sur les radars, des sous-marins silencieux tels des requins, et un arsenal nucléaire qui s’étoffe sous nos yeux. Ce n’est pas tout : Pékin veut faire de l’espace un champ de bataille et du cyberespace une arme mortelle, avec des attaques capables d’éteindre les lumières de New York ou de désorienter les satellites américains. Tulsi Gabbard, la directrice du renseignement national, ne mâche pas ses mots : devant la Commission du Sénat, elle dépeint la Chine comme « le concurrent stratégique le plus redoutable » de Washington, un adversaire qui ne plaisante pas et qui, d’ici 2030, ambitionne de détrôner les États-Unis dans le royaume de l’intelligence artificielle. Imaginez : des modèles linguistiques avancés qui produisent des fakes news à la chaîne, imitent des personnes réelles et orchestrent des réseaux de cyberattaques. De quoi faire trembler les poignets, ou du moins justifier quelques milliards supplémentaires pour le Pentagone.  

Ensuite, il y a le chapitre du fentanyl, un point sensible que Trump a choisi de titiller avec délectation. John Ratcliffe, patron de la CIA, accuse Pékin de se contenter du service minimum pour stopper le flux de précurseurs chimiques qui alimentent la crise de la drogue aux États-Unis – première cause de décès par overdose, une épidémie qui tue plus que les embouteillages sur les autoroutes. « Rien n’empêche la Chine d’agir », tonne Ratcliffe, laissant entendre que Pékin préfère fermer les yeux pour ne pas froisser ses entreprises qui en tirent un joli pactole. Trump, jamais à court de gestes théâtraux, a relevé le 3 mars les droits de douane sur les importations chinoises de 10 % à 20 %, une mesure pour « punir » la Chine de son laxisme. Résultat ? Un nouveau round d’échanges musclés : la Chine rejette toute responsabilité, renvoie le problème aux États-Unis et accuse Washington d’utiliser le fentanyl comme prétexte pour attiser la guerre commerciale.  

De l’autre côté du Pacifique, le ministère chinois des Affaires étrangères refuse de jouer les punching-balls. Le 26 mars, le porte-parole Guo Jiakun a répondu avec un calme olympien : « Nous conseillons aux États-Unis de ne pas se mirer dans leur logique hégémonique et de cesser de voir les relations avec la Chine à travers le prisme dépassé de la Guerre froide. » Un appel à changer de disque, assorti d’un avertissement : gare à soutenir les « séparatistes » de Taïwan, cette île que Pékin considère comme une province rebelle et qui, selon le rapport, pourrait bientôt être étouffée par une pression militaire et économique croissante. L’ambassade chinoise à Washington en rajoute une couche : « Les États-Unis exagèrent la menace chinoise pour maintenir leur hégémonie militaire », déclare Liu Pengyu, présentant la Chine comme une force de paix qui n’hésitera pas, toutefois, à défendre « sa souveraineté, sa sécurité et son intégrité territoriale ».  

Le rapport ne se borne pas à accuser. Il concède que la Chine a ses propres démons : une corruption endémique, une démographie qui craque sous le poids d’une population vieillissante, une économie qui ralentit, minée par la défiance des consommateurs et des investisseurs. Le Parti communiste, selon le document, pourrait se retrouver dos au mur, forcé de choisir entre des réformes périlleuses et une répression encore plus dure. Pourtant, Pékin ne s’arrête pas : il convoite les ressources du Groenland – un « point d’appui stratégique » dans l’Arctique – et défie les États-Unis jusque-là, tandis que le vice-président J.D. Vance prépare ses valises pour l’île avec une délégation imposante, prêt à hausser le ton face aux « pressions inacceptables » dénoncées par la Première ministre danoise, Mette Frederiksen.  

Un jeu de miroirs

Cette obsession pour la Chine occupe un tiers du rapport, mais elle n’est pas le seul épouvantail. La Russie, l’Iran et la Corée du Nord pointent le bout de leur nez, chacun avec ses ambitions et ses astuces pour tenir les États-Unis en haleine. La guerre en Ukraine, selon l’intelligence, est une mine d’or d’enseignements pour Moscou, qui apprend à contrer les armes occidentales à grande échelle. L’Iran, quant à lui, aiguise ses drones et ses missiles, tissant des réseaux de complices jusque sur le sol américain, bien qu’il ne semble pas – pour l’instant – courir après la bombe atomique.  

Et puis, il y a le chaos interne à Washington qui vole la vedette. Lors de l’audition au Sénat, les démocrates n’ont pas lâché Gabbard et Ratcliffe, les criblant de questions sur cette fameuse messagerie Signal – un fiasco gênant où des plans militaires sensibles ont fini sous les yeux d’un journaliste curieux. Une bourde qui jette une ombre sur la crédibilité d’une administration qui veut se montrer inflexible face à la Chine, mais qui trébuche sur ses propres lacets.  

Que reste-t-il de tout cela ? Un jeu de miroirs, comme toujours. Les États-Unis voient en Pékin un dragon prêt à cracher du feu, mais peut-être se regardent-ils trop dans leur propre reflet, projetant leurs peurs sur un rival qui grandit, certes, mais qui n’est pas encore le monstre invincible qu’ils dépeignent. Trump, avec ses droits de douane et ses coups de gueule, surfe sur la vague, mais le risque est que cette guerre de nerfs coûte plus cher à Washington qu’à Pékin. Au fond, le vrai danger ne vient pas seulement de l’autre côté du Pacifique : il réside dans l’incapacité à voir au-delà de son propre nombril, pendant que le monde change et ricane sous cape. 

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