DÉCRYPTAGE – La Chine et l’Afrique : Derrière le rideau de soie de la rhétorique de solidarité 

Poignée de main diplomatique entre un dirigeant africain et un dirigeant chinois, sur fond d’infrastructures, symbolisant le partenariat Chine-Afrique.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

Retour sur la suppression par Pékin des barrières douanières pour l’Afrique : un virage à double détente

Par un geste fort et soigneusement chorégraphié, la Chine annonce la suppression des droits de douane pour les exportations en provenance de 53 pays africains. Une ouverture commerciale sans précédent, mais qui pose une question de fond : s’agit-il d’une générosité économique ou d’un coup géopolitique bien calculé ?

Changsha, juin 2025. Dans le bruissement des halls éclairés de l’exposition économique Chine-Afrique, la nouvelle tombe comme une proclamation impériale : Pékin libéralisera l’accès à son marché pour la quasi-totalité des économies africaines. Jusqu’alors réservée aux pays les moins avancés (PMA), cette exonération tarifaire s’étendra désormais à des économies intermédiaires comme le Maroc, le Kenya ou encore le Nigeria. Seule l’Eswatini, fidèle à Taïwan, reste à la porte.

Ce choix n’est pas neutre. Il intervient dans un contexte de raidissement commercial mondial. Washington, dans un geste d’humeur protectionniste, vient de durcir ses tarifs douaniers sur certains produits africains. Pékin, en contraste, joue la carte de l’ouverture, de la solidarité Sud-Sud et de l’amitié de long terme. En apparence, le geste est noble. Mais sous l’apparence, l’intention mérite d’être interrogée.

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Une asymétrie structurelle

La Chine affiche aujourd’hui un excédent commercial de 62 milliards de dollars vis-à-vis de l’Afrique. C’est l’équivalent de ce que l’Union européenne consacre annuellement à son aide publique au développement. Pékin achète du pétrole, du cobalt, du cuivre, du fer et de l’or. Elle vend des téléphones, des vêtements, des médicaments, des infrastructures et des services. Ce déséquilibre est ancien, mais il devient difficile à défendre dans les discours de « partenariat égalitaire ».

En ouvrant ses frontières, la Chine espère corriger cette image. Elle permet à l’Afrique d’exporter davantage vers son marché – ou, du moins, elle en donne l’illusion. Car dans les faits, la structure des exportations africaines reste largement dominée par des matières premières à faible valeur ajoutée. Or, ces produits étaient déjà, pour beaucoup, exonérés de taxes.

La question est donc de savoir si cette mesure changera véritablement la donne. Les voitures sud-africaines, les cosmétiques marocains ou les produits textiles éthiopiens seront-ils compétitifs face aux produits chinois eux-mêmes, bon marché, subventionnés, et souvent meilleurs en qualité ? Rien n’est moins sûr.

Une main tendue… guidée par une ambition

L’annonce s’inscrit dans une stratégie plus vaste, martelée depuis une décennie par Xi Jinping : bâtir une « communauté de destin Chine-Afrique », concept à la fois vague et séduisant. Pékin investit massivement sur le continent, y construit des ports, y pose des rails, y prête sans compter. Elle en devient le premier créancier, parfois à ses risques et périls.

Cette exonération douanière est un prolongement logique de cette ambition. Elle crée une dépendance commerciale douce, une forme d’intégration économique asymétrique. En offrant aux pays africains une « porte d’entrée » sur son marché intérieur, la Chine se positionne en arbitre du développement, en partenaire incontournable, en alternative au monde occidental.

L’Afrique à la croisée des chemins

Reste à savoir si l’Afrique saisira cette opportunité comme un tremplin ou comme un piège. Car il y a un danger réel : que cette ouverture incite les économies africaines à persister dans une logique extractiviste, sans véritable effort de transformation locale. Une économie dépendante des exportations de matières brutes est une économie vulnérable.

La véritable bataille ne se jouera donc pas aux frontières chinoises, mais dans les zones industrielles africaines. Elle sera technique, logistique, productive. Pékin promet déjà des appuis en formation, en marketing et en soutien logistique. Mais ce sera à l’Afrique de se doter d’une ambition industrielle à la hauteur de la fenêtre qui s’ouvre.

Derrière le rideau de soie de la rhétorique de solidarité, c’est un bras de fer stratégique qui se profile : qui façonnera l’avenir économique de l’Afrique ? L’Afrique elle-même, ou les puissances qui lui ouvrent leurs marchés ?

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