
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Pékin, juillet 2025 – Un coup de tonnerre déchire l’opacité de la politique chinoise. Le 30 juin, le Bureau politique du Parti communiste chinois (PCC) a adopté un nouveau règlement concernant les organes de coordination du Comité central, un document qui, sous un langage bureaucratique, dissimule un séisme politique.
Il ne s’agit pas d’un simple ajustement technique, mais du premier pas concret vers une transition de pouvoir qui pourrait redéfinir l’avenir de la deuxième puissance mondiale. Avec Xi Jinping fermement aux commandes, le PCC semble se préparer à un changement de paradigme, entre centralisation du pouvoir, réformes économiques et un remaniement des élites qui tient le monde en haleine.
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Un règlement qui parle d’avenir
Le nouveau règlement, adopté lors d’une réunion du Bureau politique et rendu public avec la discrétion habituelle, régit le fonctionnement des « organes de coordination » du Comité central, cœur battant du PCC. Ces organismes, comprenant des commissions centrales et des groupes directeurs restreints, sont le noyau décisionnel de la Chine, où sont élaborées les stratégies économiques, militaires et géopolitiques.
Selon des sources officielles, le texte vise à « rationaliser la gouvernance » et à « optimiser le processus décisionnel », mais les analystes y voient bien davantage : une architecture conçue pour consolider le contrôle de Xi et préparer le terrain à une succession qui, bien que lointaine, commence à se profiler à l’horizon. Le document, comme rapporté par Xinhua, élève plusieurs « groupes directeurs » au rang de « commissions centrales », un changement apparemment formel mais lourd de sens.
Ces commissions, présidées par des membres du Comité permanent du Bureau politique, deviennent désormais des piliers institutionnels permanents, dotés d’un pouvoir décisionnel renforcé. Parmi les secteurs concernés, l’économie occupe une place centrale : le règlement insiste sur la nécessité d’une « approche concertée » pour faire face aux défis internes (ralentissement économique, crise immobilière, chômage des jeunes) et internationaux (guerre commerciale avec les États-Unis, restrictions sur les exportations de terres rares). C’est un signal clair : le PCC veut une économie plus disciplinée, avec le parti au centre de chaque choix stratégique.
Xi Jinping et l’ombre de la succession Xi Jinping, au pouvoir depuis 2012 et confirmé pour un troisième mandat lors du XXe Congrès de 2022, domine la scène politique comme peu de dirigeants dans l’histoire chinoise. Il a aboli la limite des deux mandats présidentiels, fait inscrire sa « Pensée sur le socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère » dans la Constitution du PCC et de la République populaire, et consolidé un pouvoir quasi absolu.
Pourtant, le nouveau règlement laisse entrevoir une fissure dans ce monolithe : la nécessité d’institutionnaliser la transition. Le report du Troisième Plénum de 2023, attendu pour définir les lignes économiques du quinquennat et repoussé à juillet 2024, avait déjà soulevé des interrogations. Selon Wu Guoguang, analyste à Princeton, ce retard reflète une lutte interne entre factions, avec le Premier ministre Li Qiang, partisan de la croissance économique, en conflit avec Cai Qi, numéro cinq du Bureau politique et défenseur de la « sécurité économique » avant tout.
Le règlement semble donner raison à Cai, renforçant le contrôle du parti sur l’économie et limitant l’autonomie des entreprises publiques et privées. Mais il y a plus. La formalisation des organes de coordination pourrait être un premier pas pour préparer l’après-Xi. Bien que le dirigeant, âgé de 72 ans en 2025, semble décidé à rester au pouvoir au moins jusqu’en 2027, le PCC ne peut ignorer la nécessité d’un successeur.
Le Comité permanent du Bureau politique, composé de sept membres, n’inclut actuellement aucune figure jeune capable de prendre les rênes, en raison de la règle non écrite des 68 ans comme limite pour les nouvelles nominations. La création de commissions centrales plus structurées pourrait servir à tester de nouveaux talents, comme Chen Jining, ancien maire de Shanghai, ou Ding Xuexiang, fidèle de Xi, en vue du XXIe Congrès de 2027.
Économie : Un nouveau pacte entre parti et marché
L’économie est le véritable banc d’essai. La Chine fait face à une croissance ralentie (4,5 % en 2024, selon le FMI), une bulle immobilière qui a englouti des géants comme Evergrande, et un chômage des jeunes atteignant 21 %.
Le règlement du 30 juin insiste sur un « système économique socialiste de haut niveau », un euphémisme pour un contrôle plus strict du PCC sur les leviers financiers. Les entreprises d’État, qui représentent 30 % du PIB, seront davantage intégrées dans la stratégie nationale, tandis que le secteur privé, déjà sous pression, risque d’être étouffé par de nouvelles réglementations. Le document réaffirme le « socialisme aux caractéristiques chinoises », la doctrine de Deng Xiaoping que Xi a réinterprétée dans une optique nationaliste.
L’objectif est clair : garantir la stabilité interne et rivaliser avec les États-Unis, qui, sous Trump, ont intensifié les droits de douane et les sanctions technologiques. La Chine mise sur des secteurs stratégiques comme l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs et les terres rares, dont elle contrôle 90 % de la raffinerie mondiale. Mais le prix est élevé : la centralisation risque de freiner l’innovation, et la répression de magnats comme Jack Ma signale un climat hostile aux entrepreneurs.
Les factions et le jeu des chaises
En coulisses, le PCC est une arène de luttes intestines. Xi a éliminé ses rivaux grâce à la campagne anti-corruption, écartant des figures comme Qin Gang, ancien ministre des Affaires étrangères, et Li Shangfu, ancien ministre de la Défense, expulsés en 2024 pour « graves violations disciplinaires ». Le nouveau règlement renforce la Commission centrale pour l’inspection disciplinaire, dirigée par Zhao Leji, comme une arme pour tenir les factions en échec. Mais la centralisation n’élimine pas les tensions : la faction de Shanghai, liée à Jiang Zemin, et celle de Hu Jintao, représentée par Li Keqiang, restent influentes, bien qu’affaiblies. Le rôle de Cai Qi, qui contrôle le Secrétariat du PCC, est crucial. Sa ligne sécuritaire semble avoir prévalu lors de la Conférence centrale sur le travail économique de décembre 2024, où la « sécurité » a éclipsé les réformes pro-croissance de Li Qiang. Ce conflit reflète un dilemme plus profond : la Chine peut-elle se permettre de sacrifier la croissance pour un contrôle totalitaire ?
Et jusqu’où Xi tolérera-t-il le dissensus interne ? Un message au monde Le règlement n’est pas seulement une affaire interne. C’est un signal adressé à Washington, Bruxelles et au reste du monde : la Chine de Xi n’a pas l’intention de plier. Avec Trump qui menace des droits de douane de 30 % sur des partenaires comme le Mexique et l’UE, Pékin répond en renforçant son système politico-économique.
La formalisation des commissions centrales est aussi un moyen de projeter une image de stabilité dans un contexte de turbulences mondiales, du conflit en Ukraine aux tensions en mer de Chine méridionale. Mais le monde observe avec prudence. La centralisation du pouvoir risque de rendre la Chine moins prévisible. Si Xi, comme le suggèrent certains analystes, prépare une transition contrôlée, le processus sera loin d’être simple. L’histoire du PCC, des purges de Mao à la répression de Tiananmen, enseigne que les transitions de pouvoir sont souvent sanglantes, même lorsqu’elles sont masquées par des documents techniques.
Un carrefour historique
Le nouveau règlement du Comité central est une manœuvre audacieuse, mais périlleuse. Xi Jinping tente de concilier son pouvoir absolu avec la nécessité d’institutionnaliser le PCC, garantissant la continuité du parti qui a transformé la Chine en superpuissance. Mais le prix pourrait être une économie plus rigide et une société sous un contrôle encore plus strict. La question que tout le monde se pose est : Xi parviendra-t-il à orchestrer une transition sans provoquer une crise interne ? Ou son rêve d’une « nouvelle ère » se brisera-t-il contre les contradictions d’un système qu’il a lui-même rendu plus rigide ? Pour l’instant, le monde regarde Pékin avec un mélange de crainte et de curiosité. Le dragon change de peau, mais personne ne sait encore quel sera son visage futur.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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