DÉCRYPTAGE – Espace : L’Europe cherche une assurance souveraine

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
De la dépendance à la capacité opérationnelle
Quand l’Union européenne annonce l’accès des États membres à des communications satellitaires sûres et chiffrées, elle parle d’une chose très concrète. Qui contrôle la chaîne du signal jusqu’au commandement. Le commissaire Andrius Kubilius affirme que GOVSATCOM est désormais opérationnel, offrant une première capacité de communications gouvernementales et militaires sous contrôle européen. Le jalon est moins technique que politique : il s’agit de réduire une dépendance qui, en temps normal, s’appelle facilité, et en crise, vulnérabilité.
Le calendrier révèle l’ambition et le retard. Extension en 2027, IRIS2 en 2029. L’Europe accélère parce qu’elle a compris qu’elle arrivait tard et qu’elle doit rattraper à marche forcée.
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Scénarios économiques : Une filière industrielle, pas un gadget
L’espace est une filière, donc un levier de puissance. Mais la souveraineté coûte : conception, production, cybersécurité, stations sol, et surtout capacité de lancement. Les propositions de hausse massive des budgets sur 2028 2034 traduisent un changement de doctrine : traiter l’espace comme une infrastructure critique, pas comme un supplément technologique.
La comparaison implicite est celle des services externes, notamment les constellations privées. Quand la connectivité critique dépend d’un acteur extérieur, la continuité du service n’est pas un droit, c’est une condition. Et une condition peut devenir levier.
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Évaluation stratégique militaire : l’interrupteur et la résilience
La guerre en Ukraine a rappelé que l’espace n’est plus un environnement neutre. C’est un théâtre contesté. GOVSATCOM vise à garantir des services indispensables aux personnels militaires et de sécurité, surtout en situation dégradée.
Le thème le plus sensible est celui de l’interrupteur externe. Si un pays tiers peut bloquer un lancement, imposer une dépendance sur des composants, ou empêcher l’usage d’un système au moment critique, la capacité n’est pas souveraine. La préférence européenne défendue par certains responsables vise précisément à réduire ce risque, à condition que les États membres convergent.
Géopolitique et géoéconomie : L’allié incertain et la nécessité d’une politique commune
Le diagnostic, formulé de manière abrupte par des responsables européens, est que le monde change vite et que l’allié de référence devient moins prévisible. Dans ce contexte, l’Europe cherche redondance et autonomie. La Russie est perçue comme une menace durable. L’espace devient donc un pilier de la posture de défense.
L’obstacle majeur est politique. Sans interopérabilité et sans choix communs, l’Europe risque d’empiler des programmes nationaux incapables de s’additionner. Or, sous pression, une capacité fragmentée est une faiblesse.
La conclusion tient en une phrase : l’espace est une infrastructure. Et la souveraineté s’y mesure à qui possède les règles d’accès, le chiffrement, les lancements et la capacité de rester connecté quand quelqu’un tente d’éteindre la lumière.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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