
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Une constellation pour le pouvoir orbital
Pékin ne construit pas seulement un réseau de satellites. Le pays prépare une nouvelle manière d’exercer le pouvoir. Xingyan, l’Œil des Étoiles, est présenté comme un système destiné à surveiller les orbites encombrées et à aider les opérateurs commerciaux à éviter les collisions. En réalité, il incarne une ambition plus profonde : réduire la dépendance aux données spatiales étrangères et transformer l’Espace en un domaine de souveraineté technologique, économique et militaire.
La constellation prévoit 156 satellites capables d’identifier des débris, de suivre des objets, de détecter des mouvements anormaux et de transmettre des informations toutes les trente minutes. Pour l’heure, le projet est en phase préparatoire. Douze satellites seront lancés d’ici 2027, et l’ensemble du système sera opérationnel après 2028. En parallèle, Pékin déploie la constellation Guangshi, également liée au géant géospatial Zhongke Xingtu. C’est un horizon à plusieurs niveaux qui révèle la volonté chinoise de bâtir une architecture orbitale autonome et concurrente de celle des États-Unis.
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Conscience spatiale et gestion du risque
La connaissance de la situation spatiale est désormais indispensable. Avec des milliers de nouveaux satellites envoyés en orbite chaque année, circuler dans la densité orbitale sans un système de surveillance performant est devenu impensable. Jusqu’à présent, le véritable monopole opérationnel est resté entre les mains des États-Unis, qui disposent d’un réseau de radars, de télescopes et d’un programme dédié pour suivre les mouvements orbitaux et interpréter les anomalies.
Pour la Chine, dépendre de ces informations revient à concéder un avantage stratégique. D’où la course vers un système autonome, capable de contrôler le trafic orbital et de gérer les risques de collision sans recourir à des sources étrangères. Dans la logique de la puissance, celui qui contrôle les données contrôle la sécurité de ses infrastructures et limite sa vulnérabilité.
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La frontière entre civil et militaire
La technologie est duale, et cela n’étonne personne. Ce qui sert à éviter les collisions peut aussi servir à suivre les satellites étrangers, anticiper des manœuvres suspectes, analyser des comportements. C’est dans cet espace d’ambiguïté que se joue une part de la compétition mondiale. Les États-Unis savent que chaque avancée chinoise dans la surveillance orbitale est également un progrès dans la capacité de défense — ou de dissuasion — dans l’Espace.
Pékin insiste sur la vocation commerciale du programme. Mais des caméras multispectrales, des capteurs infrarouges, des moniteurs électromagnétiques et l’intelligence artificielle embarquée ne sont pas seulement utiles aux assureurs ou aux télécommunications : ce sont des outils de haute valeur stratégique. Et dans un monde où l’Espace devient un terrain de rivalité, disposer d’un œil indépendant équivaut à disposer d’une position de force.
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L’autonomie orbitale comme projet national
La première dorsale de 12 satellites, suivie de 144 unités à coût réduit, montre la volonté de créer une infrastructure robuste et indépendante. Pékin envisage aussi d’offrir des services à des tiers, créant ainsi des dépendances technologiques favorables à ses intérêts. C’est la même stratégie que celle utilisée pour les réseaux terrestres, désormais élargie aux orbites.
Parallèlement, l’agence spatiale chinoise se dote d’un plan triennal pour renforcer le secteur spatial commercial : surveillance des débris, bases de données dynamiques, alertes précoces, gestion des collisions, réponse aux urgences. Derrière ce programme, on voit clairement une philosophie : transformer l’Espace en un domaine économique régulé, sécurisé et dominé par des infrastructures nationales capables d’attirer partenaires et clients.
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Géopolitique d’une constellation
Xingyan naît dans un contexte de compétition croissante. L’Espace devient une scène de confrontation silencieuse où l’information vaut autant qu’un pipeline ou une zone maritime stratégique. Pour la Chine, déployer cette constellation signifie affirmer un statut global et affaiblir le monopole informatif américain. Pour Washington, cela représente un nouveau concurrent dans un domaine où la donnée est synonyme de puissance.
Sur le plan économique, la constellation peut dynamiser le secteur spatial commercial chinois, attirer des contrats et renforcer un écosystème déjà très actif. Sur le plan stratégique, elle permet à Pékin de réduire son exposition aux données étrangères, d’assurer la sécurité de ses infrastructures et de se préparer à d’éventuels scénarios de confrontation orbitale.
L’Espace, autrefois domaine des explorateurs, devient une frontière géopolitique où technologie, économie et sécurité s’entrecroisent. Xingyan est l’une des pièces de ce puzzle, révélatrice de la manière dont le Dragon envisage son avenir : non plus observé, mais observateur. Non plus dépendant, mais arbitre. Et désormais, protagoniste d’un monde où même l’orbite terrestre devient matière de pouvoir.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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