DÉCRYPTAGE – Iran, le pouvoir passe encore davantage aux Gardiens de la révolution

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La nomination de Zolghadr montre qu’à Téhéran la guerre rétrécit l’espace politique et renforce le noyau dur de la République islamique
La nomination de Mohammad Bagher Zolghadr à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale n’est pas un simple remplacement bureaucratique. C’est un message politique et stratégique. Téhéran, frappé au cœur par la mort d’Ali Larijani lors des raids du 17 mars, répond en déplaçant encore davantage le centre de gravité vers l’appareil militaro-sécuritaire et, en particulier, vers l’univers des Gardiens de la Révolution.
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Du politique négociateur au militaire organisateur
Larijani appartenait à cette catégorie de figures capables d’évoluer entre institutions, diplomatie, appareil d’État et médiation interne. Zolghadr relève d’un tout autre profil : celui du vétéran de guerre, du dirigeant formé au sein de la machine coercitive de l’État, de l’homme qui conçoit la sécurité non comme un espace d’équilibre mais comme une chaîne de commandement. Son parcours parle de lui-même : guerre contre l’Irak, état-major interarmées des Gardiens de la Révolution, vice-commandement du Corps, fonctions au ministère de l’Intérieur, puis au Conseil de discernement. Dans un moment comme celui-ci, Téhéran ne choisit pas un tisseur de compromis, mais un gardien du système.
La guerre réduit la marge de négociation
Le point central est là : avec Zolghadr, quiconque voudra ne serait-ce qu’envisager une négociation avec les États-Unis devra passer par un filtre beaucoup plus dur. Sa nomination suggère que la direction iranienne n’entend pas séparer la table diplomatique du champ de bataille. Bien au contraire, elle veut subordonner toute éventuelle négociation aux exigences du front intérieur, de la dissuasion et de la survie du régime.
Le renforcement structurel des Gardiens de la Révolution
Ce choix ne doit pas être lu comme une simple réaction d’urgence. Il consacre une tendance plus profonde : sous pression extérieure et dans une phase d’incertitude au sommet, la République islamique tend à réduire le poids des figures politico-institutionnelles traditionnelles et à s’appuyer toujours davantage sur le bloc sécuritaire. Cela ne signifie pas que le clergé disparaît, ni que l’État devient intégralement militarisé. Cela signifie plutôt que le véritable centre de gravité du pouvoir se déplace vers ceux qui contrôlent la force, le renseignement, la répression et la résilience militaire.
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Mojtaba Khamenei et le problème de la légitimité
Dans ce cadre, le silence public de Mojtaba Khamenei pèse lourd. Plus la nouvelle direction suprême apparaît peu visible, plus le besoin de figures solides au sein de l’appareil sécuritaire devient crucial. Zolghadr sert aussi à cela : compenser par la dureté organisationnelle ce que le sommet politico-religieux ne peut pas encore offrir en termes de stabilité symbolique. En d’autres termes, Téhéran tente de verrouiller la transition par la chaîne sécuritaire plutôt que par une relance politique.
Sur le plan militaire, un choix de continuité dans la guerre longue
D’un point de vue strictement stratégique et militaire, cette nomination indique que l’Iran ne croit pas à une désescalade rapide. Si l’objectif avait été de préparer un compromis à court terme, le choix se serait probablement porté sur une figure plus politique, plus souple, plus adaptée à la médiation. Choisir un ancien commandant des Gardiens de la Révolution signifie au contraire se préparer à une guerre longue, à un conflit hybride dans lequel la coordination entre sécurité intérieure, renseignement, politique régionale et dissuasion balistique devient encore plus étroite. La chaîne décisionnelle se raccourcit, le contrôle se centralise et le langage du pouvoir devient plus militaire.
La signification géopolitique
Sur le plan géopolitique, Téhéran envoie un double signal. À l’extérieur, il affirme que les raids américains et israéliens n’ont pas affaibli sa volonté, mais ont produit l’effet inverse : une plus grande cohésion du noyau dur du régime. À l’intérieur, il signifie aux élites civiles que le temps des compromis ambigus se réduit et que la sécurité nationale ne sera plus gérée par des figures de liaison, mais par des hommes issus de l’appareil. C’est une réaction classique des systèmes assiégés : moins de pluralité au sommet, plus de verticalisation, davantage de pouvoir pour les structures armées.
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Le remplacement de Larijani par Zolghadr n’est pas seulement la conséquence d’un assassinat ciblé. C’est la photographie d’une République islamique qui, sous le feu de la guerre, choisit de se resserrer autour des Gardiens de la Révolution et de confier son avenir immédiat non à la politique, mais à la sécurité. En temps ordinaire, une figure comme Larijani pouvait servir à tenir ensemble les différentes composantes du système. En temps extraordinaire, Téhéran préfère un homme capable de garantir discipline, fermeture et contrôle. Et c’est précisément là le signal le plus important : l’Iran ne se prépare pas à un retour à la normalité, mais à gouverner l’exception comme une nouvelle règle.
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