
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La pendaison récente de Bahman Choobiasl, présenté par Téhéran comme « la plus fiable des taupes du Mossad » en Iran, illustre la férocité de la contre-offensive iranienne après la guerre éclair de douze jours contre Israël. Plus qu’une exécution, il s’agit d’un message : le régime des ayatollahs entend reprendre la main sur son appareil de sécurité, mis en cause pour avoir laissé s’infiltrer des dizaines, voire des centaines d’agents adverses.
De l’ombre de Cohen à l’Opération Rising Lion
L’affaire rappelle le précédent d’Eli Cohen, pendu à Damas en 1965 : la pendaison reste, dans l’imaginaire moyen-oriental, le châtiment exemplaire réservé aux traîtres.
Selon les autorités iraniennes, Choobiasl aurait rencontré des officiers du renseignement israélien et facilité les sabotages précurseurs de l’Opération Rising Lion, campagne israélienne de frappes visant sites nucléaires et infrastructures stratégiques iraniennes.
Depuis la fin de cette courte guerre, plusieurs exécutions ont eu lieu : trois hommes — Idris Ali, Azad Shojaï et Rasoul Ahmad Rasoul — ont été pendus à Urmia, près de la frontière turque ; un autre, Ismaïl Fekri, a subi le même sort en juin.
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Une vague d’arrestations sans précédent
Les chiffres avancés par la police iranienne impressionnent : 21 000 suspects interpellés pendant la guerre ; plus de 700 personnes arrêtées depuis, soupçonnées de « collaboration » avec le Mossad.
Au-delà de la traque réelle des réseaux clandestins, beaucoup d’Iraniens redoutent qu’une telle purge serve aussi à neutraliser les opposants politiques. La frontière devient floue entre le contre-espionnage légitime et la guerre psychologique destinée à ressouder la population derrière le Guide suprême.
Entre paranoïa sécuritaire et guerre psychologique
La diffusion, par les médias israéliens, de vidéos montrant les commandos à l’œuvre dès le lendemain des frappes a fragilisé la crédibilité du renseignement iranien : comment n’a-t-il pas vu venir l’infiltration ?
Cette humiliation nourrit aujourd’hui un climat de méfiance généralisée, qui risque de miner le tissu social et d’asphyxier le débat interne à la République islamique.
Un jeu d’échecs bilatéral : Les taupes iraniennes en Israël
La guerre de l’ombre n’est pas à sens unique : le Shin Bet a annoncé l’arrestation à Holon de deux Israéliens — Maor Kringel et Tal Amran — accusés d’avoir photographié sites militaires et lieux publics pour le compte de Téhéran, rémunérés en cryptomonnaie.
Un réserviste israélien est également poursuivi pour avoir transmis des images d’installations stratégiques.
En Israël, l’espionnage n’entraîne pas la peine capitale ; la symétrie entre les deux appareils de sécurité s’arrête donc là.
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Dimensions géopolitiques et géo-économiques
Ces affrontements clandestins traduisent le bras de fer stratégique entre deux puissances régionales :
- Israël, soucieux d’empêcher l’Iran d’atteindre le seuil nucléaire et d’étendre son influence du Liban à la mer Rouge ;
- L’Iran, désireux de préserver son programme atomique civil-militaire et ses positions en Irak, en Syrie, au Yémen.
L’instabilité sécuritaire fragilise déjà l’économie iranienne : monnaie sous pression, fuite des capitaux, paralysie des investissements étrangers, malgré l’espoir suscité par la levée partielle des sanctions américaines.
Chaque nouvelle exécution accentue la défiance intérieure et éloigne la perspective de réformes économiques indispensables.
Un levier diplomatique perdu ?
En cédant à la logique de la répression spectaculaire, Téhéran renforce sa posture de forteresse assiégée, mais affaiblit sa crédibilité dans les négociations régionales : qu’il s’agisse du dossier nucléaire ou des discussions sur Gaza et le Liban, ses interlocuteurs occidentaux et arabes redoutent une dérive autoritaire incontrôlable.
À long terme, la spirale peut coûter cher sur le plan géo-économique, car les corridors énergétiques et commerciaux reliant l’Asie à la Méditerranée restent vulnérables aux crises iraniennes.
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Une guerre qui redessine le Moyen-Orient
Derrière les pendaisons et les procès secrets se joue un rapport de forces décisif : la capacité de chaque camp à infiltrer l’autre détermine non seulement le succès militaire ponctuel, mais aussi l’équilibre stratégique d’une région déjà marquée par la rivalité irano-saoudienne, la question palestinienne et la compétition pour les routes du gaz et du pétrole.
La guerre invisible entre Mossad et services iraniens est désormais l’un des facteurs clefs de l’instabilité moyen-orientale, pesant sur la diplomatie comme sur l’économie.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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