DÉCRYPTAGE – Mer Rouge, le pari du Caire

Égypte et Moyen Orient
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Ports, bases et eau : La stratégie égyptienne autour de l’Éthiopie

L’annonce des accords entre l’Égypte, l’Érythrée et Djibouti pour le développement des ports d’Assab et de Doraleh ne relève pas d’un simple projet d’infrastructures. Il s’agit d’un tournant politique et stratégique qui place Le Caire au cœur de l’un des espaces les plus sensibles de la planète : l’entrée méridionale de la mer Rouge, à proximité immédiate du détroit de Bab el-Mandeb. Par cette voie passent le commerce mondial, les flux énergétiques, la sécurité maritime et, de plus en plus, la compétition militaire.

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Des ports civils aux usages militaires

Le discours officiel met en avant l’extension des capacités commerciales. Mais l’élément déterminant est ailleurs : les accords prévoient des infrastructures adaptées à l’accueil de bâtiments militaires et à la présence de contingents réduits mais hautement spécialisés. En clair, une reconnaissance formelle de la présence militaire égyptienne le long d’une route maritime cruciale. Ce n’est pas un détail. Les forces navales du Caire fréquentaient déjà Doraleh et Assab pour le ravitaillement ; désormais, cette présence s’inscrit dans un cadre stable et institutionnalisé.

L’Éthiopie au centre du jeu stratégique

L’acteur silencieux mais central reste l’Éthiopie, puissance démographique et militaire régionale, privée d’accès direct à la mer. Addis-Abeba dépend de Doraleh pour l’essentiel de son commerce extérieur et observe avec inquiétude toute tentative de verrouillage militaire de la mer Rouge par des puissances perçues comme hostiles. La pression exercée par l’axe Égypte-Érythrée, avec Djibouti comme pivot logistique, renforce le sentiment d’encerclement stratégique.

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Le barrage et l’eau comme leviers géopolitiques

Au cœur du différend demeure le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne. Pour l’Égypte, dont la survie hydrique dépend presque entièrement du Nil, l’enjeu est existentiel : moins l’ouvrage lui-même que le contrôle des flux en amont, notamment en période de sécheresse. L’échec répété des négociations avec l’Éthiopie et le Soudan a poussé Le Caire à déplacer l’affrontement du terrain diplomatique vers celui des alliances régionales et des postures militaires indirectes.

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Encerclement discret et alliances opérationnelles

Ces dernières années, l’Égypte a renforcé ses liens avec la Somalie, l’Érythrée, Djibouti et le Kenya, proposant formation, assistance militaire et, dans certains cas, déploiements limités. L’envoi de conseillers et de troupes en Somalie, dans le cadre d’accords antiterroristes et de missions africaines de maintien de la paix, s’inscrit dans cette logique. Il ne s’agit pas d’une démonstration de force spectaculaire, mais d’un maillage de présences légères, juridiquement légitimées, qui construit de l’influence sans confrontation directe.

Des équilibres fragiles dans la Corne de l’Afrique

Le résultat est une Corne de l’Afrique de plus en plus militarisée et traversée de rivalités croisées. L’initiative égyptienne sur les ports renforce la capacité de pression du Caire sur l’Éthiopie, mais accroît aussi le risque de durcissement des positions. Eau, accès maritime et sécurité des routes commerciales se fondent dans une même équation stratégique. Et lorsque cela se produit, la stabilité régionale devient précaire : non parce que la guerre est imminente, mais parce que chaque infrastructure, chaque port, chaque accord cesse d’être neutre pour devenir un élément d’une compétition de puissance inscrite dans le temps long.

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