REPORTAGE – Quatorzième jour du soulèvement en Iran…

REPORTAGE – Quatorzième jour du soulèvement en Iran…

lediplomate.media — imprimé le 10/01/2026
Manifestation massive dans le quartier de Punak à Téhéran, le 9 janvier 2026
Manifestation massive dans le quartier de Punak à Téhéran, le 9 janvier 2026

Par la rédaction du Diplomate média

La rédaction du Diplomate média a voulu savoir plus sur les évènements actuels en Iran. Elle a contacté un responsable du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), généralement très bien informé sur la situation à l’intérieur, afin de dresser un état des lieux précis de la situation en Iran, quatorze jours après le déclenchement d’un vaste mouvement de contestation. Selon les informations communiquées par les réseaux internes de la Résistance et recoupées avec diverses sources locales, le pays est confronté à une vague de troubles d’une ampleur inédite depuis plusieurs années. Sur fond d’effondrement économique, de crise sociale profonde et de répression sécuritaire accrue, ces émeutes traduisent un durcissement du rapport de force entre le régime et une société de plus en plus déterminée à contester son autorité. Ce reportage propose une analyse factuelle des événements en cours, de leurs caractéristiques et des dynamiques politiques et sécuritaires qu’ils révèlent.

Les manifestations se sont étendues selon le CNRI à 175 villes dans toutes les provinces du pays.

Déclenchées par l’effondrement de la monnaie iranienne le rial, les protestations ont d’emblée scandé les slogans « Mort au dictateur », « Mort à Khamenei » et « Cette année sera l’année du sang et Khamenei sera renversé ».

À ce jour, le bilan est lourd : l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran a confirmé l’identité de 57 des manifestants tués. Des centaines de personnes ont été blessées et des milliers arrêtés. Le nombre réel de victimes est sans doute bien plus élevé. Jeudi, le vice-gouverneur du Khorasan a annoncé que dans la petite ville de Chenaran, cinq personnes avaient été abattues par les Gardiens de la révolution en une seule nuit.

Le régime a lancé une répression massive contre les manifestations, utilisant des munitions réelles. Dans certaines villes, dont Abdanan, les forces répressives ont même pénétré dans les hôpitaux pour arrêter des manifestants blessés. Dans de nombreux cas, pour éviter d’être arrêtés, des manifestants blessés qui, ne se rendent pas à l’hôpital et sont soignés à domicile. 

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Khamenei a qualifié les manifestants d’émeutiers, et Gholamhossin Mohseni Ejei, chef du pouvoir judiciaire du régime, a ordonné la répression des manifestations. Il a déclaré : « Afin d’enquêter rapidement sur les cas d’émeutiers, des sections spéciales ont été créées, et les autorités judiciaires ont été sommées d’être présentes sur le terrain si nécessaire, d’être informées des faits sans intermédiaires et de les examiner de près ». Il s’agit en réalité d’un ordre visant à instituer des tribunaux d’exception pour exécuter les manifestants.

Le régime clérical, par suite de l’expansion du soulèvement les mardi 6 et mercredi 7 janvier, craignant une escalade des protestations et afin d’empêcher la diffusion d’images de la bravoure de la jeunesse rebelle et d’informations sur les crimes de ses forces répressives, a imposé un black-out numérique et une coupure totale d’Internet dans tout l’Iran. Le régime avait déjà affaibli et ralenti internet ces derniers jours.

Les caractéristiques de ce soulèvement : 

Premièrement : L’ampleur du soulèvement – ​​non seulement les manifestations se sont étendues àtoutes les provinces du pays, mais dans certaines villes, des foules de plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre le régime.

Deuxièmement : Les manifestations sont fondées sur des bases solides : une économie défaillante, des prix élevés, une dévaluation de la monnaie iranienne de près de 80 % depuis l’année dernière, des crises de l’eau et de l’électricité, et la propagation de la pauvreté. Le régime n’a aucune solution à ces crises, et la cause profonde des manifestations persistera donc.

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Troisièmement : Un nouvel état d’esprit règne dans le pays. La génération Z riposte contre les forces répressives du régime. Suite aux attaques des forces de sécurité, des habitants de plusieurs villes ont détruit des centres de répression et des bâtiments liés au gouvernement. Dans plusieurs villes, des affrontements ont eu lieu entre les forces répressives du régime et les jeunes contestataires. Il s’agit d’un phénomène nouveau. D’après les informations internes au régime, ses dirigeants sont très préoccupés par cette situation.

Grâce au réseau de l’OMPI, et notamment à ses Unités de Résistance, la population est mieux organisée et mieux préparée à affronter les forces de sécurité. Dans les grandes villes comme Mashhad et Kermanshah, dans certains quartiers de Téhéran, ainsi que dans des villes plus petites comme Abdanane et Malekshahi dans l’ouest de l’Iran et Lordegan dans le centre, la population a résisté à la répression des forces de sécurité, les a contraintes à battre en retraite et a pris le contrôle des villes pendant plusieurs heures.

Dans de nombreux endroits, les Unités de Résistance ont joué un rôle de premier plan dans la protection des manifestations, défendant la population contre les forces répressivesHuit de leurs membres ont été tués lors de ces affrontements. Les médias d’État ont exprimé à plusieurs reprises leur inquiétude quant au rôle prépondérant de ces Unités de Résistance, présentes dans tout le pays.

 Quatrièmement : Parallèlement à la répression brutale, afin de dissuader les manifestants de réclamer un changement de régime, le régime envoie ses agents parmi les foules pour détourner les slogans « Mort au dictateur » en slogans en faveur du retour à la monarchie. L’objectif du régime est d’éclipser le slogan principal du soulèvement : le renversement du régime. Il vise également à semer la discorde et à décourager la population de rejoindre les manifestations, car le peuple iranien a maintes fois rejeté toute forme de dictature. De fait, l’un des slogans scandés par les manifestants ces douze derniers jours était : « Mort à l’oppresseur, qu’il s’agisse du Shah ou du Guide suprême. »

L’armée cybernétique des Gardiens de la révolution et certains vestiges de la dictature du Shah à l’étranger produisent de fausses vidéos pour faire croire que les manifestants réclamaient le retour de l’ancienne dictature. Cependant, ces tentatives ont échoué en Iran, car personne ne les prend au sérieux. Sur l’Internet des associations qui surveillent la situation iranienne ont identifié plusieurs dizaines de fausses vidéos, avec des sons qui ne correspondaient pas à l’original : 

Voir : https://youtu.be/UQsX7VEP-Fc

Selon des documents top secret obtenus par les sources du CNRI en Iran, le régime a eu recours, au cours de l’année écoulée, à tous les moyens pour empêcher une nouvelle vague de protestations. Cela inclut la réorganisation de ses forces répressives.

D’après un rapport classifié de la garnison de Tharollah, quartier général du commandement des Gardiens de la révolution iraniens (CGRI) responsables du Grand Téhéran et de la province d’Alborz, neuf sections distinctes ont été mises en place pour prévenir toute nouvelle vague de protestations, et ce, dans différents scénarios. Ce rapport est intitulé « Plan global pour Téhéran ».

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Par ailleurs, le Conseil suprême de sécurité nationale a émis une directive top secret à l’intention des branches concernées du gouvernement, de l’armée et des services de sécurité du régime, les plaçant en état d’alerte et leur donnant des instructions précises pour empêcher toute manifestation.

Non seulement le régime a échoué, mais une nouvelle ère s’ouvre. Le régime est voué à la chute. Les évènements ont prouvé qu’au final seul le peuple iranien et sa résistance organisée à l’intérieur pourront ébranler voire renverser le régime. 

C’est la thèse qui a toujours été défendu par Mme Maryam Radjavi, la présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne, indiquant que la résistance iranienne n’a besoin d’aucune intervention militaire ni d’aucun financement extérieur. Elle repose uniquement sur le peuple iranien, son réseau en Iran et, en particulier, sur les unités de résistance qui, à l’heure actuelle, sont sur le terrain à travers le pays et mènent et protègent les manifestations.

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