DÉCRYPTAGE – Un monde en ébullition : Quand les rues défient les États

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Jamais depuis le début de la décennie on n’avait vu une telle convergence planétaire de la colère sociale.
Le 14 juin 2025, le mouvement “No Kings” a rassemblé plus de cinq millions de personnes aux États-Unis, devenant la plus vaste manifestation mondiale de l’année. Mais ce n’est qu’un épisode d’un phénomène plus large : des 162 protestations antigouvernementales recensées en douze mois, marquées par une intensification des conflits armés, l’aggravation de la crise climatique, l’envolée du coût de la vie et le creusement des inégalités.
La rue comme thermomètre des fractures globales
La crise climatique reste l’un des moteurs majeurs : le mouvement Fridays for Future, né en Suède, a essaimé en Allemagne, aux États-Unis et bien au-delà, cristallisant la mobilisation de la jeunesse contre l’inaction étatique.
À cela s’ajoutent les guerres et occupations : des marches ont exigé le respect du droit international, la protection des civils en Ukraine ou à Gaza, la fin des frappes sur les hôpitaux et des assassinats de journalistes.
Le troisième foyer de colère est socio-économique : inflation, stagnation salariale, coupes budgétaires. La contestation de la réforme des retraites en France en 2023 a rassemblé des millions de grévistes, rappelant que la rue demeure le dernier recours face à des gouvernements jugés sourds.
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Répression : Du bâton aux coupures d’internet
Les États répondent d’abord par la force physique : arrestations, blessures, parfois morts – comme au Nigeria lors des protestations “End Bad Governance” d’août 2024, qui ont fait 24 victimes.
Mais la nouveauté est numérique : 63 coupures d’internet et 162 blocages de plateformes ont été recensés pour freiner l’organisation des manifestants et étouffer le récit médiatique.
Ce double verrouillage – rue et réseaux – traduit la peur des régimes, y compris démocratiques, face à la viralité des mobilisations.
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Quand la diversité fait la force… ou l’échec
L’histoire montre que les mouvements pacifiques et inclusifs, rassemblant jeunes, syndicats, ONG, classes moyennes, ont plus de chances d’infléchir le pouvoir que les soulèvements violents et fragmentés.
Pourtant, la plupart des gouvernements considèrent les manifestations comme un instrument de pression ponctuel, non comme un partenaire de dialogue. Le risque est de transformer la protestation en fin en soi, vidée de perspective politique, ouvrant la voie aux extrémismes ou à la résignation.
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Une cartographie contrastée : L’Amérique latine en tête
C’est en Amérique latine et Caraïbes que l’on recense le plus grand nombre de mouvements contestataires : la poussée inflationniste, la dépendance aux matières premières et la fragilité institutionnelle y nourrissent un cycle quasi permanent de marches et de grèves.
Partout, la cible principale reste le gouvernement national, preuve que les opinions publiques voient d’abord dans leurs élites locales – et non dans les organisations internationales – la source de leurs difficultés.
Signaux stratégiques pour l’avenir
Ces mobilisations massives traduisent une érosion de la confiance dans l’État et dans les mécanismes classiques de représentation ; elles annoncent une ère où les politiques économiques et climatiques devront être légitimées dans la rue autant que dans les urnes.
Pour les régimes autoritaires, la tentation est forte de renforcer le contrôle numérique ; pour les démocraties, le défi sera d’intégrer cette pression horizontale sans sacrifier libertés et stabilité.
Si la crise climatique s’aggrave et que les inégalités persistent, le cycle protestataire mondial ne devrait pas faiblir ; il pourrait au contraire redéfinir les rapports entre citoyens et gouvernants, imposant de nouvelles priorités aux agendas internationaux.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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