DÉCRYPTAGE – Nigeria, le djihadisme relève la tête dans le Nord-Est

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Raids coordonnés et retour de la guerre asymétrique
Dans le Nord-Est du Nigeria, la guerre contre le djihadisme n’a jamais vraiment pris fin. Les attaques coordonnées menées entre le 8 et le 9 mars par des militants de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest montrent que ces organisations armées conservent une capacité opérationnelle importante. En quelques heures, les combattants ont frappé plusieurs localités des États de Borno et de Yobe, tuant au moins douze soldats et trois civils, tout en incendiant des centaines d’habitations.
La première attaque a eu lieu dans le district de Kukawa, dans l’État de Borno, où un groupe de militants a pris d’assaut un camp militaire avant l’aube. L’affrontement avec les troupes nigérianes a duré environ trois heures. Les soldats ont réussi à reprendre la base, mais le prix payé a été lourd : parmi les morts figurent le commandant du poste et plusieurs militaires.
Dans la localité voisine de Dalwa, les miliciens ont frappé à nouveau, tuant deux soldats et trois civils avant d’incendier plus de deux cent cinquante maisons. Une autre attaque a visé la base militaire de Goniri, dans l’État de Yobe, où les insurgés ont détruit véhicules et infrastructures militaires après avoir tué quatre soldats. L’élément le plus significatif de cette offensive n’est pas tant le nombre de victimes que sa méthode opérationnelle : des raids simultanés contre plusieurs objectifs, typiques des stratégies de guérilla coordonnée.
La résilience des insurrections djihadistes
Ces attaques montrent que Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest conservent une présence enracinée dans la région du lac Tchad. Malgré les opérations militaires menées ces dernières années, les groupes djihadistes continuent d’exploiter trois facteurs structurels : l’immensité du territoire, la porosité des frontières et la faible présence de l’État dans les zones rurales du Nord-Est.
Le terrain aride et morcelé de la région offre aux combattants de nombreuses zones de refuge. De plus, la proximité du Niger, du Cameroun et du Tchad permet aux insurgés de circuler à travers des frontières difficiles à contrôler. Cet espace transfrontalier représente l’une des principales ressources stratégiques des groupes djihadistes, qui peuvent se replier rapidement après les attaques et se réorganiser au-delà des frontières.
Il n’est donc pas surprenant que les forces armées nigérianes, bien qu’elles parviennent souvent à repousser les assauts, peinent à éliminer définitivement la menace. Les opérations de ratissage et de recherche lancées après les dernières attaques visent précisément à repérer les militants blessés ou dispersés dans les villages voisins, mais l’histoire récente montre que ces campagnes produisent rarement des résultats décisifs.
À lire aussi : ANALYSE – L’expansion militaire silencieuse des États-Unis en Syrie et en Irak
Une guerre qui dure depuis plus de quinze ans
Le conflit djihadiste dans le Nord-Est du Nigeria dure désormais depuis 2009. En plus de quinze années de combats, la violence a causé plus de quarante mille morts et contraint environ deux millions de personnes à fuir leurs foyers. Des communautés entières ont été détruites ou vidées, tandis que l’économie rurale de la région a été profondément déstabilisée.
La fragmentation du mouvement djihadiste a rendu le conflit encore plus complexe. Boko Haram, né comme groupe insurrectionnel local, s’est progressivement scindé en plusieurs factions. Parmi elles, l’État islamique en Afrique de l’Ouest, affilié à l’organisation État islamique, est devenu ces dernières années l’une des structures les plus organisées et les plus efficaces militairement dans la zone.
La concurrence entre ces factions contribue souvent à intensifier la violence. Selon plusieurs analystes, les groupes djihadistes utilisent les attaques spectaculaires non seulement pour frapper l’État nigérian, mais aussi pour démontrer leur force aux yeux de leurs rivaux et renforcer leur capacité de recrutement.
Le retour de l’intérêt américain
Un élément nouveau dans le paysage sécuritaire régional est le renforcement de la coopération entre le Nigeria et les États-Unis. Environ cent militaires américains ont récemment été déployés dans le pays pour fournir formation, soutien technique et partage de renseignement aux forces nigérianes engagées contre les milices djihadistes.
La présence américaine marque une normalisation partielle des relations entre Washington et Abuja, après les tensions apparues lorsque l’administration Trump avait accusé le gouvernement nigérian de ne pas protéger suffisamment les communautés chrétiennes. Les autorités nigérianes ont toujours rejeté cette lecture, en soulignant que la majorité des victimes des attaques djihadistes appartient en réalité aux communautés musulmanes du Nord.
Le soutien américain comprend également des opérations ciblées contre les réseaux djihadistes dans la région. À la fin de l’année 2025, les États-Unis avaient déjà mené des frappes aériennes dans le Nord-Ouest du Nigeria, signalant un regain d’intérêt stratégique pour la stabilité de cette zone.
À lire aussi : RENSEIGNEMENT – Le terrorisme à l’ère numérique
La dimension régionale de la menace
Le problème sécuritaire du Nord-Est nigérian ne peut être compris sans prendre en compte l’ensemble de l’espace sahélien. Ces dernières années, le djihadisme s’est étendu le long d’un arc géographique qui part du lac Tchad, traverse le Niger et le Burkina Faso, jusqu’au Mali. Cette expansion a été favorisée par la fragilité des États de la région et par la multiplication des coups d’État militaires.
La frontière entre le Niger, le Bénin et le Nigeria est aujourd’hui l’une des zones les plus sensibles. Selon plusieurs analyses, les communications diffusées par les groupes djihadistes ces derniers mois indiquent une augmentation de l’activité militante précisément le long de cette ligne frontalière. Cela pourrait signaler à la fois une compétition interne entre factions et la préparation de nouvelles offensives.
Un scénario toujours instable
Le Nigeria demeure la principale puissance démographique et économique d’Afrique de l’Ouest. Pourtant, l’instabilité persistante du Nord-Est continue de représenter l’un des principaux défis pour la sécurité du pays.
Les dernières attaques montrent que, malgré les efforts militaires et le soutien international, Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest conservent encore la capacité de frapper simultanément plusieurs objectifs et de mettre les forces gouvernementales sous pression. La guerre contre le djihadisme dans le bassin du lac Tchad reste donc l’une des crises sécuritaires les plus durables et les plus complexes du continent africain.
À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Nigéria, frappes américaines et souveraineté fracturée
#Nigeria #BokoHaram #djihadisme #terrorisme #Afrique #Sahel #lacTchad #sécuritéinternationale #géopolitique #guerreasymétrique #insurrection #jihadismeafricain #ÉtatIslamiqueAfriqueOuest #ISWAP #conflitNigeria #arméenigeriane #crisehumanitaire #déplacésinternes #terrorismeinternational #AfriqueOuest #analysegéopolitique #stratégiedjihadiste #menaceislamiste #insécuritéSahel #guerresirrégulières #sécuritéAfrique #instabilitérégionale #BokoHaramattaque #terrorismeSahel #guerreNigeria #militancesalafiste #stratégieinsurrectionnelle #analyseAfrique #lutteantiterroriste #coopérationmilitaire #ÉtatsUnisNigeria #menaceSahel #sécuritéglobale #extrémismeviolent #conflitlacTchad
