
Par Olivier d’Auzon
Pékin : Théâtre d’une stratégie silencieuse
Deux semaines après sa rencontre avec Donald Trump en Alaska, Vladimir Poutine prend son envol pour Pékin. Du 31 août au 4 septembre 2025, le président russe effectue sa vingtième visite en Chine en tant que chef de l’État.
Diplomatie bilatérale, sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai et commémorations du 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale : ce déplacement est présenté par le Kremlin comme “sans précédent”. Mais pour les observateurs, il s’agit surtout d’une mise en scène symbolique. Moscou réaffirme sa fidélité stratégique à Pékin tout en adressant un message clair mais discret à Washington et Bruxelles.
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Le partenariat russo-chinois sous le regard de l’Occident
« Longtemps considéré comme un sujet périphérique, le partenariat russo-chinois est désormais scruté avec une attention extrême par les capitales occidentales », rappelle Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe à Moscou. Derrière les sommets et les déclarations d’amitié se dessine une relation façonnée par trente ans de pragmatisme.
C’est Gorbatchev qui, dès 1989, mit fin à la confrontation initiée par Khrouchtchev et Mao, ouvrant la voie à la coopération. Eltsine, malgré son obsession pour l’Occident, poursuivit sur cette trajectoire. La Chine, par ses commandes industrielles, permit à Sukhoi et aux constructeurs automobiles russes de traverser les “années terribles” de l’après-URSS, tandis que le commerce transfrontalier apportait un souffle vital aux populations d’Extrême-Orient.
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Formalisation et autonomie stratégique
Vladimir Poutine, initialement tourné vers l’Occident, formalisa le partenariat stratégique russo-chinois en 2001. À mesure que les relations avec Washington et Bruxelles se détérioraient, il amplifia cette alliance, non comme vassal mais en acteur autonome. L’idée, souvent répétée dans les chancelleries européennes, d’une inféodation de Moscou à Pékin, est donc un contresens : la Chine domine économiquement, mais Poutine garde les clés de sa politique.
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Sergueï Lavrov présente ce lien comme “sans limites”. Certes, le commerce bilatéral marque un léger tassement et certaines industries russes ressentent les effets d’une dépendance accrue, mais nul reflux n’est attendu après le conflit ukrainien. Parallèlement, la fascination pour la langue et la culture chinoises s’étend dans la société russe, jusqu’à la famille Poutine : une petite-fille du président apprend le mandarin, symbole de cette orientation stratégique.
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Signaux pour l’Occident et l’Asie
La visite en Chine dépasse la simple relation bilatérale. Elle envoie un signal clair aux Occidentaux : la normalisation avec Washington ne se fera pas au détriment de Pékin. L’Asie du Nord-Est devient un laboratoire militaire et diplomatique où Moscou et Pékin testent une complémentarité tangible.
L’arrivée du Premier ministre indien Modi au sommet de l’OCS confirme la montée en puissance du triangle Russie–Chine–Inde, vingt-cinq ans après l’évocation initiale de Primakov. Pour l’Europe, il s’agit d’un avertissement stratégique : le pivot eurasien est désormais une réalité, et le dialogue avec le Kremlin sera tôt ou tard inévitable…
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

