
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La signature de la « Déclaration de principes » entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le mouvement rebelle M23/AFC, sous l’égide du Qatar, pourrait être présentée comme une avancée vers la paix. Mais derrière les phrases convenues et les sourires crispés des négociateurs, se cache un enchevêtrement d’intérêts régionaux et internationaux qui compliquent toute perspective de stabilisation durable.
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Une paix fragile sur un volcan
Le texte stipule des engagements mutuels sur la cessation des hostilités, la réintégration des combattants et la garantie de l’intégrité territoriale. Mais la RDC, vaste territoire aux frontières poreuses, reste le théâtre d’un conflit où se croisent armées régulières, milices locales et puissances étrangères. Les promesses inscrites dans le document risquent de rester lettres mortes si elles ne sont pas accompagnées de mécanismes de contrôle robustes et d’une volonté politique réelle de part et d’autre.
Les ambitions régionales en toile de fond
Le M23, accusé d’être soutenu par le Rwanda, n’agit pas dans un vide stratégique. Kigali, soucieux de sécuriser ses frontières et ses intérêts économiques, joue une partie d’échecs géopolitique dans l’est congolais. Pendant ce temps, l’Ouganda et le Burundi avancent également leurs pions, profitant du chaos pour peser sur les ressources minières de la région. Cette rivalité entre voisins transforme le Kivu en un champ de bataille pour des ambitions qui dépassent largement les griefs locaux.
L’ombre des puissances globales… et du Qatar
À ce jeu complexe s’ajoute l’intervention des grandes puissances. Les États-Unis et l’Union européenne, préoccupés par la sécurité des investissements et la stabilité d’une zone riche en cobalt et en coltan, tentent d’imposer une médiation. La Chine, partenaire économique majeur de la RDC, suit de près pour protéger ses concessions minières et ses projets d’infrastructure dans le cadre des Nouvelles Routes de la Soie. Quant au rôle du Qatar dans cet accord, pour Roland Lombardi, spécialiste du Moyen-Orient et directeur de la rédaction du Diplomate Média, « les raisons du succès du Qatar dans cette médiation sont très simples à expliquer. Notre spécialiste Afrique, Olivier d’Auzon avait déjà traité avec clairvoyance ce dossier dans une analyse en mars dernier. Trump et son administration étaient très impliqués dans un accord dans cette zone riche en cobalt, coltan et autres métaux rares (grande préoccupation de Trump pour contrer le monopole chinois dans ce domaine). Par ailleurs, le Qatar a toujours été le pays du Golfe le moins apprécié du président américain à cause de son soutien indéfectible aux Frères musulmans – que Trump voulait d’ailleurs à une époque inscrire sur la liste noire américaine des organisations terroristes – et aux islamistes en tout genre. Doha avait d’ailleurs durant les campagnes présidentielles de 2016, 2020 et même la dernière de 2024, à chaque fois, soutenu et financer les adversaires du businessman new-yorkais, à savoir, Clinton, Biden et Harris. Or depuis novembre dernier, les Qataris font tout leur possible pour revenir en odeur de sainteté et séduire le sulfureux locataire de la Maison-Blanche pour revenir dans ses petits papiers. Comme leur cadeau d’un Boeing de luxe à Trump, la signature de nombreux contrats commerciaux avec les États-Unis, et des offres de médiations dans toutes les crises sensibles pour Washington…. Et ici c’est exactement ce qu’il s’est produit. Le Qatar est le grand spécialiste de la diplomatie du porte-monnaie. Afin de résoudre une crise qui contrarie le président américain et pour ses beaux yeux, Doha n’hésitera jamais à mettre la main à la poche, payer très cher et promettre de riches investissements voire, si besoin, à garnir des comptes en banques personnels dans des paradis fiscaux… »
Des scénarios incertains
Trois scénarios semblent se dessiner : une désescalade fragile sous supervision internationale ; une reprise des affrontements si les accords sont bafoués ; ou un enlisement, où les groupes armés continuent à prospérer sous le couvert d’un statu quo.
Dans ce contexte, la « Déclaration de principes » ressemble plus à une pause tactique qu’à un véritable tournant. Pour la RDC, il s’agit de consolider une souveraineté souvent contestée. Pour le M23, de gagner une légitimité politique et d’assurer des garanties sécuritaires. Mais les populations civiles, elles, continuent de payer le prix fort, prises au piège d’un conflit où chaque acteur poursuit ses propres calculs.
La paix comme mirage ?
Au-delà des formules diplomatiques, la question centrale reste celle de la capacité des signataires à traduire leurs engagements en actes concrets. Sans une implication régionale sincère et une pression internationale équilibrée, la RDC pourrait replonger dans une spirale de violence. Et la « Déclaration de principes » risque alors de rejoindre la longue liste des accords signés et trahis qui jalonnent l’histoire tourmentée des Grands Lacs.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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