
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Pékin choisit le bilatéral pour affaiblir Bruxelles
Le récent déplacement du président français Emmanuel Macron en Chine, du 3 au 5 décembre 2025 derniers, a mis en lumière une crise profonde des relations entre l’Union européenne et Pékin. Le refus catégorique des autorités chinoises d’associer la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à cette visite n’est pas un simple incident protocolaire. Il constitue le signal politique d’un choix stratégique assumé : la Chine privilégie désormais des canaux bilatéraux avec certains États membres afin de contourner l’unité européenne et d’en réduire la capacité de négociation collective.
Selon des sources spécialisées, Pékin a délibérément rompu avec la pratique des visites conjointes UE–États membres, comme celle de 2023. Cette décision traduit une volonté de marginaliser Bruxelles, jugée trop critique et trop structurante, au profit de relations directes avec des capitales jugées plus malléables ou plus sensibles aux intérêts économiques chinois.
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Le malaise européen vu de Pékin
L’ambassadeur de l’Union européenne en Chine, Jorge Toledo, n’a cessé d’alerter sur la dégradation du climat politique et économique. Le manque de réciprocité commerciale, les obstacles persistants à l’accès au marché chinois et le soutien indirect de Pékin à la Russie dans le conflit ukrainien ont sapé la confiance. En 2025, année du cinquantième anniversaire des relations diplomatiques UE–Chine, les initiatives visant au dialogue et au « rééquilibrage » n’ont pas permis d’inverser la tendance. La confiance est au plus bas, et le langage diplomatique peine à masquer une confrontation de plus en plus frontale.
Le voyage de Macron et la question des déséquilibres
À Pékin et à Chengdu, Emmanuel Macron a principalement abordé la question des déséquilibres commerciaux. Le déficit de l’Union européenne vis-à-vis de la Chine a dépassé 310 milliards de dollars sur les dix premiers mois de 2025, porté par des exportations chinoises massives dans des secteurs stratégiques comme les véhicules électriques, l’acier et les énergies renouvelables. À son retour, le président français a évoqué la possibilité de mesures fortes, y compris des droits de douane, si Pékin ne corrige pas ce qu’il a qualifié de situation « insoutenable ».
La ligne défendue par Paris rejoint celle de Bruxelles sur les enquêtes relatives aux subventions chinoises, mais l’absence d’Ursula von der Leyen lors de la visite a affaibli la portée européenne du message. Pékin a insisté sur le caractère strictement bilatéral du déplacement, soulignant implicitement son rejet d’un dialogue structuré avec les institutions européennes.
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La stratégie chinoise du contournement
La Chine s’oriente clairement vers une diplomatie de division. En traitant séparément avec des pays comme la France ou l’Allemagne, Pékin cherche à atténuer l’impact des mesures commerciales européennes et américaines, à fragmenter les positions européennes sur la surcapacité industrielle chinoise et à neutraliser les critiques liées au soutien à Moscou.
Cette méthode n’est pas nouvelle. Elle rappelle les stratégies utilisées dans le passé face au Japon ou à d’autres partenaires, où la pression économique et la promesse d’accords ciblés servaient à affaiblir les fronts communs. En 2025, avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et des tensions transatlantiques renouvelées, Pékin perçoit une opportunité supplémentaire pour exploiter les divergences internes de l’Union européenne.
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Des relations à un point critique
Les relations UE–Chine se trouvent aujourd’hui à un niveau historiquement bas. Déficit record, dépendance européenne à certaines matières premières stratégiques, divergences majeures sur l’Ukraine et flux de biens à double usage vers la Russie alimentent une méfiance structurelle. L’Union européenne parle de « mesure des risques » plutôt que de découplage, mais les divisions internes entre une France plus offensive et une Allemagne plus pragmatique offrent à Pékin un terrain favorable.
La proposition française d’inviter Xi Jinping au sommet du G7 de 2026, sous présidence française, vise à rouvrir un cadre multilatéral sur des règles jugées plus équitables. Rien n’indique cependant que la Chine soit prête à renoncer à sa stratégie actuelle, qui consiste à négocier à la carte et à maintenir Bruxelles à distance.
Une confrontation économique asymétrique
Derrière la crise diplomatique se dessine une guerre économique asymétrique. L’Europe reste dépendante du marché chinois, tandis que Pékin utilise ses excédents d’exportation comme levier de croissance interne, au prix d’un déséquilibre mondial croissant. L’année 2025 sera décisive : soit l’Union européenne parvient à restaurer une position commune crédible, soit la stratégie chinoise de contournement s’imposera durablement, transformant Bruxelles en spectateur d’un jeu qui se joue désormais entre capitales.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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