
Par David Saforcada
Depuis des décennies, le régime algérien répète les mêmes mots comme des incantations : unité nationale, souveraineté, peuple, dignité. À force d’être martelés, ces termes ont perdu toute valeur politique réelle. Ils ne servent plus à décrire un projet commun, mais à faire taire ce qui dérange.Car l’unité, telle que la conçoit le pouvoir algérien, n’est pas une construction politique vivante. C’est un dogme défensif, brandi dès que la réalité menace le récit officiel.
Une nation simplifiée pour un pouvoir simplificateur
L’Algérie est un pays complexe, historiquement pluriel, socialement contrasté. Mais le régime n’aime pas la complexité. Elle échappe au contrôle. Alors il a fait un choix : simplifier la nation pour verrouiller l’État.
Une identité unique, une langue dominante, un récit historique linéaire. Tout ce qui déborde est suspect, tout ce qui nuance est perçu comme une fissure, tout ce qui interroge est assimilé à une attaque. Ce n’est pas une vision de la nation. C’est une méthode de gouvernement.
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L’amazighité : le réel que le pouvoir n’a jamais digéré
L’amazighité pose un problème au régime algérien pour une raison simple : elle rappelle que le pays n’a jamais été homogène. Elle contredit le roman national commode, celui d’une Algérie naturellement arabe, unifiée par essence, sans aspérités.
Pendant longtemps, la solution fut brutale : le silence puis la tolérance minimale, enfin la reconnaissance tardive, encadrée, vidée de portée politique mais jamais l’acceptation pleine et entière.
Reconnaître réellement l’amazighité, ce serait admettre que le problème n’est pas culturel, mais politique : celui d’un État qui a voulu fabriquer l’unité par l’effacement plutôt que par l’intégration.
Kabylie : quand la citoyenneté devient une faute
La Kabylie n’est pas un corps étranger à l’Algérie. Elle est devenue un problème par la manière dont le pouvoir la regarde. À chaque crise, le même logiciel : soupçon, disqualification, menace.
Revendiquer une langue ? Suspect.
Demander justice ? Instrumentalisé.
Parler d’égalité ? Séparatiste potentiel.
Ce mécanisme révèle un régime qui ne sait répondre aux revendications politiques que par la peur de l’éclatement, réelle ou fantasmée. Plutôt que de corriger ses propres blocages, il préfère désigner un danger existentiel.
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Une souveraineté de façade
Le pouvoir algérien se dit souverain. Mais de quelle souveraineté parle-t-on quand la société est surveillée, la mémoire verrouillée, l’histoire sacralisée et la parole autonome perçue comme une menace ?
La souveraineté invoquée ici n’est pas celle du peuple. C’est celle d’un appareil d’État qui se confond avec la nation et supporte mal toute dissociation.
Un État sûr de lui n’a pas peur des identités multiples, un régime inquiet, si.
L’histoire comme arme politique
Le récit historique officiel algérien n’est plus un socle commun. Il est devenu un outil de légitimation permanente. On n’y débat pas, on n’y nuance pas, on s’y aligne. Toute relecture est soupçonnée, toute interrogation devient une offense.
Un pouvoir qui sacralise son passé montre surtout qu’il ne sait plus penser son présent.
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La France comme alibi, jamais comme miroir
Depuis des années, le régime algérien invoque la France comme un alibi commode. Elle sert de diversion permanente, de responsable extérieur idéal, de paravent rhétorique face aux blocages internes. À chaque crise, à chaque contestation, à chaque impasse politique, le passé colonial est convoqué — non pour être compris, mais pour éviter toute remise en cause du pouvoir présent.
Or le temps a fait son œuvre. La France d’aujourd’hui n’administre plus l’Algérie, n’écrit plus ses lois, n’impose plus son récit. Les choix idéologiques, identitaires et politiques opérés depuis plus de soixante ans relèvent pleinement des dirigeants algériens eux-mêmes. Continuer à gouverner par la dénonciation d’un passé extérieur, c’est refuser d’assumer un présent intérieur.
Un État sûr de lui n’a pas besoin d’ennemi mémoriel permanent, un pouvoir fragile, si.
À force de brandir la France pour ne pas regarder ses propres contradictions — sur l’unité, la pluralité, la citoyenneté — le régime algérien a transformé l’anticolonialisme en idéologie de conservation, vidée de sa substance émancipatrice.
On ne construit pas l’avenir d’un pays en vivant éternellement contre un autre.
On ne fonde pas la cohésion nationale sur la fuite en avant mémorielle.
Et l’on ne peut indéfiniment exiger des comptes à l’extérieur tout en refusant toute lucidité à l’intérieur.
Le vrai enjeu algérien n’est plus historique, il est politique et il ne peut plus être éludé par l’ombre portée de la France.
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David Saforcada, est un ancien militaire des Troupes de Marine, formateur dans les métiers de la sécurité privée et membre de plusieurs associations souverainistes et patriotes. Il est actuellement Secrétaire général du Centre d’Études et de Recherches sur le Bonapartisme et Président du mouvement, L’Appel au Peuple.
