DÉCRYPTAGE – Tianjin : La revanche silencieuse du Sud

DÉCRYPTAGE – Tianjin : La revanche silencieuse du Sud

lediplomate.media — imprimé le 03/09/2025
Rencontre géopolitique entre les dirigeants de la Russie, de l’Inde et de la Chine, symbole des BRICS et de la coopération stratégique face à l’Occident. Une image forte illustrant l’émergence du Sud global et l’unité asiatique.
Capture d’écran RS

Par Olivier d’Auzon

À Tianjin, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) a fait ce que les BRICS n’ont jamais osé : parler d’une seule voix contre l’Occident. En mêlant géopolitique, économie et sécurité, la Chine impose son tempo et son vocabulaire.

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Quand Pékin réussit là où les BRICS hésitent

Jamais les BRICS+, dans leur format élargi, n’auraient pu s’accorder sur les huit points de la déclaration de Tianjin. Trop de contradictions internes, trop de prudence vis-à-vis de Washington. L’OCS, elle, l’a fait. Ses dix membres, épaulés par une dizaine de partenaires, ont adopté un texte sans ambiguïté : condamnation des frappes israéliennes et américaines contre l’Iran, appel à un cessez-le-feu à Gaza, soutien affiché à Kaboul, coopération militaire renforcée. Mais aussi, et surtout, deux décisions économiques majeures : la création d’une nouvelle banque de développement centrée sur l’Asie centrale et un appel à une dédollarisation accélérée.

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Pékin et la logique du « tianxia »

Ce sommet porte la marque d’une Chine confiante, qui avance ses pions au rythme d’un joueur de go. Pékin multiplie les forums, les agence, les imbrique. Dans sa tradition impériale, l’empire du Milieu se voyait comme le « tianxia » – tout ce qui est sous le Ciel – et son souverain comme le « Fils du Ciel » chargé de rassembler les nations alliées. Là où Moscou a lancé les BRICS et entend garder la main, l’OCS gravite, elle, autour de Pékin.

« C’est une organisation dont la cohérence territoriale et la centralité chinoise en font une pièce maîtresse du grand jeu asiatique », observe l’analyste Arnaud Dubien. Une pièce d’autant plus redoutable qu’elle joue sur l’homogénéité géographique : Asie centrale, Russie, Chine, Inde, Pakistan, Iran… Une masse continentale soudée par un même refus de se plier à l’hégémonie occidentale.

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Une coalition « anti-occidentale » ?

Faut-il voir dans l’OCS une alliance plus « anti-occidentale » encore que les BRICS ? La question embarrasse jusque dans les cénacles parisiens, où l’ancien officier Peer de Jong s’y est risqué. Mais la réalité est ailleurs : ce n’est pas tant l’OCS qui attaque l’Occident, que l’Occident – et surtout l’Europe – qui refuse obstinément d’écouter le Sud. Ce Sud qui pèse désormais la moitié de la planète et qui se dresse, massif, sur la carte projetée à Tianjin.

Les huit points de Tianjin
  1. Condamnation des frappes israéliennes et américaines contre l’Iran.
  2. Rejet du projet européen de rétablir des sanctions onusiennes contre Téhéran.
  3. Reconnaissance de la résolution de la question palestinienne comme seule voie vers la paix au Moyen-Orient.
  4. Appel à un cessez-le-feu immédiat à Gaza et à l’acheminement d’une aide humanitaire.
  5. Réaffirmation du soutien à un Afghanistan indépendant, neutre et pacifique.
  6. Engagement sur la prévention des risques liés à l’intelligence artificielle.
  7. Volonté d’élargir la coopération militaire.
  8. Création d’une banque de développement tournée vers l’Asie centrale.

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Morale de Tianjin

Au fond, Tianjin n’est pas un sommet de plus dans la valse des organisations régionales. C’est un moment de bascule : celui où la Chine prend acte de l’impuissance des BRICS à dépasser leurs contradictions et décide de pousser son propre instrument, l’OCS. En affirmant haut et fort son rejet de l’ordre occidental, en prônant la dédollarisation, en mêlant l’humanitaire, le militaire et l’économique, Pékin trace une voie nouvelle : celle d’un Sud global qui cesse de subir et commence à dicter ses conditions.

L’Occident, lui, reste figé dans ses certitudes, convaincu qu’il peut encore donner des leçons. Mais la géopolitique, comme le go, est un jeu de patience et d’encerclement. À Tianjin, Pékin a posé des pierres noires qui encerclent lentement, mais sûrement, un Occident qui ne voit pas venir la partie.

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