
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Donald Trump a tranché : l’Inde doit payer le prix de ses liens énergétiques renforcés avec la Russie. En imposant de nouveaux droits de douane sur les produits indiens, le président américain vise indirectement le Kremlin, en pénalisant l’un de ses principaux clients. Un geste qui s’inscrit dans une stratégie plus large où le commerce devient un instrument de pression géopolitique. La décision intervient après la rencontre controversée entre Steve Witkoff et Vladimir Poutine, perçue comme une provocation à Washington.
Les sanctions secondaires : Frapper les partenaires pour isoler l’ennemi
Les sanctions secondaires ne s’attaquent pas directement à la cible principale, mais à ses partenaires économiques. Dans ce cas, la Russie est visée, mais c’est l’Inde qui subit la pression. Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, New Delhi a multiplié ses achats de pétrole russe, passant de moins de 1 % à près de 45 % de ses importations totales en 2023. En 2025, la part reste supérieure à 30 %, attirée par les rabais imposés à Moscou pour compenser son isolement financier.
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Affaiblir le Kremlin en asséchant ses revenus énergétiques
Trump a été clair : « Poutine arrêtera de tuer des gens si on fait baisser le prix du baril de 10 dollars de plus. Il n’aura pas le choix, son économie est en lambeaux. » En effet, les hydrocarbures représentent environ un tiers du budget fédéral russe. Ces revenus sont essentiels pour financer l’effort de guerre, maintenir la stabilité sociale et payer les soldats. En ciblant les acheteurs étrangers, Washington espère couper l’oxygène économique de Moscou et affaiblir sa capacité militaire ou du moins forcer Poutine à négocier sur le dossier ukrainien, comme le rappelait fort justement dans son dernier édito, Roland Lombardi, le géopolitologue et le directeur de la rédaction du Diplomate.
L’Inde, mais pas seulement
Outre l’Inde, d’autres pays comme la Chine ou la Turquie sont également dans le viseur. Mais frapper New Delhi est un message fort : même les partenaires stratégiques ne sont pas à l’abri s’ils choisissent de faire affaire avec un adversaire de Washington. L’Inde revendique depuis longtemps une « autonomie stratégique » ; cette sanction la met devant un choix délicat entre ses intérêts énergétiques et sa relation avec les États-Unis.
En effet, Roland Lombardi ajoute : « encore une fois, il ne faut surtout pas sous-estimer Trump. C’est un billard à trois bandes. La décision du président américain quant à sanctionner l’Inde (qui nuirait grandement la vente des hydrocarbures russes à New Dehli) a sûrement joué lors de la rencontre entre Witkoff et Poutine à Moscou (comme les nouvelles sanctions annoncées contre le Kremlin d’ailleurs). C’est peut-être un élément qui a accéléré la future rencontre entre Trump et le président russe décidée pour les jours prochain. Mais c’est toutefois un jeu risqué et dangereux car Trump avait trouvé en Modi un allié de poids dans sa rivalité contre Pékin et un coin important enfoncé dans l’organisation des BRICS. Or pour l’instant, les Indiens sont très déçus et vexés, et à juste titre. Selon l’issue du tête-à-tête Trump-Poutine et si une solution est enfin trouvée pour mettre un terme à la guerre en Ukraine, il est fort possible qu’en parallèle Trump revienne sur la hausse des taxes ciblant l’Inde. Si c’est ce scénario qui se confirme, ce sera une nouvelle fois une belle victoire pour Trump, or s’il échoue ce sera un désastre pour sa « guerre » contre la Chine car il aura alors grandement renforcé les BRICS et l’axe Moscou-New Dehli-Pékin. L’avenir nous le dira ».
La « flotte fantôme » et les limites du régime de sanctions
La Maison Blanche envisage aussi de renforcer les restrictions contre la « flotte fantôme », ces pétroliers anonymes utilisés par la Russie pour contourner les sanctions occidentales. Théoriquement, ces navires ne devraient pas avoir accès aux services d’assurance et d’assistance logistique occidentaux, surtout s’ils transportent du brut vendu au-delà du plafond de 60 dollars le baril fixé par le G7. Mais en pratique, le contrôle de ces flux reste difficile, tant la chaîne logistique pétrolière est opaque et mondialisée.
Une stratégie à double tranchant
Cette politique risque cependant de se retourner contre les États-Unis. L’Inde pourrait resserrer ses liens économiques avec la Russie, la Chine et d’autres économies émergentes, tout en accélérant la dédollarisation de ses échanges. À long terme, ces sanctions pourraient fragiliser l’influence américaine en Asie et dans les forums multilatéraux. Le pari de Trump est risqué : faire plier Moscou sans perdre New Delhi.
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La géoéconomie à l’ère de la contrainte
Trump utilise le commerce comme levier de puissance : non plus pour réguler, mais pour contraindre. Les sanctions secondaires illustrent une tendance de fond : la militarisation croissante des instruments économiques. Mais leur efficacité reste incertaine, surtout dans un contexte mondial fragmenté. En misant sur la coercition plutôt que sur la diplomatie, les États-Unis prennent le risque d’accélérer les dynamiques de fragmentation, là où ils espèrent instaurer un ordre basé sur leurs règles.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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