
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Le 18 juillet 2025, l’Union européenne a franchi une étape supplémentaire dans son affrontement économique avec Moscou en adoptant le 18e paquet de sanctions. Ce nouveau train de mesures frappe au cœur l’économie russe et vise à fermer toutes les failles permettant de contourner les restrictions précédentes. Mais ces décisions ont également ravivé les tensions avec Pékin, qui dénonce une ingérence inacceptable après l’inclusion de banques chinoises dans les sanctions européennes.
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Un étranglement énergétique et financier
Dans le secteur énergétique, Bruxelles a décidé de réduire le plafond du prix du pétrole russe à 47,6 dollars le baril, tout en introduisant un mécanisme dynamique pour ajuster ce seuil en fonction des fluctuations du marché mondial. L’objectif est clair : réduire drastiquement les revenus de Moscou sans provoquer un choc d’offre sur les marchés internationaux.
La lutte contre la shadow fleet – la flotte fantôme de pétroliers que la Russie utilise pour contourner les sanctions – a été renforcée. De plus, les activités liées aux gazoducs Nord Stream 1 et 2, déjà hors service, ont été définitivement interdites, coupant tout espoir de relance de ces infrastructures qui symbolisaient jadis l’interdépendance énergétique entre Moscou et l’Europe.
Sur le plan financier, l’UE a élargi l’interdiction des transactions à 22 nouvelles banques russes, portant leur nombre total à 45. Tout lien avec le Fonds russe pour les investissements directs est désormais proscrit. Les interdictions touchent aussi les logiciels bancaires et les technologies sensibles, y compris les biens à double usage, susceptibles de renforcer les capacités militaires russes. En outre, 26 nouvelles entités – dont des entreprises chinoises et turques – figurent désormais sur la liste des exportations prohibées.
Pékin hausse le ton
Ces mesures ont provoqué une réaction immédiate de Pékin. À la veille d’un sommet stratégique avec l’UE, le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, a exprimé une protestation “solennelle” auprès de son homologue européen Maroš Šefčovič. Pékin accuse Bruxelles de franchir une ligne rouge en sanctionnant ses banques, qu’elle considère comme des instruments de coopération souveraine avec Moscou. La Chine voit dans ces actions une tentative d’imposer des normes occidentales à ses relations économiques bilatérales et met en garde contre des “conséquences graves” pour les relations commerciales sino-européennes.
Un front élargi : La Biélorussie et les arbitrages
L’Europe a aussi étendu ses mesures punitives à la Biélorussie, alignant les restrictions imposées à Minsk sur celles en vigueur contre Moscou. Le nouveau paquet inclut des dispositions visant à protéger les États membres européens contre les contentieux engagés par des entités russes dans des tribunaux arbitraux internationaux. Enfin, 55 nouveaux individus et organisations ont été ajoutés à la liste noire européenne, qui compte désormais plus de 2 500 entrées.
Une guerre économique globale
La séquence actuelle révèle une intensification de la guerre économique mondiale. Bruxelles cherche à affaiblir la machine de guerre russe, mais en s’attaquant indirectement à Pékin, elle prend le risque d’un affrontement plus large avec la deuxième économie mondiale. Pour la Chine, la défense de ses institutions financières devient un acte de souveraineté face à une Europe perçue comme alignée sur Washington.
Cette dynamique soulève des questions stratégiques : l’UE peut-elle continuer à imposer des sanctions à un rythme aussi soutenu sans se heurter à une coalition russo-chinoise encore plus soudée ? Et quel sera le prix pour l’économie européenne déjà fragilisée par l’inflation énergétique et les tensions commerciales ?
Entre pétrole, banques et diplomatie, l’Europe avance sur une ligne de crête où chaque décision peut provoquer une onde de choc mondiale.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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