DÉCRYPTAGE – Ukraine : La corruption parlementaire au cœur de la guerre d’usure

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Alors que la guerre contre Russie entre dans sa quatrième année, Ukraine fait face à une menace intérieure qui mine la cohésion nationale : la corruption politique. Selon Bureau national anticorruption d’Ukraine (NABU), trente-quatre députés de la législature actuelle font l’objet d’enquêtes pour détournement de fonds publics, enrichissement illégal ou blanchiment d’argent. Ce scandale d’ampleur, en pleine guerre, touche directement les piliers du pouvoir législatif.
Un Parlement fragilisé par des affaires explosives
Le cas le plus médiatisé est celui d’Evhen Shevchenko, ancien membre du parti présidentiel, accusé d’avoir blanchi près de 220 000 euros via des contrats juridiques fictifs. Ces fonds auraient servi à l’achat d’un BMW X5 et d’une Mercedes G63 AMG. Exclu dès 2021 pour ses liens avec Alexandre Loukachenko, Shevchenko est déjà en détention pour trahison présumée.
Autre figure mise en cause : Dmytro Isayenko, ex-membre du parti prorusse dissous, accusé d’avoir privatisé illégalement huit hectares de terres publiques d’une valeur de 13 millions d’euros. Grâce à une vente à prix réduit, il aurait planifié la construction d’un complexe résidentiel. Libéré sous caution, il nie les faits.
Plusieurs élus du parti présidentiel sont également visés. Yulia Didenko est soupçonnée d’avoir dissimulé près de 195 000 euros de patrimoine, tandis qu’Andriy Klochko aurait accumulé des biens d’une valeur totale de 25 millions de hryvnias — trois terrains, cinq appartements à Kiev et plusieurs véhicules haut de gamme — malgré des revenus officiels bien inférieurs.
La défense nationale aussi touchée
La corruption s’étend au secteur stratégique de la défense. Oleksiy Kuznetsov, député de la majorité, aurait participé à une fraude sur des contrats liés aux drones et aux systèmes de guerre électronique. Les prix auraient été artificiellement gonflés de 30 %, les marges redistribuées sous forme de commissions occultes.
Le premier procès lié à des pots-de-vin en cryptomonnaie a également eu lieu : le député Andriy Odarchenko a été condamné à huit ans de prison pour un paiement illégal en actifs numériques.
Mais c’est l’affaire Yaroslav Dubnevych qui concentre le plus de regards. Accusé d’avoir détourné plus de 50 millions d’euros dans des affaires liées au gaz et aux chemins de fer publics, il est aujourd’hui recherché à l’étranger, tout en continuant à intervenir à distance lors des audiences.
Un climat politique empoisonné
Au total, les montants en jeu avoisinent 90 millions d’euros, allant de petites affaires à des réseaux de corruption massifs. Ces révélations interviennent alors que Volodymyr Zelensky avait tenté, quelques mois plus tôt, de réduire les prérogatives du NABU et du parquet spécialisé. Cette initiative avait provoqué une mobilisation massive de la société civile et une forte pression des partenaires occidentaux, forçant finalement le retrait du projet de loi.
Un enjeu stratégique et géopolitique majeur
La lutte contre la corruption est devenue une condition essentielle du soutien international à l’Ukraine. Les partenaires occidentaux, qui financent une grande partie de l’effort de guerre et de la reconstruction, exigent des garanties institutionnelles solides. Le maintien de la crédibilité du pays aux yeux de ses alliés dépend autant de ses succès militaires que de sa capacité à assainir son système politique.
En pleine guerre d’usure, alors que le front militaire reste incertain, l’Ukraine doit aussi livrer une bataille intérieure : restaurer la confiance de sa population et de ses alliés dans la capacité de l’État à gouverner sans être parasité par des intérêts privés.
La corruption parlementaire, qui gangrène l’appareil politique, pourrait devenir une faille stratégique aussi dangereuse qu’un revers militaire.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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