DÉCRYPTAGE – L’Ukraine face à son miroir : L’affaire Yermak et la vérité que personne ne voulait voir…

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Vers 16h30 aujourd’hui, heure de Paris, Volodymyr Zelensky a annoncé qu’Andriy Yermak, son chef de cabinet avait démissionné. Les perquisitions menées par le Bureau national anticorruption ukrainien contre Andriy Yermak, bras droit du président Zelensky et figure la plus influente du pouvoir à Kiev, ont eu l’effet d’un séisme politique. Non parce qu’elles révèlent quelque chose d’inattendu, mais précisément parce qu’elles confirment ce que beaucoup savaient déjà sans jamais l’avouer ouvertement : le cœur du pouvoir ukrainien est traversé par des réseaux opaques, des fidélités personnelles et des intérêts économiques qui n’ont jamais vraiment disparu, même durant la guerre…
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Qu’un scandale éclate en pleine négociation avec Washington sur un plan de paix, alors que Trump pousse pour un accord rapide, n’est ni un hasard ni une coïncidence. C’est un signal politique, presque un avertissement.
Pour Zelensky, qui a construit sa légitimité intérieure et internationale sur la promesse de combattre la corruption, voir son bras droit soumis à une perquisition est un coup dur. Yermak n’est pas un collaborateur parmi d’autres : il est le pivot de toutes les décisions sensibles, l’intermédiaire obligé, l’homme que tous décrivent comme le véritable architecte de la stratégie présidentielle. Le voir ciblé par le NABU, c’est toucher le nerf central du système. Les États-Unis le savent, les Européens aussi. C’est pourquoi cette affaire éclate exactement au moment où se discute l’avenir de la guerre.
Selon les enquêteurs, un “système criminel” aurait détourné cent millions de dollars dans le secteur énergétique. Un chiffre considérable dans un pays épuisé, dépendant de l’aide étrangère, et où chaque budget sert à alimenter l’effort de guerre. Pour les opinions publiques occidentales, déjà fatiguées par un conflit interminable et sceptiques face au discours héroïque sur l’Ukraine résistante, cette affaire tombe mal. Elle vient nourrir l’idée que le gouvernement de Kiev n’a pas su, ou pas voulu, assainir les pratiques anciennes. Et cela donne aux détracteurs de l’aide à l’Ukraine, notamment au sein du Congrès américain, un argument puissant : pourquoi continuer à financer un appareil d’État dont les rouages sont encore gangrenés?
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Sur le plan politique interne, l’affaire Yermak révèle autre chose : les luttes de pouvoir au sein du cercle présidentiel. Les critiques contre le chef de cabinet s’accumulent depuis longtemps. On lui reproche un pouvoir excessif, une capacité à contrôler dossiers, nominations et contacts internationaux. Désormais, certains pourraient voir dans cette enquête l’occasion de redessiner l’équilibre du pouvoir, voire de limiter l’influence d’Yermak sur un Zelensky de plus en plus isolé. Les élites ukrainiennes, divisées entre ceux qui veulent négocier et ceux qui rêvent encore de reconquérir les territoires perdus, pourraient utiliser cette affaire comme prétexte pour infléchir la ligne présidentielle.
Le contexte géopolitique donne à tout cela un relief particulier. Alors que les États-Unis, sous la présidence Trump, ont décidé de reprendre les discussions avec Moscou, l’Europe continue de s’enfermer dans une posture maximaliste. Mais pour que la stratégie américaine avance, il faut que Kiev montre une capacité minimale de fiabilité institutionnelle. Que se passe-t-il si le négociateur clé, l’homme chargé de représenter l’Ukraine à la table des discussions, devient soudain le protagoniste involontaire d’un scandale à cent millions de dollars ? Cela affaiblit la position ukrainienne, mais cela renforce mécaniquement la main américaine dans la négociation. Washington peut désormais dire : “Nous voulons la paix, mais Kiev doit remettre de l’ordre chez elle.”
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Pour Zelensky, l’onde de choc est double. À l’intérieur, il doit prouver qu’il ne protège plus personne, même les plus proches. À l’extérieur, il doit montrer que l’Ukraine reste un interlocuteur sérieux malgré la tempête politique. Mais la séquence est brutale : deux ministres destitués, un scandale énergétique gigantesque, et maintenant la perquisition visant l’homme le plus influent du pays après le président. La guerre n’a pas suspendu la corruption : elle l’a rendue plus rentable.
Au-delà du cas Yermak, une question s’impose : comment un pays engagé dans une guerre d’existence, dépendant de milliards d’aide occidentale, peut-il encore être secoué par des détournements aussi massifs ? La réponse ne se trouve pas seulement dans la faiblesse des institutions ukrainiennes. Elle réside dans l’ambiguïté fondamentale du système politique : une démocratie en construction, traversée par des influences oligarchiques et des réseaux informels qui survivent à toutes les crises.
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Les adversaires de Kiev y voient une confirmation de leurs thèses. Les soutiens d’une paix négociée y voient une opportunité. Les Européens, eux, se retrouvent à financer une machine politique qu’ils comprennent de moins en moins. Et la Russie observe la scène avec un degré de satisfaction difficile à dissimuler : plus le pouvoir ukrainien semble instable, plus le Kremlin se sent renforcé dans sa stratégie.
Il reste une inconnue : le rôle de Zelensky. Peut-il encore incarner le symbole d’un pays intègre, ou devient-il l’homme qui paiera le prix des contradictions de son propre système ? Son avenir politique dépendra en grande partie de la manière dont il gérera cette crise, et surtout de la manière dont Washington décidera de lire l’affaire Yermak : comme un simple épisode de lutte anticorruption, ou comme le signe qu’il est temps de remodeler la direction politique ukrainienne pour parvenir à un accord avec Moscou.
Car c’est bien là l’enjeu. La bataille anticorruption se déroule moins dans les couloirs du NABU que sur la scène internationale. Et le destin politique d’Andriy Yermak, comme celui de Zelensky, s’inscrit désormais dans la logique implacable de la négociation de paix. Une logique dans laquelle chaque faiblesse interne devient un argument pour ceux qui, au loin, décident des contours du futur de l’Ukraine.
Enfin, pour Roland Lombardi, géopolitologue et directeur de la rédaction du Diplomate média : « Avec ce nouvel épisode, qui voit éclaboussé le directeur de cabinet du président ukrainien, les masques de cette tragédie ukrainienne commencent enfin à tomber. Nous étions pourtant quelques-uns – sous les diffamations infâmes et les insultes hystériques de certains militants pro-Kiev – à rappeler depuis le début du conflit, chiffres et rapports à l’appui, le caractère endémique de la corruption en Ukraine, une réalité pourtant bien documentée avant la guerre. L’affaire des Pandora Papers, en 2021, révélant les montages offshores de Zelensky et de plusieurs de ses proches, n’était pas sortie de nulle part… Aujourd’hui, l’étau politique et médiatique se resserre autour de président ukrainien : rien ne dit qu’il tombera, mais dans les coulisses, à Washington comme ailleurs, certains n’excluent plus qu’il soit sérieusement fragilisé voire touché directement, surtout s’il s’avise de contrarier le futur plan de paix américain.
Dans cette succession d’affaires qui éclatent enfin au grand jour aujourd’hui, on peut légitimement voir la main de l’administration Trump, désireuse d’accélérer la fin d’un conflit devenu coûteux et contre-productif surtout pour les intérêts géostratégiques des États-Unis comme pour l’UE, même si elle s’interdit encore à l’admettre… Et pendant que Kiev subit revers sur revers sur le front et se décompose sous les scandales, les dirigeants européens s’agitent comme des cabris : on comprend leur panique, leur hystérie à vouloir poursuivre la guerre et faire capoter le plan de Trump, car une paix précipitée démonterait d’un seul coup toutes les fadaises et les fables grossières et niaises qu’ils ont servies ad nauseam au public en érigeant un “Churchill d’opérette” en champion du Bien. Sans parler du risque que la vague d’enquêtes anticorruption, si elle s’étend un jour aux circuits financiers de l’aide occidentale, éclabousse certains responsables européens (comme dernièrement l’ancien Premier ministre britannique Boris Johnson) trop enthousiastes dans la distribution de contrats et peut-être même sur de potentielles belles et juteuses rétrocommissions dans certains de ceux-ci… Bref, quand ça commence à sentir le roussi, c’est rarement le décor qui brûle… »
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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