
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La nouvelle phase diplomatique initiée par Washington révèle un paysage stratégique où l’Ukraine, affaiblie militairement et secouée par des scandales internes, se retrouve coincée entre l’urgence d’un accord et la résistance croissante de ses alliés européens pour poursuivre la guerre…
La rencontre du président ukrainien avec le secrétaire de l’armée américaine, Daniel Driscoll, a marqué un tournant significatif : Zelensky a affirmé être prêt à travailler « honnêtement » sur le plan élaboré par les États-Unis pour mettre fin au conflit, un plan dont les contours provoquent déjà de fortes tensions au sein du camp occidental.
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Ce document, qui circule depuis plusieurs semaines dans les cercles diplomatiques, prévoit un gel de l’expansion de l’OTAN, un accord de non-agression entre Moscou et l’Europe, ainsi que la réintégration graduelle de la Russie dans l’économie mondiale. Pour Kiev, les concessions exigées frisent la capitulation : abandon total du Donbass, reconnaissance de fait des annexions russes, réduction drastique des effectifs militaires et limitations structurelles de son appareil de défense. Des conditions que les Européens jugent incompatibles avec l’idée même d’une paix juste et durable, mais que Washington présente comme la seule porte de sortie après des années d’un conflit qui a épuisé les ressources de toutes les parties.
L’implication américaine montre à quel point la guerre a changé de nature. L’administration Trump, déterminée à réorienter la politique étrangère américaine, veut conclure rapidement un accord susceptible de stabiliser l’Eurasie tout en ouvrant des espaces de coopération économique avec Moscou, notamment dans l’Arctique, les ressources naturelles et l’intelligence artificielle. Cette logique privilégie la realpolitik et laisse l’Europe face à ses propres contradictions. Les ministres des Affaires étrangères de l’Union ont souligné qu’ils n’accepteraient pas d’imposer à Kiev des concessions jugées « punitives », mais peinent à proposer une alternative crédible alors que leur soutien militaire s’essouffle et que leurs opinions publiques se lassent d’un conflit sans issue apparente.
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Pendant que les débats diplomatiques s’enveniment, Moscou poursuit sa stratégie d’avancée lente mais méthodique. Le chef d’état-major Valeri Guerassimov a annoncé à Vladimir Poutine la prise de Koupiansk, un nœud ferroviaire crucial dans le nord-est de l’Ukraine. Kiev dément, mais les frappes russes continuent d’éroder les capacités logistiques et énergétiques ukrainiennes à l’approche de l’hiver. La Russie occupe près d’un cinquième du territoire ukrainien, consolide ses positions et parie sur l’épuisement politique, économique et humain de son adversaire. L’objectif du Kremlin reste inchangé : obtenir une reconnaissance internationale de ses acquis territoriaux et contraindre Kiev à accepter un dialogue selon les termes russes.
La fragilité interne du gouvernement ukrainien complique davantage la situation. Deux ministres ont été limogés en raison de scandales de corruption, renforçant l’image d’un État sous tension, dépendant d’une aide extérieure en diminution et en proie à des luttes internes. Cette instabilité donne du poids à ceux, aux États-Unis comme en Europe, qui plaident pour une transition négociée plutôt que pour une prolongation indéfinie de l’effort de guerre. Washington affirme avoir consulté l’entourage proche de Zelensky, notamment Rustem Oumerov, qui aurait accepté la majorité des points proposés avant de les soumettre au président. Mais l’Ukraine dément avoir reçu le plan avant le 20 novembre, signe des tensions et des pressions divergentes auxquelles elle est confrontée.
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La Russie, de son côté, minimise toute discussion directe et renvoie aux principes exprimés par Poutine : toute solution devra s’attaquer aux « causes profondes du conflit », expression par laquelle Moscou désigne la neutralité de l’Ukraine, la reconnaissance des annexions et la réduction durable de l’influence occidentale sur la zone frontalière russo-ukrainienne. Le Kremlin estime que le temps joue pour lui : les sanctions s’essoufflent, les divisions occidentales s’accentuent et les capacités de Kiev diminuent.
À mesure que l’hiver approche, la guerre semble entrer dans une période où la diplomatie américaine cherche à imposer une sortie stratégique tandis que l’Europe peine à préserver la cohérence de sa position. L’Ukraine, fragilisée autant par les combats que par sa dépendance aux aides étrangères, se retrouve au centre d’un bras de fer où ses aspirations souveraines risquent de se heurter à la realpolitik des grandes puissances. Le plan américain marque peut-être le début d’une nouvelle phase : celle où la question n’est plus de savoir comment vaincre la Russie, mais comment limiter les pertes et éviter l’effondrement d’un pays qui, depuis quatre ans, résiste au prix d’un coût humain et économique devenu insoutenable.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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