DÉCRYPTAGE – Quand le « bastion de la démocratie », l’Ukraine de Zelensky, compromet son adhésion à l’UE…

Capture d’écran des premières manifestations d'ampleur depuis 2022 qui ont été organisées ces derniers jours en Ukraine contre Zelensky
Capture d’écran des premières manifestations d’ampleur depuis 2022 qui ont été organisées ces derniers jours en Ukraine contre Zelensky

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Au moment crucial de la guerre contre la Russie, alors que Kiev continue à revendiquer avec force son adhésion à l’Union européenne, Volodymyr Zelensky a signé une loi qui pourrait bouleverser profondément l’équilibre démocratique interne. Le texte, approuvé à une large majorité par un Parlement dont les partis d’opposition ont été exclus, subordonne le NABU (Bureau national anticorruption) et le SAPO (Parquet anti-corruption spécialisé) au procureur général, une figure étroitement liée à l’exécutif. Ce jeudi, face à la contestation croissante, le chef de l’État a fini par annoncer que le projet serait repensé…

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Cette nouvelle réglementation supprime en fait l’indépendance des deux institutions principales engagées dans la lutte contre la corruption — un point que l’Europe considérait comme fondamental dans le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. La date de promulgation n’est sans doute pas un hasard : la réforme survient quelques jours seulement après l’arrestation spectaculaire d’un cadre du NABU accusé d’espionnage pour le compte de Moscou. De nombreux observateurs ont perçu cette affaire comme un prétexte pour légitimer un renforcement du contrôle sur ces institutions.

L’annonce a provoqué des manifestations monstres dans plusieurs villes ukrainiennes — les premières mobilisations d’envergure depuis le début de l’invasion russe. Des milliers de citoyens, principalement des jeunes, ont envahi les rues pour dénoncer ce qu’ils perçoivent comme une dérive autoritaire. Des figures de la société civile, des vétérans de guerre et le maire de Kiev, Vitali Klitschko, ont appelé le président à opposer son veto. Appels restés sans réponse.

Zelensky a tenté de rassurer l’opinion publique en déclarant que les infrastructures anticorruptions continueront de fonctionner » mais « sans influences russes ». Des propos jugés vagues par les ONG et les partenaires occidentaux, qui y voient une tentative de concentrer davantage de pouvoir aux mains du président. Ce jeudi, face à la contestation croissante, le chef de l’État a fini par annoncer que le projet serait repensé…

Quoi qu’il en soit, les réactions internationales ont été rapides et critiques : Transparency International, la Commission européenne et les diplomates du G7 condamnent la loi comme un pas en arrière dans la lutte contre la corruption. À Bruxelles, grandit la crainte que cette décision n’entrave, voire bloque, le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. L’aide financière occidentale à Kiev est en effet conditionnée à des critères de transparence et de bonne gouvernance.

Le choix de Zelensky pourrait se révéler comme un boomerang politique. D’un côté, le président vise à renforcer son emprise sur le pays en temps de guerre, mais de l’autre, cette manœuvre alimente les accusations d’autoritarisme, précisément au moment où l’Ukraine se présente comme un bastion de la démocratie face à l’agression russe.

En termes d’autoritarisme et de démocratie, il convient également de souligner — et c’est l’un des obstacles posés par le Kremlin au dialogue — que le mandat de Volodymyr Zelensky a expiré depuis plusieurs mois, tout comme celui du Parlement, excluant depuis 2022 onze partis d’opposition. Pour beaucoup, la loi adoptée par Zelensky représente un retour aux pratiques du régime de Viktor Ianoukovytch, renversé durant la Révolution de Maidan en 2014.

L’affaiblissement des institutions anticorruption marque un tournant pour l’Ukraine. Alors que le pays lutte pour préserver sa souveraineté territoriale, il risque de perdre en crédibilité sur le plan démocratique. Le défi pour Zelensky est désormais de maintenir la confiance d’une population épuisée et de ses partenaires occidentaux, en évitant que la guerre pour la liberté ne devienne un prétexte pour museler les contre-pouvoirs internes.

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