
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Sécession, guerre par procuration et recomposition stratégique de la péninsule
L’adoption d’une Constitution proclamant la naissance d’une Arabie du Sud indépendante marque un tournant que l’on aurait tort de considérer comme purement symbolique. Les forces séparatistes du sud yéménite, soutenues politiquement et militairement par les Émirats arabes unis, ne se contentent plus de contrôler des territoires ou d’administrer des zones côtières stratégiques. Elles posent désormais les fondations juridiques d’un État, renouant explicitement avec l’héritage de l’ancienne République démocratique populaire du Yémen.
La veille de cette adoption constitutionnelle, les séparatistes ont franchi un seuil supplémentaire en déclarant la guerre aux forces soutenues par l’Arabie saoudite. Le conflit yéménite, déjà fragmenté et opaque, entre ainsi dans une phase nouvelle : celle d’un affrontement direct entre parrains régionaux aux intérêts divergents, sous couvert d’acteurs locaux.
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Une sécession juridiquement revendiquée
Le texte constitutionnel est sans ambiguïté. L’Arabie du Sud est définie comme un État souverain, avec Aden pour capitale, et des frontières correspondant à celles du Sud-Yémen d’avant l’unification de 1990. L’islam y est religion d’État, la charia source principale de la législation, et une période de transition de deux ans est prévue pour bâtir les institutions. Ce n’est pas un manifeste révolutionnaire, mais un document étatique classique, pensé pour rassurer à la fois les populations locales et les soutiens extérieurs.
Cette normalité apparente est précisément ce qui fait sa force politique. Elle transforme une cause séparatiste en projet de gouvernement.
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Le terrain avant le droit
Début décembre, les forces sudistes ont pris le contrôle des provinces du Hadramout et d’Al-Mahra, dans l’est du pays. Ces territoires ne sont pas marginaux. Le Hadramout est vaste, riche en ressources et stratégique pour les routes énergétiques. Al-Mahra, frontalière d’Oman, est un espace-clé pour les trafics, les équilibres tribaux et les accès maritimes. En consolidant leur emprise à l’est, les séparatistes donnent une profondeur territoriale à leur projet politique.
Dans la logique des conflits contemporains, le droit vient toujours après le contrôle du terrain. La Constitution sud-yéménite ne crée pas un État ; elle cherche à légitimer un rapport de force déjà en place.
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Guerre par procuration au grand jour
La rupture avec les forces pro-saoudiennes met fin à une ambiguïté longtemps entretenue. Riyad et Abou Dhabi, alliés formels dans la coalition contre les Houthis, poursuivent en réalité des objectifs incompatibles. L’Arabie saoudite reste attachée à l’unité yéménite, perçue comme un rempart minimal contre le chaos à sa frontière sud. Les Émirats, eux, privilégient le contrôle des ports, des routes maritimes et des points d’appui côtiers, quitte à soutenir une partition de fait.
Le Yémen devient ainsi un théâtre classique de rivalités intra-golfe, où l’État local se dissout au profit de logiques géopolitiques concurrentes.
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Une fragmentation durable
La proclamation de l’Arabie du Sud n’annonce pas nécessairement une reconnaissance internationale rapide. Mais elle rend de plus en plus improbable toute reconstruction d’un Yémen unifié. Entre les Houthis au nord, les forces pro-saoudiennes affaiblies, et un Sud désormais doté d’une architecture étatique revendiquée, le pays se dirige vers une partition de fait, sinon de droit.
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Le retour du Sud-Yémen n’est pas une nostalgie idéologique. C’est le produit d’une guerre longue, d’intérêts régionaux divergents et d’un État central définitivement disloqué. En adoptant une Constitution et en assumant l’affrontement armé, les séparatistes sudistes transforment une revendication identitaire en projet stratégique. Le Yémen, une fois encore, n’est pas en train de sortir de la guerre. Il est en train de changer de forme.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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