
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
De la « Zeitenwende » annoncée par Olaf Scholz en février 2022 aux déclarations du chancelier Friedrich Merz, élu en mai 2025, l’Allemagne a franchi un cap historique. Berlin entend se transformer de « puissance civile » à acteur militaire majeur en Europe. Le changement est profond : il reflète à la fois la fin d’un modèle économique et la volonté de retrouver un rôle stratégique au sein de l’Occident.
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La puissance économique veut devenir puissance militaire, mais la société reste réticente
Pendant trois décennies, la prospérité allemande s’est bâtie sur trois piliers : la protection sécuritaire américaine, l’accès privilégié aux ressources énergétiques russes, et l’explosion du commerce avec la Chine. L’invasion de l’Ukraine a fait voler en éclats cet équilibre. Les États-Unis exigent désormais une plus grande implication militaire des Européens, Moscou s’est tournée vers l’Asie et Pékin est passé du statut de client privilégié à celui de redoutable concurrent. L’Allemagne n’a plus d’autre choix que d’assumer directement son rôle stratégique.
Le gouvernement Scholz avait ouvert la voie en créant un fonds spécial de 100 milliards d’euros pour moderniser la Bundeswehr. Mais c’est le cabinet Merz qui veut franchir le pas décisif. En 2025, le Bundestag a adopté un plan d’investissements massifs : 500 milliards pour les infrastructures critiques, l’assouplissement du « frein à l’endettement » et, surtout, l’engagement à porter les dépenses de défense et de sécurité à 5 % du PIB, dont 3,5 % pour l’armée.
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Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a fixé l’objectif d’atteindre 260 000 militaires actifs d’ici 2030 contre 180 000 aujourd’hui. Mais cette ambition se heurte à une société peu disposée à s’engager. Selon un sondage, seuls 16 % des Allemands se déclareraient prêts à prendre les armes en cas d’attaque. Une majorité nette – près de 60 % – affirme qu’elle ne se battrait pas. Voilà le paradoxe allemand : un pays aux moyens financiers colossaux, capable de réorienter son industrie vers la production militaire, mais une population profondément pacifiste, fragmentée sur le plan culturel et politique, qui freine toute militarisation.
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L’équation est donc incertaine. L’Allemagne peut-elle devenir la première puissance conventionnelle d’Europe si ses citoyens refusent l’idée même de se battre ? Les autorités comptent sur l’argent, la technologie et l’industrie pour combler le fossé entre ambition stratégique et réalité sociale. Mais sans une adhésion populaire minimale, ce projet risque de rester une façade.
Dans un continent marqué par la guerre en Ukraine et le retour de la compétition entre grandes puissances, la mutation allemande inquiète autant qu’elle rassure. Elle rassure Washington, qui voit dans Berlin un partenaire capable d’assumer une part plus grande du « fardeau impérial ». Elle inquiète ses voisins, conscients que le retour d’une Allemagne armée soulève inévitablement le spectre du passé. Entre aspirations stratégiques et réticences sociétales, la République fédérale entre dans une zone de turbulences qui définira son rôle en Europe pour les décennies à venir.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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