
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Washington a récemment approuvé la vente de munitions, bombes et roquettes de précision au Nigeria pour un montant de 346 millions de dollars. Officiellement, il s’agit d’aider un partenaire stratégique de l’Afrique de l’Ouest à contenir l’escalade terroriste. En réalité, cette décision illustre les multiples facettes de la guerre moderne : une guerre où la sécurité, l’économie et la diplomatie se mêlent étroitement, et où l’Afrique devient un champ de bataille discret entre grandes puissances.
La logique sécuritaire immédiate
Le Nigeria est confronté depuis des années à une violence diffuse. Boko Haram, actif dans le nord-est, continue de semer la terreur malgré des revers militaires. Les bandes criminelles, qui enlèvent pour rançon ou contrôlent des territoires ruraux, alimentent une insécurité chronique. Le gouvernement d’Abuja cherche donc à renforcer sa puissance de frappe avec des armes de précision capables de cibler efficacement les groupes armés. La rhétorique est séduisante : moins de pertes civiles, plus d’efficacité opérationnelle. Mais l’expérience d’autres pays montre que la précision technique ne suffit pas, surtout quand les racines du problème sont sociales, économiques et politiques.
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Washington et sa stratégie régionale
Pour les États-Unis, soutenir le Nigeria est bien plus qu’un geste humanitaire ou sécuritaire. Abuja est un pivot régional, première économie d’Afrique, riche en pétrole et influent au sein de la CEDEAO. En s’assurant la fidélité du Nigeria, Washington verrouille une partie stratégique de l’Afrique de l’Ouest. Ce choix a aussi une dimension de compétition directe : la Chine, avec ses prêts massifs et ses infrastructures, et la Russie, avec ses sociétés militaires privées, investissent, elles aussi, dans la région. En d’autres termes, la vente d’armes est un acte de diplomatie coercitive : elle fidélise un partenaire tout en neutralisant l’avance de rivaux.
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La dépendance économique et militaire
Mais l’équation comporte une face sombre. En achetant des armes sophistiquées, le Nigeria alourdit son endettement et accroît sa dépendance envers l’industrie de défense américaine. Cette relation asymétrique limite son autonomie stratégique. Les États-Unis contrôlent l’approvisionnement en pièces détachées, la maintenance et la formation, transformant Abuja en client captif. L’Afrique de l’Ouest risque ainsi d’entrer dans une spirale : plus de violence appelle plus d’armement, plus d’armement renforce la dépendance, et la souveraineté militaire s’érode.
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Une lecture géopolitique plus large
Ce contrat illustre une tendance : l’Afrique est devenue un espace où se rejouent les rivalités globales. Chaque puissance cherche ses points d’appui : la Chine avec ses infrastructures, la Russie avec ses mercenaires, l’Europe avec ses coopérations, et les États-Unis avec leurs contrats d’armement. Dans ce contexte, la sécurité du Nigeria n’est pas seulement une affaire nationale : elle est instrumentalisée pour tracer les lignes de la nouvelle compétition mondiale.
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Sécurité ou engrenage ?
La vente d’armes américaine au Nigeria peut renforcer la lutte contre le terrorisme à court terme. Mais elle pose des questions lourdes : jusqu’où un pays peut-il dépendre d’une puissance étrangère pour assurer sa sécurité ? Et combien de temps la rhétorique de la lutte antiterroriste servira-t-elle à masquer les véritables enjeux : la conquête d’influence, le contrôle des ressources et la réorganisation des rapports de force mondiaux ?
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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