
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Un continent forcé de redécouvrir la logique de puissance
L’Europe aime se présenter comme un espace de paix, mais depuis l’invasion de l’Ukraine, c’est l’industrie d’armement qui sert de baromètre à son état stratégique. Les vingt-six groupes européens du Top 100 mondial affichent une progression spectaculaire de 13% en 2024, trois fois plus que les acteurs américains. Un dynamisme que l’on qualifie volontiers de renaissance, mais qui révèle surtout les vulnérabilités accumulées depuis deux décennies de désinvestissement.
L’accélération industrielle, un rattrapage plus qu’une stratégie
Dans les usines européennes, les cadences augmentent. KNDS France a triplé sa production de canons Caesar et vise douze unités par mois d’ici la fin 2025. Rheinmetall étend ses capacités, Leonardo se repositionne, Saab capte davantage de contrats. Ce mouvement donne l’impression d’une Europe qui entre enfin dans une logique d’économie de guerre. Mais produire plus vite ne signifie pas produire suffisamment ni durablement. Le continent reste fragmenté, sans vision industrielle commune, largement dépendant des technologies américaines dans l’aéronautique, le spatial et certains composants critiques.
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Les limites militaires d’un continent sous-équipé
La guerre en Ukraine a été un choc : les armées européennes manquent d’artillerie, de munitions, de drones, de blindés légers. L’augmentation de la production ne traduit donc pas une modernisation en profondeur, mais une course contre la montre pour combler des lacunes criantes. Les Européens découvrent que les conflits modernes reposent sur la masse et la logistique, davantage que sur quelques équipements d’élite. La Russie l’a démontré en mobilisant son économie de guerre, tandis que l’Ukraine illustre chaque jour la nécessité d’une profondeur industrielle que l’Europe ne possède plus. Sans l’appui logistique des États-Unis, le continent serait incapable de soutenir un conflit prolongé.
Des rivalités internes qui freinent l’autonomie stratégique
L’idée d’une défense européenne autonome se heurte encore aux intérêts nationaux. Le char franco-allemand du futur peine à avancer, le programme d’avion de prochaine génération génère des tensions persistantes, et la coopération reste laborieuse. Pendant ce temps, la Turquie, Israël ou la Corée du Sud gagnent des parts de marché grâce à des systèmes plus accessibles et plus rapidement livrables. L’Europe n’apparaît pas comme un acteur unifié mais comme un ensemble de producteurs concurrents.
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Le dilemme géoéconomique d’un secteur redevenu vital
La défense n’est pas seulement un enjeu stratégique : c’est un moteur d’innovation et d’exportations. Les États-Unis l’ont compris depuis longtemps, alors que l’Europe a laissé s’éroder ses capacités industrielles au nom de la rigueur budgétaire. Le réarmement actuel relance l’activité mais ajoute une pression sur des finances publiques déjà sous tension. Dans une économie européenne fragilisée, où la compétition avec la Chine et les États-Unis devient plus rude, le défi n’est pas uniquement de produire plus, mais de produire mieux, en réduisant les dépendances et en évitant les doublons technologiques.
Un environnement géopolitique qui impose un rythme brutal
L’Europe évolue face à une Russie qui consolide son économie de guerre, une Chine qui avance dans les technologies duales et un Moyen-Orient où de nouveaux exportateurs d’armes — Turquie en tête — accroissent leur influence. Dans ce contexte, l’accélération européenne reste insuffisante. Le continent manque d’une vision qui définisse des priorités claires : défense aérienne intégrée, systèmes antimissiles, cyberdéfense, drones, capacités navales. En l’absence de cette cohérence, chaque État finance son propre catalogue en espérant que la facture ne se présentera jamais sous la forme d’une crise majeure.
Un réveil nécessaire, mais encore trop désordonné
L’industrie de défense européenne se redresse, mais ce redressement ressemble davantage à une réaction contrainte qu’à une véritable renaissance. Les investissements augmentent, les cadences aussi, mais la dépendance vis-à-vis de Washington reste entière. L’Europe se réarme parce qu’elle n’a plus le choix, non parce qu’elle a bâti une stratégie nouvelle. La croissance du secteur est un signal d’alerte : celui d’un continent qui ressemble davantage à un élève appliqué qu’à une puissance souveraine.
La sécurité a un prix, et l’Europe le redécouvre tardivement
Le réarmement européen révèle finalement une vérité simple : la sécurité coûte cher, économiquement et politiquement. L’Europe produit davantage parce qu’elle a accumulé trop de retards. Reste à savoir si ce sursaut tardif suffira à reconstruire une architecture de défense robuste dans un monde où les rapports de force ne laissent plus de place aux illusions.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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