ANALYSE – Derrière le conflit soudanais, l’ombre dorée des Émirats arabes unis

Par Olivier d’Auzon
L’accusation est grave : les Émirats arabes unis (EAU) seraient au cœur d’un système assourdissant, où l’or extrait des zones de guerre au Soudan nourrit les caisses des belligérants. Selon le rapport de l’ONG The Sentry, des alliés des Rapid Support Forces (RSF), la puissante milice paramilitaire, utiliseraient des individus liés au monde des affaires à Abu Dhabi pour contourner les sanctions et écouler leur or illégal.
Réglementation en sursis
Face aux accusations, l’UAE brandit un arsenal réglementaire : audits annuels, procédures « know-your-customer », et diligence renforcée exigée des raffineurs et négociants en métaux précieux.
Mais ces mesures – certes rassurantes sur le papier – semblent pâlir lorsque l’on compare aux flux réels : en 2024, l’or soudanais ne représenterait qu’une frange minime des importations totales du pays, selon les Émirats eux-mêmes (1,06 milliard de dollars sur 186 milliards d’importations).
À lire aussi : Pour tout l’or du Sahel
Le spectre de la contrebande et des sociétés-écran
L’un des éléments les plus troublants du rapport est pourtant l’importance de la contrebande : une grande partie de l’or soudanais quitterait le pays par des voies informelles, profitant des routes poreuses entretenues par le chaos du conflit. The Sentry affirme que des chefs de la RSF – mêlés à des entreprises déjà sanctionnées – auraient recréé des structures à Dubaï pour poursuivre leurs opérations illégales.
Certaines de ces sociétés ne sont pas clairement des raffineurs : elles se présentent comme des cabinets de conseil, des entreprises de décoration intérieure ou encore des bijouteries, masquant ainsi leurs véritables activités.-
À lire aussi : Russie-Afrique : L’or de Wagner, nerf de la guerre
Une source de financement des guerres
Le tableau est encore plus sombre lorsque l’on considère à quel point l’or soutient directement les acteurs du conflit : selon des sources humanitaires et économiques, les mines contrôlées par la RSF sont pleinement exploitées, et une grande partie de la production rejoint l’émirat par des circuits officiels ou clandestins
Par ailleurs, des personnalités liées à la RSF, comme Mohamed « Hemedti » Dagalo, ancien homme d’affaires devenu chef militaire, utiliseraient leur influence pour drainer les bénéfices de ces mines vers leur machine de guerre.
Les contradictions diplomatiques
Si l’UAE rejette les accusations, la réalité géopolitique est plus complexe. Le Soudan a porté plainte devant la Cour internationale de justice, accusant les Émirats de complicité de génocide en lien avec le RSF. De son côté, l’analyste Andreas Krieg rappelle que les intérêts des Émirats dans cette guerre ne sont pas seulement financiers, mais stratégiques : le Soudan joue un rôle clé dans la projection de leur influence en Afrique.
À lire aussi : DECRYPTAGE – Lutte contre les trafics illicites : Vers un accord
Un devoir de transparence
À l’heure où le monde réclame des chaînes d’approvisionnement transparentes, le cas soudanais met en lumière une hypocrisie inquiétante : les mécanismes de diligence existent, mais ils restent largement formels, voire inefficaces, face à des stratégies bien rodées de contournement.
L’Union européenne, les États-Unis et le Royaume-Uni devraient non seulement resserrer les sanctions déjà imposées, mais aussi revoir leurs cadres de coopération avec des paradis commerciaux comme les Émirats s’ils veulent rompre durablement le cycle d’exploitation et de violence. Tant que l’or du conflit trouvera un refuge dans les raffineries sans contrôle réel, la guerre continuera de se financer en coulisses.
À lire aussi : ANALYSE – Guerre au Soudan : Vers un point de bascule ?
#soudan, #emiratsarabesunis, #uae, #or, #traficdor, #conflit, #guerre, #RSF, #theSentry, #hemedti, #geopolitique, #financedelaguerre, #bijouterie, #contrebandedor, #dubaï, #blanchiment, #mines, #rapportseng, #orafrique, #droitsdelhomme, #diplomatie, #sanctions, #abusdereglementation, #genocide, #afrique, #uaeresponsable, #afriqueencrise, #corruption, #rapportsong, #justiceinternationale, #orconflictuel, #blackgold, #abusdeposition, #violencearme, #fauxentreprises, #investigation, #journalisme, #orensanglanté, #ONG, #complicité

Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
