
Par David Saforcada
Alors que le monde s’enfonce dans une logique de blocs antagonistes et d’alliances fluctuantes, la France doit plus que jamais réaffirmer sa souveraineté, son indépendance d’esprit et sa capacité à penser par elle-même.
Cela suppose de refuser les alignements automatiques, mais aussi de ne pas tomber dans le piège inverse : celui d’un manichéisme inversé qui absout nos adversaires au prétexte qu’ils s’opposent à l’Occident. La politique étrangère ne peut pas être un exercice de réaction émotionnelle, elle doit être une stratégie fondée sur des principes et une hiérarchie rationnelle des menaces.
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J’ai toujours défendu une politique étrangère française fondée sur l’intransigeance en matière de souveraineté, le refus de l’alignement automatique, et le rejet du manichéisme simpliste. Cette vision exigeante de l’indépendance nationale implique une capacité à faire des choix audacieux, parfois à contre-courant, mais toujours guidés par l’intérêt supérieur de la France. Le général de Gaulle en donna un exemple éclatant : critique virulent de l’hégémonie américaine, il n’hésita pourtant pas à assurer à John F. Kennedy le soutien total de la France lors de la crise des missiles de Cuba. Cette posture n’était pas une contradiction, mais l’expression d’une politique cohérente, fidèle à une certaine idée de la France, libre de ses alliances comme de ses oppositions.
C’est dans cet esprit que je me tiens aujourd’hui, sans ambiguïté, aux côtés du camp israélo-américain face aux menaces que représente l’Iran, tout en condamnant avec la même fermeté l’acharnement meurtrier de Benyamin Netanyahou à Gaza et des décennies d’arrogance géopolitique des États-Unis. La lucidité commande de ne pas s’enfermer dans une logique de camps, mais de juger chaque situation selon des principes clairs, constants, et universels.
On me reproche parfois mon intransigeance sur certains principes. Mais comment ne pas l’être, si l’on veut garantir une ligne claire, une parole cohérente, et une vision politique qui ne cède ni à la facilité des postures, ni aux vents changeants de l’opinion ? L’indulgence à géométrie variable, les indignations sélectives, ou les revirements d’alliances ne sont pas des marques de lucidité, mais de renoncement. L’exigence de cohérence n’est pas un luxe moral : elle est une nécessité pour qui veut parler au nom de l’intérêt national, de la justice, ou de la paix avec un minimum de crédibilité.
Aujourd’hui, malheureusement, certains de mes amis politiques préfèrent s’enfermer dans un manichéisme inversé : à force de vouloir dénoncer les abus des puissances occidentales, ils finissent par se rendre aveugles — voire complaisants — envers d’autres régimes tout aussi condamnables. Le rejet légitime de l’atlantisme ne saurait justifier qu’on se jette dans les bras de Moscou, qu’on minimise la dangerosité du régime iranien ou qu’on adopte une posture équivoque face à l’agression terroriste du Hamas.
Même si, pour certains, cela relève déjà du passé, la France ne peut pas — et ne doit pas — oublier les coups que lui a portés l’Iran des mollahs : assassinats, enlèvements, déstabilisation de ses intérêts, soutien à des groupes violents, tout cela au nom d’un projet théocratique ouvertement hostile à nos valeurs. Elle ne doit pas davantage galvauder les menaces bien réelles que représente l’islam politique, sous toutes ses formes, y compris celles qui avancent masquées. Il existe une graduation des menaces qui pèsent sur notre modèle de société, et l’islam politique, par sa capacité de pénétration idéologique, communautaire et parfois violente, est incontestablement sur la première marche.
Mais dans cette même graduation des menaces, force est de constater que, depuis l’annexion de la Crimée en 2014 — et plus encore depuis l’invasion massive de l’Ukraine — la Russie de Vladimir Poutine a gravi plusieurs échelons. Par ses actions directes ou indirectes contre la France, notamment en Afrique à travers les réseaux Wagner et ses relais de désinformation, Moscou s’est imposée comme un acteur déstabilisateur majeur, hostile à nos intérêts et à nos valeurs. Ce ne sont pas les discours, mais les actes, qui doivent guider notre vigilance.
Cela ne signifie pas pour autant que l’Union européenne ou les États-Unis soient exempts de tout reproche. Eux aussi, à leur manière, peuvent représenter des formes de menaces — par l’effacement de notre souveraineté, par l’uniformisation technocratique ou par l’arrogance impériale. Mais il faut une logique, une hiérarchie, une lucidité froide pour ne pas tout confondre. Tous les acteurs ne se situent pas au même niveau de nocivité ni sur les mêmes terrains d’action. C’est cette capacité à ordonner les menaces, à les analyser selon leur intensité, leur proximité et leur impact direct, qui fait la crédibilité d’une politique étrangère digne de ce nom.
Dans un monde instable, fragmenté, traversé par des logiques de puissance brutales et des idéologies mortifères, la France ne peut se permettre ni naïveté ni suivisme. Elle doit rester fidèle à ce qui a toujours fondé sa grandeur sur la scène internationale : sa capacité à parler librement, à agir indépendamment, à défendre l’universel sans renoncer à ses intérêts. Cela exige du discernement, du courage, et une ligne claire. Dans cet affrontement des empires, des récits et des menaces, la France ne doit pas choisir un camp : elle doit rester un pôle.
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David Saforcada, est un ancien militaire des Troupes de Marine, formateur dans les métiers de la sécurité privée et membre de plusieurs associations souverainistes et patriotes. Il est actuellement Secrétaire général du Centre d’Études et de Recherches sur le Bonapartisme et Président du mouvement, L’Appel au Peuple.
