TRIBUNE – De la diplomatie de Pangloss 

 Macron avec sourire benet et derrière autour de lui Poutine, Trump, erdogan et van der leyen se foutant de sa gueule
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques

« Tout va très bien dans le meilleur des mondes » (Pangloss). Telle est la conclusion que l’on pourrait tirer de la vulgate diplomatique jupitérienne. À entendre ses discours, ses entretiens aux médias, à lire ses tweets et autres joyeusetés sur les réseaux sociaux, le plus jeune président de la Cinquième République n’est jamais saisi par le doute cartésien… 

À chaque problème qui se pose sur la planète, la mouche du coche de la scène diplomatique dispose de la solution idoine. L’homme est un brin présomptueux. Jamais, il ne confesse la moindre erreur dans son approche de la politique étrangère et dans sa pratique iconoclaste de la diplomatie. Et pourtant, elles ne manquent pas pour celui qui prend le temps nécessaire et la hauteur suffisante pour juger de la pertinence de son action extérieure sur bientôt une durée d’une décennie. À y regarder de plus près, sa diplomatie du docteur Coué n’est qu’une forme de la diplomatie du docteur Knock.

LA DIPLOMATIE DU DOCTEUR COUÉ

À trop vouloir s’en tenir à une vulgaire diplomatie sautillante, notre brillant Mozart de la diplomatie se transforme en simple Mozart de la com.

Le Mozart de la diplomatie

Emmanuel Macron pense que le fait de s’attaquer à un dossier international – y compris les plus sensibles – signifie ipso facto qu’il dispose de la solution idéale au problème dans un monde aussi incertain que celui que nous traversons. Il se voit en roi thaumaturge, faiseur de miracles[1]. En réalité, il est un parfait adepte de la méthode du docteur Émile Coué. Celui qui considère que toute idée qui se grave dans notre esprit tend à devenir une réalité dans l’ordre du possible. Si un malade pense qu’il va guérir, il y a plus de chance que cela ait lieu. Idem pour les maux du monde qu’il soigne avec ses mots, ses injonctions, ses anathèmes. L’idée peut paraître séduisante, mais sa mise en œuvre n’est pas sans danger. Et, les exemples de ses errements diplomatiques ne manquent pas : Ukraine, Proche-Orient, Afrique, Europe … Manifestement, le président de la République ne parvient pas à donner un minimum de cohérence à un tableau chaotique tant sa démarche est également chaotique. Comme le souligne le médiéviste Marc Bloch, auteur de l’Étrange défaite : « Les grandes défaites sont d’abord intellectuelles ». Et, de nos jours, elles sont aussi le résultat d’une communication omniprésente et omnipotente. Dans ce domaine, reconnaissons à Emmanuel Macron des immenses qualités de communicant.

Le Mozart de la com’

Comment qualifier la pratique de la communication d’Emmanuel Macron dans la sphère diplomatique ? « En inversant la place de la diplomatie et de la communication dans la hiérarchie du temps et des décisions, Jupiter s’est transformé en Dagobert … L’ancien maître des horloges est devenu le spectateur du sablier » (Robert Zarader et Noé Girardot-Champsaur). En abusant de la parole, le chef de l’État s’illusionne sur la puissance de la France et s’aveugle sur la nouvelle réalité géopolitique. Aujourd’hui, le rapport de force domine, la règle de droit régresse. L’ancien monde s’efface. Nous vivons une anarchie diplomatique. Émergent de nouveaux acteurs avec de nouvelles règles du jeu. Manifestement, le président de la République manque de discernement, vertu des temps de crise pour affronter les tempêtes qui secouent la planète. Il ne parvient pas à changer de grilles d’analyse et partir d’autres postulats pour surmonter l’enchevêtrement des crises. Pas plus qu’il ne parvient à ses débarrasser des oripeaux du passé et de ses illusions de grandeur. Avec Jupiter, le temps est la communication permanente, celle qui colle à l’actualité. La parole d’hier est démonétisée. Seule compte celle de l’instant présent même si elle prend le contrepied de la précédente. La conséquence de ce brouhaha médiatique est évidente. Elle a pour nom inconstance, incohérence.

Tout va très bien madame la marquise … Mais à part ça. Cette vieille chanson de Ray Ventura résume bien les multiples impasses de Jupiter. C’est que la réalité reprend souvent ses droits, y compris et surtout, en Macronie. Alors, les masques tombent.

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LA DIPLOMATIE DU DOCTEUR KNOCK

À trop vouloir s’en tenir à l’écume des jours, le président de la République privilégie une diplomatie du tape à l’œil faisant cruellement l’impasse sur l’impératif de sagesse. 

Vive le tape à l’œil !

Emmanuel Macron use et abuse du buzz médiatique, des postures, de l’action immédiate. Certains experts en géopolitique évoquent ces mises en scène de « psychogéopolitique ». Gestuelle (y compris sa diplomatie tactile), symboles (le recours au mémoriel, pour le meilleur et pour le pire !), lieux de réception (palais, châteaux) … Le président de la République soigne les apparences. De facto, il est un parfait adepte de la méthode du docteur Knock. Celui qui agit pour limiter les excès de la médecine, pas seulement au théâtre mais dans la vraie vie. Il suffit de remplacer médecine par diplomatie traditionnelle s’agissant du chef de l’État. Pour nécessaire qu’elle soit, sa démarche est loin d’être suffisante. Elle s’apparente à la diplomatie du vide qui ne parvient pas à l’efficacité en dépit de son agitation permanente. « Ce qui semble plus difficile à apprécier et à comprendre, c’est ce qui se passe sous nos yeux » (« De la démocratie en Amérique », Alexis de Tocqueville). Faute de prendre le temps du recul pour analyser les convulsions du monde du XXIe siècle, il passe à côté de son sujet. En est-il conscient ? Dans la sphère diplomatique, il n’existe pas de situation acquise. Il faut faire face aux difficultés quotidiennes avec lucidité et courage et remettre cent fois sur le métier l’ouvrage.

Adieu la sagesse

Où est la sagesse que nous avons perdue dans la connaissance approfondie des dossiers diplomatiques ardus ? L’Histoire est utile pour comprendre le présent. Or, Emmanuel Macron semble éprouver un profond mépris pour l’expérience historique. Qui plus est, Il rechigne à s’entourer de l’avis de sachants et nous n’en manquons pas au Quai d’Orsay et ailleurs, préférant les conseils des courtisans. Sa personnalité complexe l’explique en partie. Daniel Cohn-Bendit la résume parfaitement : « Emmanuel Macron est un dragueur intellectuel. Tel Don Juan, il aime puis se lasse et jette ». Même si comparaison n’est pas raison, il se lasse rapidement d’un dossier international, préférant sauter comme un cabri de l’un à l’autre en fonction de son humeur du moment. Cette diplomatie vibrionnante lui permet de faire, à vil prix, l’économie de ses bourdes, d’oublier les problèmes qu’il crée à longueur du temps par ses maladresses à répétition. Il lance régulièrement en l’air des idées inconsistantes sans consultation préalable de ses principaux partenaires, européens dont ses voisins allemands (Cf. invitation à Paris du très controversé président syrien du 7 mai dernier). Lui fait défaut cette vertu essentielle qu’est la prudence sans parler de la sagesse ! Vilipender les méthodes de la diplomatie traditionnelle est une chose, en inventer une plus dans l’air du temps en est une autre.

En dernière analyse, la diplomatie d’Emmanuel Macron ressemble à celle de l’homme qui avance dans le brouillard avec des mots tièdes. La crise de la pensée, dont il est victime, l’aveugle sur les évolutions complexes marquant notre siècle. Le maître des horloges perd son temps en déclarations tonitruantes et en actions inexistantes. Faute de disposer d’une boussole méthodologique au service d’une culture du doute, le président de la République signe une étrange défaite de l’Histoire.

MÉDECIN DU MONDE OU VELLÉITAIRE DE LA DIPLOMATIE ?

« Il faut cultiver notre jardin » (Candide). Voilà bien une leçon que devrait tirer Emmanuel Macron de la lecture appliquée de Voltaire ![2] Celle qui signifie que nous devons laisser de côté les problèmes métaphysiques et nous devons nous occuper au contraire des choses que l’on peut changer, améliorer. Mais, il n’en fait qu’à sa tête, croyant à sa bonne étoile et à la mission quasi-divine que lui aurait confiée le peuple souverain qu’il méprise. La communication débridée du chef de l’État se retourne contre lui. Capable de communiquer, mais incapable de gouverner – au sens de prévoir -, Emmanuel Macron est le spectateur d’une histoire des relations internationales qui s’écrit sans lui et parfois contre lui. C’est en anticipant les risques que l’on progresse dans la compréhension de l’atonie du système international et de l’incertitude de l’ordre mondial, non en pratiquant une diplomatie de Pangloss !

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Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur


[1] Allan Kaval, « À Rome, des rumeurs d’un complot ourdi par Macron pour influencer les choix du futur pape », Le Monde, 3 mai 2025, p. 6.

[2] Voltaire, « Candide ou l’Optimisme », Genève, 1759.


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