
Par Sébastien Marco Turk
Note : Lors de la dernière session de l’Académie européenne des sciences et des arts, Boštjan Marko Turk a été élu doyen de première classe dans le domaine des sciences humaines. L’Académie européenne des sciences et des arts regroupe les scientifiques les plus éminents d’Europe et du monde, ainsi que des lauréats du prix Nobel. Félicitations !
Le 10 mai 1923, le Vatican publia un décret condamnant et interdisant un livret intitulé L’apparition de la Très Sainte Vierge sur la sainte montagne de La Salette.
Il s’agit du contenu des apparitions mariales, comprenant des affirmations apocalyptiques, notamment que Rome perdrait la foi et deviendrait le siège de l’Antéchrist. À ce propos, Jacques Maritain, l’un des plus grands philosophes chrétiens, se tint un jour devant Benoît XV. Reçu en audience, le pape lui posa, alors qu’il préparait un dossier approfondi sur les apparitions de La Salette, la question suivante : « Vous croyez donc que la Mère de Dieu a vraiment parlé ainsi ? ». Maritain savait que Marie ne pouvait mentir. Mais il se retrouva, un instant, en dilemme : il faudrait déplaire à quelqu’un — à la Vierge Marie ou au pape. Tertium non datur. Et il décida qu’il préférait déplaire au pape plutôt qu’à la Mère de Dieu.
Le présent écrit s’inspire précisément de cette décision de Jacques Maritain. À la mort du pape François, tant de questions ont surgi concernant sa mission qu’on se sent obligé d’en parler. Ce besoin s’impose surtout à cause de Jésus-Christ, car le pape défunt s’était visiblement éloigné de son enseignement. La question qui se pose aujourd’hui est donc la suivante : à qui faut-il déplaire — aux mânes du pape défunt (au Vatican) ou au Christ ? Le choix n’est pas difficile : nous avons choisi le premier. Les lignes que vous lisez en sont le reflet.
On sait bien qu’il faut souvent attendre plusieurs décennies pour évaluer pleinement les événements historiques et laisser l’image se clarifier. Il en va de même pour les œuvres d’art, des peintures aux romans. Mais certaines exceptions confirment la règle. L’une d’elles est justement le pape François, récemment disparu, et son héritage. Son pontificat sera le premier dont l’évaluation n’aura pas à attendre longtemps. Elle est déjà à portée de main. Nous devrons lui déplaire à titre posthume si nous voulons souligner ce qu’il ne faut pas faire si le Vatican veut rester fidèle à son fondateur.
Ces réflexions s’appliquent également au tout nouveau Léon XIV, élu par le collège des cardinaux, un collège largement façonné par le pape auquel nous consacrons ces lignes.
Jamais dans l’histoire un pape n’a été aussi prisonnier de l’époque dans laquelle il vivait que ce jésuite qui, sous la tiare, adopta le nom franciscain de François, censé symboliser l’humilité et la proximité avec les pauvres. Mais pour beaucoup, ce n’était pas un signe de modestie, mais un agenda politique. Son pontificat a été marqué par la période allant de 2015 à 2025 — une décennie durant laquelle l’Occident connut une crise des valeurs et une crise démographique sans précédent. Nous déplorons sa mort, mais nous devons écrire ces lignes, car nous les devons aux personnes qui, concernant le pape défunt, furent bien plus qu’elles ne l’auraient souhaité, victimes d’une vaste propagande dont il bénéficia.
Durant son époque, nous avons été témoins de l’une des plus grandes offensives idéologiques de l’ère moderne — un phénomène souvent désigné sous les noms de révolution globaliste ou de wokisme. Et il ne s’agit pas simplement d’un changement culturel en douceur, mais d’une idéologie quasi religieuse, que l’on peut, dans le langage biblique, décrire à travers la métaphore des quatre cavaliers de l’Apocalypse :
- La primauté de la minorité sur la majorité — imposition agressive des agendas identitaires, où les populations majoritaires sont souvent présentées comme oppressives envers les minorités (LGBT+).
- La primauté des arrivants sur les autochtones — politique migratoire sans garde-fous ni consentement démocratique des populations majoritaires.
- La primauté de la fluidité sur l’ordre naturel — négation des faits biologiques, attaques contre les valeurs familiales, confusion sexuelle érigée en norme. Aujourd’hui je suis une femme, demain un homme, après-demain, plus rien de tout cela.
- La primauté de l’homme sur la nature — néo-luddisme écologique menaçant de conséquences pires que celles du réchauffement climatique lui-même (dont certaines ne sont d’ailleurs pas uniquement négatives).
Cette idéologie s’est particulièrement répandue en Europe après 2015, à l’époque de la crise migratoire, activement encouragée par la politique d’Angela Merkel. L’Europe a commencé à perdre son identité culturelle, démographique et spirituelle. Or, la période de 2015 à 2025 (qui s’achève avec l’élection de Donald Trump) coïncide précisément avec le pontificat du pape François. Il a encouragé l’entrée des quatre cavaliers de l’Apocalypse dans l’Occident. Il est évident que ni l’Évangile ni la tradition de l’Église ne furent les fondements de cette démarche. Sa force, ses « cheveux de Samson », résidait ailleurs : dans les médias, alors entièrement dominés par les forces à l’origine du globalisme. Ces forces, composées des idiots utiles de la nouvelle gauche d’un côté et de l’arrière-plan du capital spéculatif de l’autre, promouvaient François tout en détruisant la vieille Europe, et surtout son substrat : le christianisme.
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L’action de François s’est révélée, à bien des égards, davantage politique que spirituelle. Il affichait sans ambiguïté son soutien aux frontières ouvertes, à l’immigration inconditionnelle, ainsi qu’aux constructions idéologiques de « l’accueil » et de « l’inclusion » — concepts qui, dans les faits, contribuent à l’érosion des structures nationales et culturelles propres à l’identité occidentale. Il dénonçait le « racisme » supposé des États européens désireux de maintenir le statu quo en matière migratoire.
Le pape n’hésita pas à critiquer ouvertement la Pologne et la Hongrie, deux des rares nations encore attachées à la défense des valeurs chrétiennes, précisément parce qu’elles refusaient de se conformer aux injonctions en faveur de l’ouverture des frontières. Ces pays, dirigés alors par Mateusz Morawiecki et Viktor Orbán, incarnaient l’une des dernières résistances politiques à ce qui fut perçu comme une capitulation culturelle. Sur ce point, les positions du Vatican semblaient s’aligner étroitement avec celles des plus fervents promoteurs de l’idéologie globaliste en Europe — à commencer par l’administration bruxelloise. Dans leurs attaques contre les deux pays les plus enracinés dans la tradition chrétienne, le Vatican et Bruxelles paraissaient agir de concert.
François alla même jusqu’à laver publiquement les pieds de migrants musulmans lors des cérémonies pascales — un geste hautement symbolique, qui pouvait être compris comme un acte de miséricorde. Mais dans le contexte d’alors, il prit la forme d’une gifle symbolique à l’encontre du christianisme européen : non plus l’expression de l’humilité du Christ, mais l’image d’une soumission, voire d’un reniement de sa propre identité. Jamais auparavant un pape ne s’était retrouvé en opposition aussi manifeste avec les fondements de sa propre civilisation. Car l’effacement de l’identité fait partie intégrante des postulats premiers du projet globaliste.
Sa puissance ne provenait pas de la foi, ni des racines bibliques, ni de la tradition ecclésiale. Elle était médiatique. Il est devenu le favori des journalistes occidentaux, des politiciens et des activistes — parce qu’il disait ce qu’ils voulaient entendre. Il fut le patron de l’agenda qui démolissait l’Occident. Et bien que de nombreux croyants aient été désorientés, voire déçus, le Vatican, pendant cette période, n’a proposé aucune critique sérieuse. La seule exception lumineuse fut le cardinal Robert Sarah — profondément croyant, intègre et courageux, qui, à travers ses ouvrages, mettait en garde contre les dangers de la déconstruction idéologique du christianisme et de l’Occident. Robert Sarah, fait intéressant, n’était même pas Européen — mais il fut l’un des rares au Vatican à comprendre combien l’héritage chrétien européen était essentiel à la civilisation mondiale.
Mais le Vatican ne l’a pas écouté. Comme beaucoup d’autres qui n’ont pas voulu se prosterner devant la nouvelle foi de « l’inclusion » et de « l’ouverture », il fut marginalisé. Si le Saint-Esprit agit réellement lors du conclave, le prochain pape aurait dû être le cardinal Robert Sarah. Il en a été autrement, mais nous ne jugerons pas à l’avance le tout nouveau Léon XIV. Tout ne doit pas être vu en noir.
Le pontificat du pape François restera ainsi dans l’histoire comme l’une des plus grandes erreurs de l’Église moderne. Au lieu de construire des ponts avec la vérité, il a construit des ponts avec l’idéologie. Ces ponts ont conduit les chrétiens sur un chemin les éloignant de l’essence de l’Église, affaiblissant ainsi davantage le christianisme en Occident. Le bilan de son pontificat est en effet le suivant : pour sept personnes qui ont quitté l’Église, une seule y est entrée. Le phénomène avait commencé plus tôt, avec les vagues de déruralisation dans les années 1960, et surtout avec le concile Vatican II, qui a représenté un véritable saccage du christianisme en Europe. Après celui-ci, chaque année, plusieurs millions de personnes ont cessé de participer à la messe.
François était encore plus « conciliaire » que les pères les plus réformistes. Le problème fondamental du concile résidait justement dans l’abandon de la sainteté comme élément premier de la foi chrétienne. La sainteté, c’est l’enracinement de l’Église dans le mystère transcendant de Jésus-Christ. Semper maior ! Le Christ est toujours plus grand que toute représentation humaine. L’homme est humble face au mystère. Et audacieux lorsqu’il s’agit de défendre les droits de la foi.
C’est en ce point que se trouve aussi la plus grande différence entre le fondateur du christianisme et le pape François. Ce dernier ne fut en rien audacieux pour défendre les droits de la foi — bien au contraire. Si le royaume du Christ n’était pas de ce monde, celui de François appartenait entièrement à cet ordre. Si Jésus se souciait des faibles, François cherchait la protection des puissants. Ce sont eux qui entretenaient son image médiatique. Si nous savons que les médias sont un élément clé du pouvoir politique et de toute autre forme de pouvoir dans le monde moderne, nous comprendrons combien François appartenait véritablement à ceux qui détiennent la richesse, le pouvoir et l’autorité. On ne peut certainement pas dire cela de Benoît XVI ou de Jean-Paul II. Eux étaient distants du monde, comme Jésus-Christ. Le dernier fut aussi un martyr.
Verbalement, François se déclarait en faveur des pauvres. Il n’avait que des paroles pour dire tout ce qu’il faudrait faire pour eux. Il était particulièrement proche des migrants. Mais le fait que tout cela n’était que verbalisme est illustré par une simple vérité : il n’a accueilli chez lui aucun pauvre, et encore moins un migrant. Hic Rhodus, hic salta.
Et encore une chose, presque oubliée aujourd’hui. En 1996, dans une église de Buenos Aires, eut lieu un miracle eucharistique, lorsque l’hostie tombée à terre commença à se transformer en tissu sanglant. Selon une enquête ecclésiale et scientifique rendue possible par l’archevêque de l’époque, Jorge Mario Bergoglio (futur pape François lui-même), il fut établi qu’il s’agissait de tissu musculaire cardiaque humain provenant du ventricule gauche — la partie du cœur qui pompe le sang dans le corps. Des globules blancs étaient également présents, ce qui signifie que le tissu provenait d’une personne vivante en état de grande souffrance physique. L’échantillon ne se décomposa pas, bien qu’il ait été exposé longtemps à des conditions normales, sans conservateurs. Il est aussi remarquable que cet échantillon corresponde aux analyses d’autres miracles eucharistiques connus, comme celui de Lanciano. Il est aisé de comprendre qu’il s’agit là d’une manifestation directe du fait que Dieu est véritablement avec l’homme. En plus de Lourdes et de Fatima, les miracles eucharistiques sont les interventions surnaturelles les plus puissantes dans l’ordre naturel.
Malgré le caractère exceptionnel de l’événement, qui, selon beaucoup, confirme la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie et constitue un témoignage puissant de la force de la foi chrétienne, le pape François n’en a jamais parlé publiquement en tant que pape. Beaucoup estiment qu’il aurait dû souligner cet événement, car il s’agit d’une confirmation éclatante de la vérité fondamentale de la foi catholique. Au lieu de cela, il est resté réservé, ce qui, aux yeux de nombreux fidèles, constitue une occasion manquée de renforcer la piété eucharistique et de proclamer publiquement la puissance surnaturelle du christianisme.
Depuis l’hôpital, où il a passé la majeure partie de l’année 2025, il est revenu au Vatican uniquement pour y mourir. Toute mort humaine suscite notre compassion ; que le Seigneur lui soit un juge miséricordieux — tel est notre vœu. Mais en réalité, le monde a irrévocablement changé avec les élections au Parlement européen en juin 2024, et surtout avec l’élection de Donald Trump. Le globalisme et la politique incarnée par Bruxelles, soutenus par François, sont désormais révolus. François a nommé la majorité des cardinaux qui choisiront son successeur. Nous espérons seulement que l’Esprit Saint sera véritablement à l’œuvre, et que nous ne connaîtrons pas une répétition d’un pontificat semblable, avec des conséquences tout aussi dévastatrices pour le christianisme. Car nombreux sont ceux qui, sous le précédent pape, se sont demandé : la prophétie de La Salette serait-elle en train de s’accomplir…
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Sébastien-Marco Turk, docteur ès lettres de l’Université Paris-Sorbonne, Professeur des Universités, spécialiste de littérature française, ex-fondateur de jeunesse démocrate-chrétienne anti-Yougoslave en Slovénie, anime régulièrement des émissions politiques et géopolitiques à la télévision slovène « exodus ». Il nous livre une vision intéressante d’un intellectuel proche de l’Ukraine, marqué par le totalitarisme communiste et parfois choqué par la difficulté avec laquelle les Européens de l’Ouest, France en tête, perçoivent une Russie que la vision gaulliste a selon lui trop souvent dépeint sous des jours pour le moins indulgents … D’où le rappel historique et le parallélisme opéré par l’auteur – ceteris paribus – entre 1941 et 2022.
