Économie – De Rabat à Pretoria : Les « tariffs » comme révélateur d’alliances

scene en afrique

Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

« L’aggiornamento commercial mondial » initié par Donald Trump a laissé des traces profondes. Si l’attention s’est longtemps focalisée sur la Chine ou l’Europe, c’est sur le continent africain que les effets, aussi discrets que dévastateurs, dessinent un nouvel échiquier géopolitique et économique. Derrière les pourcentages douaniers se cache une cartographie brutale des relations de pouvoir.

Le feu tarifaire, une arme diplomatique

Depuis son mandat à la Maison-Blanche, Donald Trump a utilisé les droits de douane non seulement comme outil économique, mais comme instrument de coercition politique. En bouleversant les équilibres commerciaux, sa stratégie a laissé peu de place à la nuance : les alliés furent récompensés, les autres sanctionnés.

En Afrique, les disparités sont flagrantes. Le Maroc, fort d’une alliance stratégique de longue date avec Washington, a vu ses exportations préservées, soumises à un tarif relativement bas de 10 %. Une forme de reconnaissance implicite de sa loyauté dans la lutte antiterroriste, et de sa stabilité dans une région souvent agitée.

À l’opposé, Lesotho (50 %)Madagascar (47 %) et l’île Maurice (40 %) subissent de plein fouet les hausses tarifaires. Ces pays, pourtant intégrés dans des mécanismes préférentiels comme l’AGOA (African Growth and Opportunity Act), sont désormais relégués au rang d’économies à la merci de décisions unilatérales.

Même des puissances régionales comme l’Afrique du Sud (30 %) ou l’Algérie (30 %), historiquement plus indépendantes vis-à-vis des États-Unis, n’ont pas échappé à la sanction. L’Angola (32 %), bien que producteur majeur de pétrole, n’a pas bénéficié de passe-droits. Seule exception partielle : le Nigeria, dont la dépendance pétrolière a poussé Washington à modérer l’impact tarifaire (14 %), en attendant d’éventuelles concessions diplomatiques.

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L’Afrique face à ses vulnérabilités

Cette stratégie asymétrique révèle les failles d’un continent encore trop dépendant de ses débouchés extérieurs, et peu armé pour répondre à une guerre commerciale de cette ampleur. Au lieu d’un front commun, l’Afrique a répondu par une série d’initiatives nationales, parfois contradictoires, souvent inefficaces.

Mais derrière cette confusion apparente se trame une réflexion plus profonde. Et si cette crise tarifaire devenait le catalyseur d’un sursaut régional ?

Vers une nouvelle géographie du commerce africain ?

En toile de fond, l’AfCFTA (Zone de libre-échange continentale africaine) pourrait bien tirer parti de cette situation. En renforçant les échanges intrarégionaux, les États africains chercheraient à réduire leur exposition aux pressions des grandes puissances. Plusieurs gouvernements accélèrent la diversification de leurs partenaires commerciaux, se tournant vers la Chine, l’Inde, ou encore des blocs émergents en Asie du Sud-Est.

En parallèle, les ministères du commerce à Accra, à Pretoria ou à Addis-Abeba engagent une révision stratégique de leurs politiques industrielles. Réduire les vulnérabilités logistiques, développer la transformation locale, stimuler les chaînes de valeur africaines : des chantiers titanesques, mais désormais perçus comme urgents.

Un révélateur brutal, mais salutaire ?

Il serait simpliste de résumer la politique de Trump à une succession de coups de force. Son héritage tarifaire, bien que critiqué, a au moins eu le mérite de forcer les États africains à regarder en face leur dépendance commerciale.

L’Afrique n’est pas seulement victime. Elle est en mouvement. Les décisions prises dans les mois à venir, sur les plans régional, diplomatique et industriel, détermineront si cette épreuve accouche d’un sursaut durable — ou d’un nouvel enfermement.

Car si les droits de douane tombent comme des couperets, c’est toujours à la négociation politique, à l’intelligence diplomatique et à la cohésion régionale qu’il revient de les désarmer.

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