ÉCONOMIE – L’or africain change de main, la géopolitique reste la même

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Zijin Mining Group achète Allied Gold : Ce n’est pas seulement de la finance, c’est du positionnement
Quand un grand groupe minier chinois décide de mettre sur la table 5,5 milliards de dollars canadiens en espèces pour racheter un producteur aurifère implanté en Afrique, il ne court pas simplement après le cours de l’or. Il achète du temps, des réserves, des années de production et, surtout, une géographie. L’opération, évaluée autour de 4 milliards de dollars américains, offre à Pékin un morceau de Sahel et d’Afrique de l’Ouest sous la forme de permis, d’installations, de logistique et de relations avec les gouvernements.
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Trois pays, une seule logique : Verrouiller l’avenir de la production
Le paquet est lisible. Au Mali, il y a Sadiola, un actif déjà rodé mais encore extensible. En Côte d’Ivoire, un complexe productif déjà en fonctionnement. En Éthiopie, Kurmuk, c’est-à-dire le pari de long terme : pas l’or d’aujourd’hui, mais celui qui sécurise demain une trajectoire plus stable. La logique industrielle est limpide : dans un secteur où ouvrir une mine exige du temps, des autorisations incertaines et un capital patient, acheter des actifs déjà en exploitation ou en développement avancé permet de contourner le goulot d’étranglement du trop tard. Et quand l’or est cher, ce qui compte, ce n’est pas seulement le prix du métal, c’est la durée des réserves.
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Scénarios économiques : L’or comme valeur refuge et comme assurance géopolitique
Premier scénario : l’or reste élevé et la Chine consolide. L’acquisition devient alors un manuel de stratégie industrielle : mobiliser la liquidité et l’accès au financement pour sécuriser des ressources physiques, au moment où les marchés valorisent la sécurité plus que l’expansion.
Deuxième scénario : l’or recule, mais les gisements demeurent. Dans ce cas, ceux qui possèdent des mines à longue durée de vie et à coûts compétitifs résistent mieux que ceux qui vivent d’actifs marginalisés. C’est le jeu classique de la masse critique : moins de fragilité, plus de capacité à absorber les cycles défavorables.
Troisième scénario, le plus politique : l’or s’impose encore davantage comme couverture contre les sanctions, l’instabilité monétaire et la fragmentation des échanges. Dans cette lecture, posséder une production physique répartie sur plusieurs pays n’est pas seulement un investissement : c’est une réduction du risque systémique.
Évaluation stratégique militaire : Une mine n’est jamais hors du conflit
Acheter des mines dans des zones traversées par des tensions internes, c’est aussi acheter un problème de sécurité. Pas forcément parce que l’on se bat chaque jour autour des puits, mais parce que les routes, l’énergie, les personnels, les convois et les stocks deviennent des points vulnérables. Il suffit de peu pour bloquer une chaîne logistique, faire monter les coûts, imposer des négociations informelles. Dans cette économie, la sécurité finit par entrer dans la comptabilité. Et quand la sécurité entre, entrent aussi les appareils étatiques, les forces locales, les milices, les médiations régionales. Ce n’est pas un détail : c’est la condition opérationnelle qui décide si un investissement produit du rendement ou s’enlise.
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Géopolitique et géoéconomie : L’Afrique comme plateforme d’influence, pas seulement comme réservoir
L’élément géoéconomique est la continuité : Pékin étend sa présence en Afrique en additionnant l’or à un portefeuille déjà structuré par les métaux stratégiques. Le sens n’est pas une formule simpliste du type la Chine achète. Le sens est que les gouvernements africains, coincés entre besoin de recettes, stabilité politique et compétition entre partenaires externes, voient dans ces accords une double réalité. D’un côté, des investissements, des infrastructures, des taxes, des emplois. De l’autre, un risque : dépendre d’un acteur dominant, et découvrir que la négociation réelle commence après la signature, lorsqu’il faut gérer la redistribution de la valeur, les communautés locales, la sécurité et la souveraineté de fait sur les territoires.
La morale pratique : L’or ne résout pas les crises, il les rend plus disputées
Cette acquisition dit une chose très simple : l’Afrique n’est pas une périphérie dans la guerre des ressources. Elle est un centre de gravité. Si un groupe chinois paye comptant pour sécuriser des mines et des projets dans trois pays, c’est que la bataille ne se joue pas sur le trimestre, mais sur la décennie.
L’or est la plus ancienne des assurances. La nouveauté, c’est qu’aujourd’hui l’assurance ne couvre pas seulement l’inflation ou les marchés : elle couvre les rapports de force. Et quand l’or change de drapeau, c’est aussi la manière de lire, de gérer et parfois d’exploiter les crises africaines qui se transforme.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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