ANALYSE – Et si la restauration de l’unipolarité américaine menait au risque de guerre mondiale ?

ANALYSE – Et si la restauration de l’unipolarité américaine menait au risque de guerre mondiale ?

lediplomate.media — imprimé le 07/02/2026
Unipolarité américaine
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

Dans une analyse récente, le politologue américain Andrew Korybko alerte sur la volonté de Washington de restaurer sa domination mondiale. En voulant recréer un ordre unipolaire révolu, les États-Unis prennent le risque de provoquer les réactions les plus dangereuses de leurs rivaux.

Le retour assumé de l’unipolarité

Dans un article publié le 3 février, l’analyste géopolitique Andrew Korybko pose un diagnostic sans détour : les nouvelles stratégies de sécurité américaines visent explicitement à « restaurer l’unipolarité », c’est-à-dire la domination mondiale des États-Unis.

Selon lui, la « doctrine Trump » ne se contente plus de gérer l’équilibre des puissances. Elle cherche à rétablir une hiérarchie internationale claire, avec Washington au sommet.

Ce choix marque une rupture. Après des années de discours sur le multilatéralisme, l’Amérique assume désormais un projet de suprématie.

Mais ce projet s’inscrit dans un monde qui ne s’y prête plus.

Une hégémonie sans interventions massives

Andrew Korybko souligne une évolution majeure : contrairement aux années 1990 et 2000, les États-Unis ne veulent plus s’engager directement dans des guerres coûteuses.

Ils préfèrent désormais s’appuyer sur leurs partenaires régionaux.

« Cette fois, les États-Unis sont réticents à s’enliser dans des conflits extérieurs et comptent davantage sur leurs alliés », écrit-il.

L’hégémonie devient indirecte. Elle passe par les alliances, les sanctions, les accords commerciaux, les pressions technologiques. L’Empire gouverne à distance.

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Quatre adversaires désignés

La stratégie américaine identifie clairement ses rivaux : la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord.

La Chine occupe une place centrale. Le document officiel la décrit comme « l’État le plus puissant relativement aux États-Unis depuis le XIXe siècle ». Une formule lourde de sens : Washington reconnaît que sa suprématie est contestée.

Face à cette pression, explique Korybko, chaque puissance doit choisir entre trois options : défier les États-Unis, les équilibrer, ou s’aligner sur eux.

Aucune n’accepte réellement la soumission.

L’Inde : entre équilibre et coopération

L’Inde illustre cette ambiguïté stratégique. Elle ne défiera jamais frontalement Washington, mais refuse toute dépendance excessive.

Selon Korybko, New Delhi cherche à « équilibrer » les États-Unis par ses relations avec la Russie, tout en « bandwagoning »( s’aligner opportunément) partiellement par des accords commerciaux et militaires.

L’Inde coopère, mais garde ses distances. Elle refuse d’être enrôlée dans une confrontation frontale avec Pékin.

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Russie et Chine : contester sans rompre

La Russie et la Chine suivent une logique comparable.

Moscou investit dans les armements stratégiques, développe des partenariats multiples et maintient un canal de dialogue avec Washington. Elle défie, équilibre et négocie à la fois.

Pékin adopte la même triple posture : montée en puissance militaire, réseau de partenaires via les Routes de la soie, négociations commerciales.

« La Chine n’est pas différente », écrit Korybko. Elle conteste l’unipolarité tout en cherchant un accommodement.

Ni Pékin ni Moscou ne veulent la guerre. Mais aucun n’accepte la subordination.

Iran et Corée du Nord : la survie avant tout

L’Iran et la Corée du Nord incarnent des stratégies de survie.

Pyongyang s’appuie sur Pékin et Moscou pour éviter toute dépendance exclusive, tout en multipliant les démonstrations militaires.

Téhéran combine confrontation régionale, alliances alternatives et négociations nucléaires.

Korybko montre que ces États oscillent en permanence entre défi, équilibre et compromis, faute d’alternative crédible.

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La stratégie américaine : isoler la Chine

Du point de vue américain, l’objectif est clair : contenir la Chine.

Pour y parvenir, Washington cherche à attirer l’Inde et la Russie dans son orbite, à contrôler les ressources iraniennes, à neutraliser la Corée du Nord.

« Les États-Unis offriront probablement de meilleures conditions à l’Inde et à la Russie pour les éloigner de la Chine », analyse Korybko.

Il s’agit de fragmenter le camp adverse.

C’est une stratégie classique de puissance dominante.

Le risque du piège historique

Mais cette stratégie comporte un danger majeur.

Andrew Korybko évoque explicitement le précédent japonais de 1941. Acculé par les sanctions américaines, le Japon avait choisi l’affrontement.

La Chine pourrait un jour être confrontée au même « dilemme à somme nulle », prévient-il.

Se soumettre, ou se battre.

Plus Washington durcit sa politique, plus il rend ce choix probable.

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Vers un monde sans régulation

Dans cette logique de confrontation, le droit international devient secondaire. Sanctions unilatérales, contournement des institutions, instrumentalisation normative fragilisent l’ordre juridique mondial.

La rivalité stratégique supplante les règles communes.

Le multilatéralisme devient un outil, non un principe.

L’avertissement de Korybko

La conclusion d’Andrew Korybko est sans ambiguïté :

« La restauration de l’unipolarité américaine risque de provoquer la prochaine guerre mondiale si la raison ne l’emporte pas. »

Cet avertissement mérite d’être pris au sérieux.

Le XXIe siècle est multipolaire. Aucun État ne peut durablement prétendre le diriger seul. En refusant d’accepter cette réalité, Washington prend le risque de transformer la rivalité en affrontement.

L’histoire montre que les empires déclinent rarement en douceur.

À force de vouloir redevenir l’unique centre du monde, l’Amérique pourrait bien en devenir l’épicentre du prochain séisme.

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