EXCLUSIF – Le Grand Entretien avec Anne Fornier – Séisme au Venezuela : Anatomie d’une catastrophe annoncée dans un État à genoux

EXCLUSIF – Le Grand Entretien avec Anne Fornier – Séisme au Venezuela : Anatomie d’une catastrophe annoncée dans un État à genoux

lediplomate.media — imprimé le 05/07/2026
Anne Fornier
Réalisation Le Lab Le Diplo

Le 24 juin 2026 à 18h04 UTC, deux séismes de magnitude 7,2 et 7,5 frappaient le Venezuela à 39 secondes d’intervalle, à l’épicentre de San Felipe dans l’État d’Yaracuy. En quelques minutes, La Guaira, ville côtière abritant l’aéroport international et des centaines de milliers d’habitants, était dévastée. Au 27 juin, le bilan officiel dépasse 1 430 morts, 3 238 blessés et 50 000 disparus, dans ce qui constitue le séisme le plus puissant à frapper le Venezuela depuis 1900. Mais ce cataclysme ne surgit pas du néant : dès 2017, le géologue Franck Audemard avait alerté sur le « déficit de glissement » accumulé depuis deux siècles sur la faille de Boconó, suffisant pour un séisme de magnitude 7. Il surgit surtout dans un pays déjà à genoux, avec un système de santé effondré, un réseau sismique lacunaire, 8 millions de déplacés, une économie hors-sol et le régime Maduro contesté par une opposition nobelisée, dont la catastrophe naturelle va précipiter et révéler toutes les fractures politiques et humanitaires. Humaniste, géographe, spécialiste des risques géologiques en territoires vulnérables et fondatrice de la Fondation Volcano Active, Anne Fornier répond en exclusivité aux questions du Diplomate.

Propos recueillis par la rédaction

Le Diplomate : Deux séismes de magnitude 7,2 et 7,5 en 39 secondes, un double séisme d’une telle intensité, est-ce un phénomène rare ? Que s’est-il passé tectoniquement sous le Venezuela le 24 juin ?

Anne Fornier :  La faille de Boconó est la structure tectonique la plus importante des Andes vénézuéliennes, s’étendant sur plus de 500 km depuis la frontière colombienne jusqu’à la mer des Caraïbes. En tant que faille décrochante dextre (latérale droite), elle agit comme une structure transformante continentale reliant la subduction des Caraïbes aux systèmes de failles du nord du Venezuela. Son déplacement, estimé entre 4,3 et 6,1 mm par an, accumule une énergie élastique libérée par un cycle de « blocage et rupture », sculptant le relief à travers des bassins de traction (comme la vallée de la rivière Chama) et des rides de pression.

La dangerosité de ce système a été illustrée par un événement historique de « double choc » sismique. Un premier séisme de magnitude 7,2 dans le nord-est de la faille de Boconó (zone de San Felipe) a instantanément transféré sa contrainte élastique au segment adjacent. Cela a déclenché, à peine 39 secondes plus tard, un second tremblement de terre de magnitude 7,5 sur la faille de San Sebastián. Cette rupture en chaîne s’est comportée physiquement comme une seule fissure massive, où la première secousse a affaibli les structures et la seconde, trois fois plus énergétique, a provoqué des effondrements catastrophiques de Barquisimeto jusqu’à Caracas. En définitive, la faille de Boconó fonctionne comme une soupape d’échappement horizontale qui redessine le paysage andin et définit le risque sismique régional.

Dès 2017, le géologue Franck Audemard alertait sur la faille de Boconó : deux siècles de contraintes accumulées, un « déficit de glissement » suffisant pour un séisme majeur. Comment un risque aussi documenté peut-il ne pas avoir été davantage pris en compte ?

Le réseau sismique vénézuélien, autrefois l’un des plus denses d’Amérique latine, est aujourd’hui lacunaire, obligeant les chercheurs à s’appuyer sur des données américaines et européennes. La dégradation des capacités scientifiques d’un État est-elle toujours un signal d’alarme pour la gestion des risques naturels ?

La Guaira, une ville côtière dense, construite sur un terrain meuble, hébergeant l’aéroport international, s’est effondrée comme un château de cartes. Cette vulnérabilité urbaine était-elle prévisible, et comment les normes parasismiques, ou leur absence, expliquent-elles l’ampleur des dégâts ?

La faille de Boconó représente l’une des menaces sismiques les plus importantes pour le Venezuela, avec un historique d’activité et un potentiel destructeur bien documenté par la sismologie. Malgré ces connaissances scientifiques et l’existence de réglementations techniques, la perception générale est que le risque n’a pas été pleinement intégré dans la planification urbaine et la gestion des catastrophes. Cet écart peut être attribué à une combinaison de facteurs techniques, socio-économiques et de gouvernance.

La Fondation vénézuélienne de recherches sismologiques (FUNVISIS) a mené des études approfondies sur la faille de Boconó, la classant comme une structure hautement active et responsable de nombreux tremblements de terre historiques. Ces connaissances ont servi de base à l’élaboration de normes de construction parasismique dans le pays.

Le Venezuela dispose de la Norme COVENIN 1756, un code de conception et de construction parasismique qui a évolué au fil du temps. La version la plus récente, COVENIN 1756-1:2019, a remplacé celle de 2001 et a intégré des avancées significatives en ingénierie sismique, notamment de nouveaux critères pour le calcul du spectre sismique, des facteurs d’importance et des typologies structurelles plus détaillées. Ces normes établissent des exigences minimales pour la résistance des bâtiments, la qualité des matériaux, le calcul des charges sismiques et les systèmes de renforcement, dans le but de protéger les vies et de réduire les dommages structurels.

Malgré l’existence d’un cadre réglementaire actualisé et de la connaissance scientifique du risque, la mise en œuvre effective et le respect de ces normes présentent de sérieux défis :

Vulnérabilité des bâtiments anciens : Un pourcentage considérable des bâtiments existants au Venezuela a été construit avant la mise en œuvre ou la mise à jour des normes parasismiques, ou selon des standards moins rigoureux. Ces structures sont intrinsèquement plus vulnérables aux séismes.

Constructions informelles : La prolifération de constructions informelles, réalisées sans supervision professionnelle ni respect des codes techniques, est un facteur critique de vulnérabilité. Ces édifices manquent des critères de conception et de qualité de matériaux nécessaires pour résister à des événements sismiques, ce qui les rend susceptibles de s’effondrer ou de subir de graves dommages.

Manque de supervision et de contrôle : L’absence d’une supervision professionnelle et d’un contrôle rigoureux pendant les phases de conception et de construction contribue au non-respect des réglementations en vigueur. Des erreurs de conception et l’utilisation de matériaux de mauvaise qualité augmentent la vulnérabilité des bâtiments.

Facteurs socio-économiques : La situation économique complexe du Venezuela a impacté la capacité d’investissement dans l’entretien, le renforcement et la construction d’infrastructures parasismiques. La reconstruction après des événements sismiques est extrêmement coûteuse, avec des estimations atteignant des milliards de dollars, ce qui aggrave la crise existante. La priorité donnée à d’autres besoins urgents peut détourner les ressources de la mitigation du risque sismique à long terme.

Planification urbaine inadéquate : Malgré la disponibilité de cartes de risque sismique, la planification urbaine n’a pas toujours intégré efficacement ces données pour limiter la construction dans des zones de haute dangerosité ou pour exiger des standards de construction adéquats dans les zones vulnérables.

Culture de prévention : Bien que FUNVISIS encourage l’éducation sismique, la culture de prévention et la conscience publique sur l’importance de la parasismique peuvent être insuffisantes, ce qui rend difficile la demande sociale pour un respect plus strict des normes.

Le manque d’une mitigation efficace du risque sismique associé à la faille de Boconó n’est pas dû à l’absence de connaissances scientifiques ou de réglementations techniques. C’est plutôt le résultat d’une interaction complexe de facteurs incluant la vaste quantité de bâtiments vulnérables (anciens et informels), la faiblesse des mécanismes de supervision et de conformité, et les limitations socio-économiques qui entravent l’investissement dans la prévention et le renforcement. Aborder ce risque prévisible nécessite non seulement la mise à jour continue des normes, mais aussi un effort concerté en matière de contrôle, d’éducation, de planification urbaine et un investissement soutenu dans la résilience des infrastructures, en particulier dans un contexte de crise qui aggrave la vulnérabilité du pays.

Les États-Unis, en conflit diplomatique avec Caracas depuis des années, envoient 150 millions de dollars, deux navires de guerre et une équipe de 250 secouristes. L’Iran, lui-même ravagé par la guerre, envoie aussi de l’aide. Les catastrophes naturelles redessinent-elles, même temporairement, les lignes géopolitiques ?

Le Désastre comme Échiquier Géopolitique

À l’échelle internationale, les catastrophes naturelles de grande ampleur agissent comme des catalyseurs qui reconfigurent, au moins temporairement, les dynamiques de pouvoir et les alliances. Le récent « double choc » sismique au Venezuela (juin 2026) illustre parfaitement comment l’aide humanitaire devient un outil de diplomatie et de projection d’influence.

À la suite des séismes dévastateurs, des puissances mondiales aux intérêts divergents ont convergé dans l’assistance au Venezuela. D’un côté, les États-Unis ont mobilisé une opération d’aide gigantesque, annonçant initialement 150 millions de dollars puis portant ce chiffre à plus de 300 millions de dollars en assistance humanitaire, tout en envoyant des équipes de recherche et de sauvetage et en assouplissant certaines sanctions du Département du Trésor pour faciliter le flux de l’aide. De l’autre côté, l’Iran, un allié stratégique clé du gouvernement vénézuélien, a rapidement offert son soutien pour les opérations de secours et l’assistance technique.

Cette convergence d’aide provenant de nations historiquement opposées (États-Unis et Iran) sur un même territoire dévasté démontre comment la géologie peut forcer des pauses ou des reconfigurations dans les tensions géopolitiques. L’assistance humanitaire, bien qu’essentielle pour sauver des vies, opère également comme un mécanisme de pouvoir doux (soft power), où les nations rivalisent pour démontrer leur leadership moral, renforcer des alliances stratégiques ou gagner de l’influence dans une région riche en ressources mais plongée dans une crise profonde. 

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Le Venezuela comptait déjà 8 millions de déplacés, un système de santé effondré et une économie dévastée avant le 24 juin. Quand une catastrophe naturelle frappe un État déjà en crise humanitaire structurelle, quelles sont les dynamiques spécifiques, et les pièges, des opérations de secours ?

Le séisme de juin 2026 au Venezuela n’a pas seulement révélé la fragilité géologique de la faille de Boconó, il a mis à nu les failles systémiques d’un État en crise humanitaire structurelle. Dans ce scénario, les opérations de secours se heurtent à des obstacles qui dépassent le cadre logistique pour s’aventurer dans des dimensions éthiques et de sécurité humaine critiques.

La corruption institutionnalisée émerge comme le principal obstacle à une aide efficace. Le manque de transparence dans l’allocation des ressources et la discrétionnalité dans la distribution des fournitures vitales (nourriture, médicaments, carburant) génèrent une « économie du désastre » où l’aide est détournée ou conditionnée politiquement. Cette opacité non seulement ralentit la réponse, mais érode également la confiance des donateurs internationaux et approfondit la souffrance des populations les plus vulnérables, qui voient le secours se dissiper dans des réseaux de clientélisme et de détournement de fonds.

Sous ce manteau de chaos et de déprotection, la traite des enfants et des personnes devient une menace latente et dévastatrice. Le déplacement massif, la perte de foyers et la séparation des familles créent un environnement d’extrême impuissance. Les réseaux criminels profitent de la porosité des frontières et de la faiblesse des mécanismes de protection étatiques pour capturer des mineurs et des jeunes vulnérables, promettant une issue à la misère ou profitant de l’absence de registres et de surveillance dans les zones de catastrophe. La crise structurelle, en détruisant le tissu social et la capacité de garde de l’État, laisse l’enfance à la merci de l’exploitation.

La réponse internationale, marquée par la compétition géopolitique entre des puissances comme les États-Unis et l’Iran, se retrouve ainsi piégée dans un dilemme : comment canaliser une aide massive sans alimenter les engrenages de la corruption ni faciliter, par omission, l’opérativité des réseaux de traite. La prévention dans ce contexte n’est pas seulement technique ; c’est une lutte pour l’intégrité des systèmes de protection humaine. Investir dans la transparence, renforcer la surveillance communautaire et s’assurer que l’aide parvienne directement à ceux qui en ont besoin sont des impératifs qui transcendent l’ingénierie, étant essentiels pour éviter que la catastrophe naturelle ne se transforme en une tragédie morale irréversible.

Dans ce contexte de vulnérabilité interne et de compétition externe, la prévention doit être une priorité publique incontournable. Il est impératif que les acteurs politiques intègrent la gestion du risque géologique dans la planification urbaine, promeuvent des investissements dans des infrastructures sûres et renforcent la protection sociale. Prévenir aujourd’hui ne signifie pas seulement protéger des vies et réduire les coûts futurs, mais aussi poser les bases d’une résilience sociale durable qui est, en soi, un bouclier contre la dépendance externe et un atout géopolitique fondamental.

Le secteur de la construction, loin d’être purement technique, est intrinsèquement systémique. Il relie des disciplines aussi diverses que la géologie, l’ingénierie, la finance, l’assurance et les politiques publiques. Chaque bâtiment, chaque infrastructure, est un nœud au sein d’un vaste réseau de risques partagés. Une conception et une construction adéquates ne protègent pas seulement la structure individuelle, mais modifient la dynamique de tout le système. En réduisant la probabilité d’effondrements sociaux liés aux catastrophes, on favorise l’émergence d’une résilience qui s’étend à la stabilité régionale.

Du point de vue de la construction, la prévention exerce un effet multiplicateur. Investir dans des bâtiments de qualité, assurer le respect rigoureux des normes parasismiques et adapter les constructions aux particularités du terrain, ne prévient pas seulement les dommages matériels directs. Cela soulage également la pression sur les systèmes de santé, atténue l’instabilité économique post-catastrophe et prévient la fragmentation sociale. La résilience d’une nation face à ses menaces géologiques est un pilier de sa souveraineté.

On oublie souvent que tous les écosystèmes sont interconnectés et qu’un phénomène naturel peut en affecter plusieurs simultanément. La faille de Boconó, en interagissant avec le paysage andin et les populations qui l’habitent, illustre cette interdépendance. Il est crucial de reconnaître la complexité des risques géologiques pour mieux comprendre notre vulnérabilité collective.

María Corina Machado, prix Nobel de la paix et chef de l’opposition, a immédiatement exigé la libération de tous les prisonniers politiques pour qu’ils rejoignent leurs familles. L’état d’urgence décrété par Delcy Rodríguez peut-il être instrumentalisé par le régime Maduro pour consolider son pouvoir, ou, au contraire, cette catastrophe fragilise-t-elle davantage sa légitimité ?

Pour aborder cette question, il est fondamental d’intégrer la perspective d’organisations comme la Volcano Active Foundation, qui souligne que « les catastrophes ne sont pas naturelles, elles sont construites socialement, par manque de préparation, de prévention, de travail d’atténuation, d’éducation et de suivi ». Cette vision systémique est essentielle pour comprendre l’interaction entre un événement géologique et un contexte politique et social préexistant.

Les catastrophes naturelles agissent comme un test de résistance pour la gouvernance de tout État. Dans le cas du Venezuela, le séisme de 2026 a frappé un pays déjà plongé dans une profonde crise humanitaire structurelle, avec des institutions affaiblies, des infrastructures précaires et une polarisation politique aiguë. La capacité d’un régime à répondre efficacement à une catastrophe est un facteur déterminant de sa légitimité aux yeux de la population et de la communauté internationale.

Le décret de l’état d’urgence, annoncé par Delcy Rodríguez, a impliqué l’activation d’une structure civilo-militaire de contingence et l’imposition de restrictions immédiates. Ce type de mesures, dans des régimes aux tendances autoritaires, peut avoir un double tranchant :

D’une part, il existe un potentiel de consolidation du pouvoir. L’état d’urgence permet au gouvernement de centraliser le contrôle sur les ressources et la prise de décision, en contournant les procédures bureaucratiques normales. Cela pourrait, en théorie, accélérer la réponse, mais offre également des opportunités pour une utilisation discrétionnaire des fonds et l’exclusion des acteurs non alignés. De plus, sous l’état d’urgence, les gouvernements peuvent restreindre la liberté de la presse et d’expression, contrôlant le récit sur l’ampleur de la catastrophe et l’efficacité de la réponse. Cela peut être utilisé pour minimiser les critiques et projeter une image de contrôle et de leadership fort. L’activation des structures civilo-militaires peut renforcer la présence de l’État sur le territoire, en particulier dans les zones où son contrôle pourrait être plus faible, en utilisant l’excuse de la sécurité et de l’ordre public pour asseoir son autorité.

D’autre part, il existe un potentiel d’affaiblissement de la légitimité. Si la réponse du régime est inefficace, lente ou marquée par la corruption (comme cela a été souligné dans le contexte de l’aide humanitaire), la catastrophe peut exposer davantage les faiblesses du gouvernement et exacerber le mécontentement populaire. La perception que l’aide ne parvient pas aux plus nécessiteux ou qu’elle est détournée peut gravement miner la légitimité. Un régime qui ne parvient pas à protéger sa population des conséquences d’une catastrophe naturelle, en particulier lorsque la crise humanitaire préexistante aggrave la vulnérabilité, peut voir sa légitimité sérieusement remise en question. L’incapacité à fournir des services de base, un abri et la sécurité aux sinistrés peut générer un profond désintérêt et des protestations sociales, affaiblissant la cohésion sociale et la confiance envers le gouvernement.

La perspective de la Volcano Active Foundation résonne avec la situation vénézuélienne : les catastrophes ne sont pas simplement naturelles, mais leur impact est socialement construit. Le manque de préparation, de prévention et d’atténuation au Venezuela, exacerbé par des années de crise et de désinvestissement, a transformé le séisme en une catastrophe aux proportions magnifiées. L’absence d’une infrastructure résiliente, la faiblesse institutionnelle et la polarisation politique préexistante signifient que le régime de Maduro fait face à un défi de légitimité encore plus grand. La réponse à la catastrophe n’est pas seulement évaluée par sa rapidité, mais par son équité, sa transparence et son efficacité à long terme, des aspects où le bilan du régime a été contesté.

L’état d’urgence déclaré par Delcy Rodríguez, dans le contexte du séisme de 2026, représente une arme à double tranchant pour le régime de Maduro. S’il peut offrir des outils pour centraliser le contrôle et gérer le récit, il expose également les profondes vulnérabilités de l’État et l’inefficacité de sa gouvernance face à une crise de cette ampleur. La légitimité du régime dépendra de manière critique de sa capacité à démontrer une réponse efficace, transparente et humaine, qui donne la priorité au bien-être de la population au-dessus des intérêts politiques. Compte tenu de la crise humanitaire structurelle et des antécédents de corruption et de polarisation, il est plus probable que la catastrophe et la gestion de l’urgence servent à affaiblir davantage la légitimité du régime, en exacerbant le mécontentement populaire et la perception d’incompétence, à moins qu’un changement radical ne se produise dans la manière dont la crise est abordée et l’aide distribuée.

Vous affirmez que « les terres volcaniques et sismiques sont des terres au contexte géopolitique fort ». Dans un monde déjà fracturé par les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, les catastrophes naturelles : séismes, éruptions, inondations, etc. Sont-elles en train de devenir des vecteurs majeurs d’instabilité géopolitique et de recomposition des rapports de force ?

Loin d’être de simples événements géophysiques isolés, les catastrophes naturelles — séismes, éruptions, inondations — deviennent des facteurs majeurs d’instabilité géopolitique et de réajustement de la dynamique du pouvoir mondial. L’interaction entre la fragilité géologique et les tensions politiques préexistantes crée un scénario où la nature non seulement détruit, mais redéfinit également les alliances et les équilibres.

La Faille du Levant (également connue sous le nom de faille transformante de la mer Morte) est un exemple paradigmatique de cette interconnexion. Cette faille transformante majeure, qui s’étend sur environ 1 000 kilomètres, marque la limite entre la plaque arabique et la plaque africaine, traversant des régions d’une grande sensibilité géopolitique comme la Syrie, le Liban, Israël, la Palestine et la Jordanie. Historiquement, cette région a été un creuset de civilisations et de conflits, et son activité sismique a été une constante, avec des séismes dévastateurs enregistrés au cours des siècles.

La sismicité inhérente à la faille du Levant ajoute une couche de vulnérabilité à une région déjà caractérisée par l’instabilité politique, les conflits armés et les différends territoriaux. Un séisme de grande magnitude dans cette zone ne causerait pas seulement une catastrophe humanitaire massive, mais pourrait également :

•Exacerber les Conflits Existants : La destruction d’infrastructures critiques, le déplacement massif de populations et la lutte pour des ressources rares (en particulier l’eau, un bien déjà disputé dans la région) pourraient intensifier les tensions entre États et groupes non étatiques, ravivant des conflits latents ou créant de nouveaux fronts.

•Reconfigurer les Alliances et les Frontières : La nécessité d’aide humanitaire et de reconstruction pourrait forcer les acteurs régionaux à coopérer ou, au contraire, à se livrer une concurrence agressive pour le contrôle des ressources et de l’aide internationale. Cela pourrait modifier les alliances existantes et, dans des scénarios extrêmes, influencer la redéfinition de facto de certaines frontières ou zones d’influence. La diplomatie des catastrophes, où l’aide humanitaire devient un outil de soft power, permet aux puissances de projeter leur influence et de renforcer leurs relations avec les États touchés, comme cela a été observé lors de l’aide au Venezuela après le séisme de 2026.

•Impact sur la Sécurité Énergétique Mondiale : Le Moyen-Orient est une région vitale pour l’approvisionnement énergétique mondial. Une catastrophe sismique pourrait affecter les infrastructures pétrolières et gazières, interrompant le flux d’énergie et générant une instabilité sur les marchés mondiaux, avec des répercussions économiques et politiques à l’échelle planétaire.

Les Catastrophes Naturelles comme Catalyseurs d’Instabilité Mondiale

Dans un contexte mondial déjà fracturé par la guerre en Ukraine et l’instabilité persistante au Moyen-Orient, les catastrophes naturelles acquièrent une nouvelle dimension géopolitique. Ce ne sont pas seulement des tragédies locales, mais des événements capables de générer des ondes de choc qui se propagent à travers le système international :

•Pression sur les États Fragiles : Les catastrophes frappent plus durement les États dont la gouvernance est faible, les infrastructures précaires et les populations vulnérables. L’incapacité de répondre efficacement peut entraîner l’effondrement des services de base, des migrations massives et, en fin de compte, la déstabilisation des gouvernements, créant des vides de pouvoir qui peuvent être exploités par des acteurs internes ou externes.

Redirection des Ressources et de l’Attention Internationale : Le besoin d’aide humanitaire et de reconstruction après une catastrophe détourne des ressources financières et logistiques qui pourraient être destinées à d’autres fins, notamment l’aide au développement ou l’atténuation des conflits. Cela peut modifier les priorités de l’agenda international et la répartition de l’influence mondiale. La concurrence pour diriger la réponse ou pour être perçu comme le principal bienfaiteur peut reconfigurer les alliances et les perceptions au niveau mondial.

Opportunités pour la Diplomatie des Catastrophes : L’aide humanitaire devient un outil de soft power, permettant aux puissances de projeter leur influence et de renforcer leurs relations avec les États touchés. La concurrence pour diriger la réponse ou pour être perçu comme le principal bienfaiteur peut reconfigurer les alliances et les perceptions au niveau mondial, comme cela a été observé lors de l’aide au Venezuela après le séisme de 2026.

Impact sur la Sécurité Alimentaire et les Migrations : Les catastrophes naturelles peuvent dévaster les récoltes, détruire les moyens de subsistance et aggraver l’insécurité alimentaire, entraînant de nouvelles vagues migratoires qui, à leur tour, génèrent des tensions dans les pays d’accueil et sur les routes de transit.

En résumé, la géologie et ses manifestations extrêmes ne peuvent plus être considérées comme des phénomènes étrangers à la géopolitique. La faille du Levant, comme d’autres zones sismiques et volcaniques dans le monde, est un rappel constant de la manière dont la nature peut agir comme un acteur géopolitique, exacerbant les conflits, reconfigurant les alliances et mettant à l’épreuve la résilience des États. Dans un monde interconnecté et en tension constante, comprendre cette interaction est fondamental pour anticiper et gérer les futures dynamiques de pouvoir et de stabilité mondiale. La prévention et le renforcement de la résilience ne sont pas seulement des impératifs humanitaires, mais aussi stratégiques pour la sécurité internationale.

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