
Ancien député européen écossais (1999-2014), ex-président de la délégation du Parlement pour les relations avec l’Irak et de l’intergroupe « Amis d’un Iran libre », Struan Stevenson est aujourd’hui coordinateur de la Campaign for Iran Change (CiC) et président du Committee for the Search for Justice (ISJ). À l’occasion de la parution en français de Dictature et révolution : l’Iran, une histoire contemporaine (Les Presses du Midi) et de son nouvel ouvrage Compte à rebours avant l’effondrement : le régime iranien au bord du gouffre, il revient pour Le Diplomate sur la fragilisation interne du régime, le rôle du CNRI et des unités de résistance, ainsi que sur la « troisième option » qu’il oppose à la fois à la complaisance occidentale et à l’aventurisme militaire.
Propos recueillis par Le Diplomate Média
Le Diplomate : Vous vous êtes récemment rendu à Paris, où vous avez rencontré des sénateurs et des journalistes. Quels étaient les motifs de ces rencontres, et pourquoi maintenant ?
Struan Stevenson : Je me suis rendu à Paris pour le lancement de mon dernier ouvrage, « Compte à rebours avant l’effondrement : le régime iranien au bord du gouffre ». Ce livre repose sur deux propositions simples mais puissantes. Premièrement : la dictature religieuse qui gouverne l’Iran est la principale source de guerre, d’insécurité et d’instabilité dans la région – la tête du serpent. Son renversement est une condition sine qua non de la paix, non seulement au Moyen-Orient, mais dans le monde entier. Deuxièmement : cette transformation ne peut advenir par une intervention militaire étrangère ni par la complaisance. Un changement réel et durable ne pourra se produire que grâce au courage et à la détermination du peuple iranien lui-même – et grâce à sa résistance organisée.
Vous avez écrit de nombreux ouvrages sur l’Iran, abordant à la fois l’histoire contemporaine du pays et votre expérience personnelle en tant que député européen de 1999 à 2014. Votre dernier livre, « Compte à rebours avant l’effondrement : le régime iranien au bord du gouffre », a attiré l’attention du monde politique. Quel est le message principal de ce livre ?
En juin dernier, le Moyen-Orient est entré dans une ère nouvelle et dangereuse. Suite aux atrocités commises par le Hamas le 7 octobre 2023, financé, entraîné et dirigé par Téhéran, le conflit a finalement atteint les portes du régime iranien. Pendant dix jours, Israël a lancé des frappes aériennes dévastatrices contre les sites nucléaires et militaires iraniens, tandis que le régime ripostait par des salves de missiles visant Tel-Aviv et d’autres villes israéliennes. Les États-Unis sont ensuite entrés en action, frappant trois installations majeures des Gardiens de la révolution. Mais malgré les coups portés au programme nucléaire des mollahs, le problème de fond demeure. Le régime est toujours là, affaibli, mais pas anéanti. Le foyer d’instabilité au Moyen-Orient reste Téhéran. Un changement en Iran est non seulement nécessaire, mais inévitable. Et le pouvoir de ce changement ne réside ni à Washington ni à Bruxelles, mais dans les rues et les villes d’Iran même. Soyons clairs : cela exigerait une force organisée sur le terrain, ancrée dans l’histoire, populaire et indépendante de toute influence étrangère. Dans mon dernier ouvrage, j’observe et démontre comment les unités de résistance iraniennes, en pleine expansion et coordonnées par le principal groupe d’opposition, l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran, œuvrent à ce changement. L’OMPI (ou MEK) peut renverser le régime des mollahs. Le pouvoir des ayatollahs cible sans relâche ces unités de résistance, procédant à des arrestations, à des actes de torture et à des condamnations sévères, allant jusqu’à prononcer des peines de mort. Pourtant, il ne parvient pas à endiguer ce phénomène, qui se propage parmi une jeunesse désireuse de s’opposer au régime tout entier.
Votre précédent ouvrage, « Dictature et révolution : l’Iran, une histoire contemporaine », a été traduit en français cette année. Vous y retraciez l’histoire de la dernière dynastie iranienne et analysiez les perspectives d’un retour à la monarchie, ainsi que la question des alternatives au régime des mollahs. Quelles sont vos conclusions, et pourquoi ?
Pendant des décennies, le nom de Reza Pahlavi a plané comme une ombre sur la diaspora de l’opposition iranienne. L’héritier exilé de la dynastie Pahlavi, honnie par la population, est un rappel vivant des raisons pour lesquelles le peuple iranien s’est soulevé contre son père tyrannique, le Shah. Mais jamais avare d’une occasion de reconquérir le trône du Paon, Pahlavi a lancé… Une série d’initiatives qui débutent toujours en grande pompe, avant de sombrer dans l’oubli. Le dernier exemple en date est le projet « 100 villes – Une voix », dévoilé lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 16 février dernier, en présence de Pahlavi. Ce projet promettait des manifestations synchronisées à travers le monde, unissant les Iraniens sous sa bannière. Sa première action, prévue le 19 avril, devait concerner 19 villes. En réalité, seules 14 manifestations ont eu lieu, la plus importante se déroulant à Francfort avec une vingtaine de participants. D’autres rassemblements, parfois réduits à une seule personne avec une table et des drapeaux, ont pourtant été comptabilisés comme des « actions de soutien à Reza Pahlavi ». Depuis plus de trente ans, ces projets n’ont jamais survécu à leur lancement. Divergences idéologiques, autoritarisme arrogant de Pahlavi, rivalités pour le pouvoir et absence d’engagement populaire durable ont fragmenté les efforts.
Ce cycle incessant d’initiatives éphémères, souvent ambitieuses en apparence mais superficielles dans les faits, illustre les difficultés rencontrées par l’opposition en exil sous Pahlavi pour présenter une alternative cohérente au régime. Les échecs de Pahlavi découlent de trois faiblesses interdépendantes. Exilé depuis 1979, il n’a aucune présence physique durable en Iran. Tandis que les Iraniens ordinaires subissent la répression et la misère, il a mené une vie de richesse et d’opulence grâce aux milliards volés au peuple iranien par son père. Lors d’une conférence de presse à Paris le 23 juin, Reza Pahlavi a proclamé être déjà en « communication directe » avec des officiers du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), cherchant à établir « un canal officiel pour les questions militaires et de sécurité ». Il a affirmé que des membres des forces de l’ordre et de la police le contactaient et exprimaient le désir de se joindre à ce « sauvetage national ».
Il ne s’agit pas là de simples paroles en l’air, mais d’un revirement spectaculaire pour un homme qui se présente comme l’héritier de la monarchie et qui semble désormais prêt à enrôler les mêmes bras armés des mollahs pour son retour au pouvoir. Plus inquiétant encore, son entourage comprendrait Parviz Sabeti, ancien adjoint de la police secrète du Shah, la SAVAK. Que Pahlavi courtise les Gardiens de la révolution, une institution dont la vocation même a été la préservation du régime clérical, et qu’il renoue avec l’époque de la SAVAK, devrait alerter la diaspora iranienne et l’Occident. En fin de compte, le chemin de la liberté en Iran ne sera pas pavé d’alliances avec l’appareil dictatorial, qu’il soit revêtu d’uniformes verts ou d’écharpes rouges. Il doit jaillir du peuple lui-même, des femmes et des hommes qui, dans la rue, ont crié : « Mort à l’oppresseur, qu’il s’agisse du Shah ou du Guide suprême ! », et non pas un cri de ralliement lancé par des exilés négociant avec les alliés de leurs oppresseurs. Tout autre discours serait une trahison de leur sacrifice. Le peuple iranien a clairement exprimé son verdict : il rejette la tyrannie des mollahs et le retour de la couronne. Entre le turban et le trône, il ne choisit ni l’un ni l’autre. Il choisit la liberté.
Cette complicité entre le régime actuel et le prétendant à la monarchie vient d’être mise au jour depuis que la nouvelle fonctionnalité de géolocalisation de X a révélé la véritable origine des publications soutenant le retour de la monarchie ou faisant l’éloge du fils du Shah. Du jour au lendemain, une série de comptes censés être situés aux quatre coins du monde – et présentés comme preuve de l’immense popularité de Reza Pahlavi – ont été géolocalisés en Iran. X étant interdit en Iran, les utilisateurs qui utilisent un VPN pour éviter d’être identifiés, sont localisé à l’étranger, mais jamais avec une application Android localisé en Iran. Ainsi, les comptes qui continuent d’afficher cette application depuis l’Iran ne sont pas de simples internautes : ils se connectent sans aucune protection, via des réseaux sous contrôle étatique direct. Autrement dit, Ils font partie de la cyberarmée du régime ou bénéficient de son approbation explicite.
Cette révélation ébranle profondément le récit numérique construit autour de Reza Pahlavi. Une part importante de l’activité en ligne présentée comme un soutien populaire spontané apparaît désormais comme un mécanisme orchestré, encouragé, voire directement fabriqué par la République islamique elle-même. Il ne s’agit pas d’une adhésion idéologique, mais du fait que ce « prétendant », sans véritable ancrage, constitue un outil utile : un opposant de substitution, incapable de menacer le régime mais capable de détourner l’attention de l’opinion publique. Ceci confirme que le régime investit depuis longtemps dans la création de faux rivaux afin de mieux diviser la véritable opposition et de détourner l’attention des forces qui représentent un danger bien plus grave pour lui.
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Votre engagement actuel sur la question iranienne est remarquable : vous êtes président du Comité sur la protection des libertés politiques en Iran de l’ISJ (Comité pour la recherche de la justice). Vous avez également présidé la délégation du Parlement européen pour les relations avec l’Irak (2009-2014) et l’Intergroupe « Amis d’un Iran libre » (2004-2014). Pourquoi ? Pourquoi un eurodéputé écossais s’intéresse-t-il autant à l’Iran ?
Quand une personne atteint-elle le point de non-retour ? Pour moi, ce fut la pendaison d’une jeune fille de 16 ans en Iran pour « actes incompatibles avec la chasteté ». Atefeh Rajabi Sahaaleh a été pendue publiquement à une grue dans la ville de Neka en août 2004. Elle avait été violée et torturée pendant trois ans par un ancien membre des Gardiens de la révolution islamique, âgé de 51 ans, devenu chauffeur de taxi. Il a été condamné à 100 coups de fouet, et elle a été arrêtée, torturée, puis traduite devant le juge religieux en chef de Neka, Haji Rezai. Atefeh était tellement indignée par l’injustice de son traitement qu’elle a arraché son foulard et jeté une de ses chaussures au juge, commettant ainsi l’outrage au tribunal. Le juge l’a non seulement condamnée à mort, mais a également agi comme son bourreau, passant la corde autour de son cou avant que la grue ne l’entraîne, la gorge serrée par la corde. L’air était saturé. Le juge Rezai déclara que cela « lui servirait de leçon et la ferait taire ».
J’étais assise dans mon bureau au Parlement européen à Bruxelles, à l’automne 2004, lorsque l’ambassadeur de la République islamique d’Iran auprès de l’UE arriva pour une réunion prévue de longue date. Alors qu’il se lançait dans un long discours sur les réalisations de la révolution islamique en Iran, je levai la main pour le faire taire et dis : « La semaine dernière, votre pays a pendu publiquement une jeune fille de 16 ans. C’est un outrage à toutes nos valeurs européennes fondamentales que sont les droits de l’homme, les droits des femmes et les droits des enfants. Je suis profondément horrifiée par ce crime barbare. J’ai assisté avec consternation à la tolérance de votre pays face à la torture, la lapidation, les amputations et les exécutions publiques. Je ne peux plus rester les bras croisés. Je ne veux aucune explication ni tentative de justification de ce crime. Je vous prie donc de bien vouloir quitter mon bureau et je vous assure que vous n’y serez plus jamais le bienvenu ». L’ambassadeur semblait abasourdi. Il commença à parler, et je l’interrompis en demandant à mon équipe de le faire sortir. Je tremblais de rage. Ce jour-là, j’ai dit à deux représentants du CNRI travaillant au Parlement européen que j’étais prêt à aider l’opposition iranienne dans sa campagne pour renverser le régime cruel des mollahs.
À votre avis, quelles sont les chances de renversement du régime actuel, et que suggérez-vous aux pays occidentaux, en particulier à la France ?
Le régime actuel s’effondre sous le poids de sa propre corruption et de sa propre duplicité. Les années de duplicité de Khamenei, qui prétendait que ses ambitions nucléaires étaient pacifiques tout en scandant « Mort à l’Amérique », se sont soldées par un échec spectaculaire. Les Gardiens de la révolution et leur Force Qods sont devenus le bras armé du régime pour la répression et la terreur. Ils ont financé le Hezbollah au Liban, soutenu Bachar el-Assad en Syrie, armé les Houthis au Yémen et financé le Hamas à Gaza. En Irak, ils ont constitué des milices qui continuent de saper la démocratie et la souveraineté. Partout où… Dans le chaos qui règne au Moyen-Orient, l’influence de Téhéran est indéniable. Pourtant, alors que des milliards sont engloutis dans des guerres étrangères et des milices supplétives, le peuple iranien est plongé dans la misère. L’inflation est hors de contrôle. Le chômage explose. La corruption est endémique. Le rial ne vaut pratiquement plus rien. Des millions de jeunes Iraniens, brillants, instruits et talentueux, ne voient aucun avenir dans leur propre pays. Mais malgré la peur, malgré la répression, le peuple iranien n’a jamais cessé de résister. Avec la chute de Bachar el-Assad, la décapitation du Hezbollah, la destruction du Hamas et les attaques contre les Houthis au Yémen, Khamenei n’a jamais été aussi faible. Le prochain soulèvement national entraînera presque certainement le renversement du régime. Les nations occidentales doivent apporter leur soutien au peuple iranien et à son principal mouvement d’opposition démocratique, le CNRI. La France, l’UE et le Royaume-Uni doivent suivre l’exemple des États-Unis, du Canada et de l’Australie en inscrivant le Corps des gardiens de la révolution islamique sur leur liste noire et en fermant toutes les ambassades iraniennes, en expulsant leurs diplomates et en retirant les nôtres d’Iran.
Pourquoi considérez-vous le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) comme une alternative crédible au régime actuel ?
Il s’agit de la coalition politique la plus durable de l’histoire contemporaine de l’Iran. Le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) est capable de transformer l’Iran et le Moyen-Orient dans son ensemble en mettant en œuvre le plan en dix points de sa présidente, Maryam Radjavi, pour la paix, la démocratie, la justice et la fin du régime de tyrannie, de torture, d’exécutions et de menace nucléaire. Ce plan pour un Iran libre, démocratique et laïque envisage l’égalité des sexes, la liberté d’expression, l’abolition de la peine de mort et la coexistence pacifique avec les pays voisins de l’Iran. C’est cette vision que nous devons soutenir. C’est l’avenir que mérite l’Iran. Imaginez ce que signifierait la chute de ce régime. Plus de missiles iraniens au Yémen. Plus d’emprise du Hezbollah sur le Liban. Plus de Hamas armés par l’argent de Téhéran. Plus de milices qui sapent le pouvoir en Irak. Finie la menace nucléaire qui pèse sur le monde. L’effondrement de ce régime libérerait non seulement 90 millions d’Iraniens, mais transformerait aussi tout le Moyen-Orient.
Le CNRI est un parlement en exil de facto, doté de toutes les structures d’un gouvernement en devenir. Il bénéficie du soutien massif de la diaspora iranienne, notamment des jeunes de la deuxième génération post-révolutionnaire, ainsi que de la multitude d’experts, d’élites intellectuelles, de personnalités hautement qualifiées et d’universitaires contraints à l’exil en Europe et aux États-Unis. Mais, comme je l’ai mentionné, il s’agit d’une force profondément enracinée en Iran par son histoire, mais aussi grâce aux structures des unités de résistance qui opèrent efficacement sur le terrain. Il est pleinement préparé à prendre le contrôle initial après la chute du régime des mollahs, à assurer la sécurité et à élaborer une nouvelle constitution pour une république laïque et démocratique, après quoi le peuple iranien serait libre d’élire le gouvernement de son choix.
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Comment réagissez-vous aux accusations de certains milieux diplomatiques ou journalistiques qui qualifient les Moudjahidines du peuple ou la Résistance iranienne d’être une « secte », un mouvement « marxiste-islamiste » ou une organisation impopulaire en Iran ?
Comment se fait-il que des personnalités aussi diverses, y compris d’éminents dirigeants occidentaux, puissent soutenir un mouvement aussi controversé ? Pourrait-on imaginer un eurodéputé conservateur écossais comme moi, ou Mike Pompeo, ou Mike Pence, ou Charles Michel, et tant d’autres dirigeants, soutenir un mouvement « marxiste-islamiste » ? Ce serait absurde.
En réalité, dans ses efforts constants pour persuader les gouvernements occidentaux de maintenir une politique de complaisance, la République islamique d’Iran a orchestré une campagne de propagande sophistiquée et coûteuse. Au cœur de cette campagne…Ce récit repose sur une affirmation calculée : si la répression intérieure et l’agression régionale du régime sont indéfendables, il n’existe aucune alternative viable ou crédible avec laquelle l’Occident puisse s’engager. Cet argument, dissimulé sous le voile de la realpolitik, s’appuie sur l’adage bien connu selon lequel il vaut mieux « traiter avec le diable qu’on connaît ». Pour renforcer cette perception, Téhéran a lancé une vaste campagne de désinformation, tant en Iran qu’à l’étranger.
Sur le plan intérieur, le régime a investi massivement dans la production de centaines de longs métrages, de séries télévisées, de livres et d’articles, tous destinés à discréditer le CNRI et son principal membre, l’OMPI/MEK. Ces récits d’État présentent la Résistance comme une secte marginale, dépourvue de soutien populaire et impliquée dans le terrorisme, des allégations qui ont été complètement démenties par des recherches et des analyses indépendantes. Sur le plan international, le régime a fait appel à des journalistes et des universitaires « amis », dont beaucoup sont d’origine iranienne. Il a été révélé par la suite que certains de ces individus faisaient partie d’une opération d’influence secrète orchestrée par le ministère iranien des Affaires étrangères, connue sous le nom d’« Initiative des experts iraniens ». Ce réseau, infiltré, selon certaines sources, par les services de renseignement iraniens, a produit une série d’articles et de documents de politique générale trompeurs reprenant les arguments de Téhéran, contribuant ainsi à brouiller davantage les pistes du débat public dans les capitales occidentales.
Autre signe frappant de la profonde inquiétude du régime face à l’influence croissante de l’OMPI/MEK et du CNRI, notamment aux États-Unis et en Europe, a été le spectacle grotesque d’un procès par contumace lancé à Téhéran en décembre 2023. Lors de ce procès-spectacle, 104 hauts responsables de l’OMPI/MEK ont été inculpés dans le cadre d’une procédure hautement politisée. Le soi-disant juge, qui n’est autre qu’un mollah au service de la dictature, a non seulement déclaré que toute manifestation publique de soutien à ces personnes constituait un délit – par exemple, participer à une manifestation pacifique à Paris ou à Londres – mais a également lancé un appel extraordinaire à leur arrestation et à leur extradition des pays hôtes vers l’Iran, où ils seraient soumis aux peines les plus sévères du régime. Cette demande effrontée, formulée au mépris des normes juridiques internationales, souligne le désespoir du régime à faire taire son opposition la plus organisée et la plus persistante.
Ironiquement, l’ampleur et l’intensité de la campagne menée par le régime pour discréditer le CNRI et l’OMPI trahissent sa peur sous-jacente de leur influence. Si, comme le prétend Téhéran, la Résistance était réellement insignifiante et méprisée par le peuple iranien, pourquoi déployer un tel capital politique, financier et humain pour la réprimer et la diffamer ?
Quelles ont été vos expériences personnelles dans ce domaine ? Avez-vous subi des pressions pour avoir soutenu le CNRI ou pour avoir rencontré Mme Maryam Radjavi ?
J’ai moi aussi été personnellement touché par les campagnes du régime. Après avoir prononcé un discours au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève, où j’ai dénoncé le recours à la cyberguerre par le régime théocratique contre ses opposants, je suis rentré chez moi et j’ai constaté que mon site web avait été entièrement détruit. Lorsque j’ai contacté la société qui gérait la sécurité de mon site à Londres, elle m’a indiqué que parmi les milliers de sites qu’elle administrait, le mien était le seul à avoir été piraté. Elle a précisé qu’il s’agissait manifestement d’une opération sophistiquée. La reconstruction de mon site m’a coûté plusieurs milliers de livres sterling et mon mot de passe est désormais interminable ! Lorsque j’étais député européen, j’ai été mis en garde à maintes reprises par des parlementaires, des eurodéputés, et même des Premiers ministres et des chefs d’État de divers partis et États membres, et même par des ministres de mon propre gouvernement britannique, contre tout contact avec le CNRI et toute rencontre avec Mme Maryam Radjavi, en raison des pressions exercées par le régime iranien sur leurs États ou formations politiques. Il s’agissait là d’une politique de complaisance par excellence, qui n’a jamais fonctionné.
Votre ami Alejo Vidal-Quadras, ancien premier vice-président du Parlement européen, a été la cible d’un attentat à Madrid, et l’enquête a révélé l’implication du régime de Téhéran. Vous sentez-vous menacé ? Avez-vous été menacé par le régime iranien ?
Suite à la tentative d’assassinat de mon ami et collègue Alejo Vidal-Quadras, j’ai reçu la visite régulière de la Division spécialisée antiterroriste de la police écossaise. L’enquête a révélé que le régime a eu recours à des réseaux mafieux de trafic de drogue étroitement liés aux Gardiens de la révolution en Europe. Cet attentat, ainsi que les menaces qui pèsent sur les personnes soutenant la Résistance iranienne, démontrent avant tout l’efficacité de nos efforts pour dénoncer ce régime.
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Quelle est, selon vous, la vision du CNRI pour l’Iran de demain, et comment ce mouvement peut-il réussir à renverser le régime actuel ?
L’industrie pétrolière iranienne est paralysée par les sanctions occidentales depuis le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire de 2015, jugé profondément imparfait, conclu par Barack Obama en 2018, sous la première présidence de Donald Trump. Depuis son arrivée au pouvoir, Trump a mis en œuvre une stratégie de « pression maximale » contre l’Iran afin de paralyser son économie. L’inflation en Iran avoisine les 38,7 %, principalement en raison de la flambée des prix alimentaires. Conjuguée à l’effondrement du rial, la monnaie iranienne, qui a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis l’entrée en fonction de Massoud Pezeshkian en août 2024, cette situation a plongé le pays dans une pauvreté sans précédent. On estime que près des trois quarts des Iraniens peinent désormais à survivre avec des revenus inférieurs au seuil international de pauvreté.
Le peuple iranien est exaspéré de voir des milliards dépensés pour des campagnes bellicistes, le terrorisme international, le développement nucléaire et les missiles balistiques, alors même qu’il souffre de la faim. Une nouvelle hausse des prix du carburant pourrait déclencher un soulèvement national susceptible de chasser les mollahs du pouvoir. Cependant, dans ces conditions, un régime qui pratique une répression aussi sévère ne s’effondrera pas de lui-même. La chute d’un tel système exige l’action d’une force organisée, présente sur le terrain, bénéficiant du soutien populaire, de méthodes de leadership démocratiques et capable de guider un soulèvement et une transition pacifique. Les capacités organisationnelles du CNRI, son aptitude à mobiliser, sa résilience depuis plus de quatre décennies, la cohérence de sa direction et la clarté de son programme lui confèrent les moyens nécessaires pour mener à bien le transfert du pouvoir à la souveraineté du peuple iranien.
Quel est votre message aux Européens et à la communauté internationale pour résoudre la crise actuelle avec le régime des mollahs ?
Depuis des années, le régime iranien poursuit un programme d’armement nucléaire, soutient le terrorisme et alimente l’instabilité régionale. Des décennies de négociations n’ont pas permis de modérer le régime, et la récente guerre a démontré que les attaques militaires étrangères ne peuvent pas non plus engendrer de changement. Il y a vingt et un ans, Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), proposait une solution alternative : la « Troisième Option ». Rejetant à la fois l’apaisement et la guerre étrangère, elle prône un changement impulsé par le peuple iranien et sa résistance organisée. Aujourd’hui, cette proposition semble plus pertinente que jamais. Le régime iranien et ses apologistes occidentaux propagent deux récits fallacieux pour saper toute évolution démocratique. Premièrement, ils affirment que le régime est trop puissant pour être renversé, citant la récente guerre comme preuve de sa stabilité. Deuxièmement, ils prétendent qu’un changement de régime plongerait le pays dans le chaos, prenant pour exemples l’Irak, la Libye et la Syrie. Ils affirment qu’il n’existe aucune alternative et que l’Occident doit poursuivre son dialogue avec le régime, lequel cherche à saper la détermination internationale tout en ignorant le tissu social unique de l’Iran et son opposition organisée. Or, la réalité en Iran est tout autre.
À votre avis, le fondamentalisme islamique représente-t-il une menace mondiale ? Devrions-nous cibler l’islam dans son ensemble ou l’islamisme radical ?
Le « Reich de mille ans » d’Hitler n’a duré que douze ans. Dès lors, le régime iranien est largement dépassé. La révolution iranienne de 1979, qui a renversé le régime despotique du Shah, a rapidement été instrumentalisée par les mollahs et leur chef charismatique, l’ayatollah Rouhollah Khomeiny. Ce dernier s’est autoproclamé représentant de Dieu sur Terre, transformant la société iranienne du jour au lendemain et donnant naissance à ce que l’on appelle aujourd’hui le fondamentalisme islamique. Son héritage de répression et de corruption s’est perpétué sans relâche depuis lors. Depuis 46 ans, le credo révolutionnaire des mollahs, prônant un islam radicalisé, se résume en réalité à une politique de haine : haine de l’Occident, et en particulier des États-Unis ; haine des sunnites ; haine viscérale de l’Arabie saoudite et d’Israël ; et haine de toute minorité religieuse. La chute du régime théocratique des mollahs portera un coup fatal au fondamentalisme islamique à l’échelle mondiale.
Les principales victimes de ce fondamentalisme islamique sont les musulmans. Ce phénomène pernicieux s’arroge le monopole de l’islam. Il ne faut pas donner carte blanche à l’islamisme en le confondant avec l’islam. Ceux qui peuvent débarrasser le monde de cette menace sont avant tout les musulmans démocrates, comme on peut le constater en Iran. La force la plus résistante face au califat des ayatollahs est composée de musulmans éclairés.
Que pensez-vous de l’état d’esprit des dirigeants politiques européens que vous avez rencontrés ?
Trop de dirigeants européens ont adopté une politique d’entente ou de complaisance avec le régime, au lieu de s’opposer à l’autoritarisme iranien, aux violations des droits de l’homme et à l’agression extérieure. Cela témoigne d’un manque flagrant de principes diplomatiques chez certains dirigeants politiques. Cet état d’esprit a paralysé les décideurs qui auraient pu réagir fermement à la « stratégie des prises d’otages » de Téhéran, au terrorisme à l’étranger, à la répression intérieure et à l’expansion nucléaire et militaire. L’implication des gouvernements européens, par exemple dans le soutien à des mécanismes de contournement des sanctions, au titre de l’apaisement, est répréhensible. Les dirigeants occidentaux ont de fait légitimé, voire permis, la conduite du régime iranien. L’établissement de relations diplomatiques, économiques ou symboliques constitue une trahison des droits humains et de l’opposition en Iran. Concernant l’interdiction des rassemblements de groupes d’opposition et la répression des dissidents en exil, certaines décisions prises sous l’égide d’États européens représentent une violation flagrante du droit international et de la justice… une manifestation de complaisance servile envers le régime de Téhéran. En somme, là où certains responsables politiques européens perçoivent la diplomatie, le commerce ou les échanges comme pragmatiques ou stabilisateurs, il s’agit en réalité de lâcheté morale, de complicité avec la répression et d’incapacité à s’opposer à la tyrannie. Une « diplomatie de dialogue » sans fondement moral est non seulement naïve, mais aussi dangereuse, car elle laisse au régime iranien toute latitude pour agir en toute impunité.
Votre livre, « Le Cours de l’Histoire : Dix Repas qui ont Changé le Monde », a connu un grand succès au Royaume-Uni. Selon vous, quel est le lien entre les repas et la politique ?
Il est intéressant de répondre à cette question après avoir assisté à un petit-déjeuner de travail avec des sénateurs français à Paris le 25 novembre 2025. C’est mon expérience de ce type d’événements qui m’a incité à écrire ce livre. Les conversations que nous avons autour d’un repas peuvent être parmi les discussions les plus importantes de notre vie. En observant les coulisses des grands bouleversements, des guerres et des conflits idéologiques, on découvre souvent un repas soigneusement préparé qui réunit les protagonistes. Les « repas diplomatiques » ont été l’occasion de certains des repas les plus importants de l’histoire. Le pouvoir qui se cache derrière l’assiette et la psychologie sous-jacente des repas partagés se sont révélés à maintes reprises être un art d’une rare finesse, dont les Français et leur cuisine sont des maîtres incontestés. Depuis des siècles, la table est reconnue comme un forum unique où se mènent les négociations, où les différends s’apaisent et où les relations se scellent.
Mon livre, « Le Cours de l’Histoire : Dix repas qui ont changé le monde », explore en détail certaines des décisions les plus importantes prises autour d’une table, souvent avec des conséquences qui ont bouleversé le monde. Les dîners diplomatiques ont été utilisés comme outil politique avant, pendant et après nombre de bouleversements, guerres et conflits idéologiques majeurs des XIXe et XXe siècles. Aujourd’hui encore, ils demeurent un mécanisme diplomatique utile entre les nations, contribuant au maintien de relations de travail cordiales et constructives, même s’il serait simpliste de croire qu’ils constituent une solution miracle aux problèmes d’envergure auxquels le monde est confronté actuellement. Soyez-en toutefois assurés : je ne conseille pas de partager un repas avec le diable, et je ne partagerai jamais le pain avec les dirigeants iraniens qui représentent cette puissance maléfique.
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Struan Stevenson
Struan Stevenson est le coordinateur de la Campagne pour le changement en Iran (CiC). Il a été député européen pour l’Écosse (1999-2014), président de la délégation du Parlement pour les relations avec l’Irak (2009-2014) et président de l’Intergroupe des Amis d’un Iran libre (2004-2014). Il est auteur et conférencier international spécialiste du Moyen-Orient.
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