
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Une diplomatie qui perd sa crédibilité
Les dernières interventions publiques de Kaja Kallas ne sont pas de simples maladresses. Elles révèlent un problème plus profond : l’affaiblissement culturel et politique de la direction européenne. L’Union, qui aurait besoin de lucidité stratégique pour affronter les crises du siècle, se retrouve avec des figures qui amplifient la distance entre la réalité internationale et les positions exprimées à Bruxelles. Résultat : une Europe perçue par les grandes puissances comme un acteur confus, nerveux et facilement contournable.
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Quand l’impréparation devient un enjeu géopolitique
La succession d’affirmations historiquement discutables est devenue un dossier politique à part entière. L’idée que la Russie n’aurait été attaquée par personne au cours du dernier siècle, ou la surprise affichée face au rôle décisif joué par la Chine et la Russie dans la défaite du nazisme, relèvent d’une méconnaissance que n’importe quel manuel scolaire suffirait à corriger. Ce ne sont pas des erreurs isolées, mais les signes d’une fragilité culturelle susceptible de compromettre la position de l’Europe dans un système international marqué par la rivalité entre puissances.
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Un décalage croissant entre l’Europe et le reste du monde
D’autres capitales ont déjà tiré leurs conclusions. Aux États-Unis, l’absence d’interlocution avec des responsables de premier plan reflète un jugement politique sans ambiguïté. En Chine et en Russie, les réactions sont ouvertement sarcastiques, preuve de la facilité avec laquelle ces puissances transforment les maladresses européennes en outils de propagande. La circulation sur les réseaux russes de montages ridiculisant l’Alto Représentant n’est pas qu’une caricature : c’est l’illustration de l’avantage informationnel que l’Europe offre à ses rivaux lorsqu’elle trébuche sur des évidences.
Le dossier ukrainien et une lecture inversée de la réalité
Les positions défendues dans le contexte de la guerre en Ukraine illustrent un renversement complet des rapports de force. Présenter comme plausible l’idée que ce soit la Russie qui doive réduire ses effectifs et son budget militaire, alors que les combats lui sont largement favorables, relève d’un exercice rhétorique loin des faits. Une telle posture n’aide ni l’Ukraine ni la crédibilité de l’Union, et montre une diplomatie incapable d’évaluer correctement les équilibres de puissance au moment même où elle devrait en gérer les conséquences.
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Une crise culturelle avant même d’être politique
Le cas Kallas interroge le fonctionnement de la Commission dans son ensemble. Comment expliquer que des dizaines de conseillers, analystes et membres de cabinet ne parviennent pas à prévenir des déclarations aussi fragiles ? Comment comprendre l’incapacité à filtrer des discours et des notes qui exposent l’Union au ridicule ? Le problème n’est plus individuel. Il révèle un système devenu autoréférentiel, incapable de produire une direction capable de représenter un continent qui prétend jouer un rôle dans la compétition mondiale.
Une Europe toujours plus marginalisée
L’affaiblissement de la compétence entraîne un affaiblissement politique. Une Europe qui ignore les faits, qui simplifie les enjeux, qui se retranche derrière une rhétorique morale sans substance, devient un acteur prévisible et secondaire. Les grandes puissances l’ont compris : elles traitent l’Union comme un ensemble fragmenté plutôt que comme un pôle politique cohérent. Les capitales européennes, déchirées entre intérêts nationaux et contraintes communautaires, finissent par subir les décisions plutôt que de les influencer.
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Comment en est-on arrivé là ?
La situation actuelle n’est pas le résultat d’une seule erreur mais d’un processus de longue durée : l’Europe a progressivement remplacé la compétence par le conformisme, la prudence stratégique par un moralisme incapable de résister à l’épreuve des faits. La guerre en Ukraine a accéléré cette dérive, en mettant en avant des figures qui préfèrent le slogan au réalisme, l’indignation rituelle à la diplomatie.
C’est pourquoi le cas Kallas dépasse le simple embarras. Il symbolise un système qui a perdu le sens du réel et risque d’entraîner l’ensemble du continent dans une impasse faite d’ambitions démesurées et de moyens insuffisants. Une Europe aussi affaiblie et peu respectée n’est pas une fatalité. Mais pour inverser la tendance, il faudra retrouver la vision, la culture historique et la lucidité politique qui font aujourd’hui défaut.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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