ANALYSE – Vent d’Harmattan sur la stratégie française en Afrique de l’Ouest

Par Olivier d’Auzon
Alors que l’armée française prépare son départ définitif du Sénégal d’ici septembre 2025, les cartes militaires sont rebattues. Paris, contraint de quitter un à un ses bastions ouest-africains, explore des terrains encore stables, des alliances encore solides. Dans ce jeu d’équilibriste, la Mauritanie, vaste territoire aux confins du désert, devient soudain une pièce maîtresse.
Au bord du désert, un partenaire discret
À Nouakchott, capitale effacée sous les vents de sable, l’armée veille. Depuis plusieurs années, la Mauritanie est l’un des rares pays de la région à avoir réussi un pari que d’autres ont perdu : contenir les groupes djihadistes sans s’enliser dans la guerre. Le pays a su renforcer ses capacités militaires tout en gardant à distance la pression internationale, cultivant une autonomie stratégique devenue rare au Sahel.
C’est là, selon Africa Intelligence (4 avril 2025), que Paris envisage désormais de relocaliser ses moyens aériens. Les drones de surveillance et avions ISR (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance) actuellement stationnés à Dakar pourraient trouver refuge sur les pistes d’Atar ou de Nouadhibou, des localités peu peuplées, loin des regards, mais proches des zones sensibles du Sahel central.
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L’après-Sénégal : Entre retrait et redéploiement
Le départ de l’armée française du Sénégal est une étape symbolique dans le repli militaire français en Afrique. Après les ruptures brutales avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, Dakar représentait la dernière grande base aérienne de l’opération Barkhane et de ses avatars. Mais les tensions politiques croissantes et le virage panafricaniste du président sénégalais nouvellement élu ont précipité une décision attendue : la France doit partir.
À Paris, les états-majors se veulent pragmatiques. Loin d’abandonner toute présence, ils veulent désormais miser sur des partenariats plus souples, moins visibles. La Mauritanie, stable politiquement, alliée sans être vassale, offre un compromis séduisant : elle permettrait à la France de conserver un œil sur le Sahel, sans s’exposer frontalement aux critiques populistes qui gagnent les rues de Bamako, Niamey ou Ouagadougou.
Entre dunes et radars : Une alliance tactique
Sur les hauteurs arides d’Atar, les vents soufflent fort. Là, dans une base aérienne construite pour les besoins nationaux, des ingénieurs français pourraient bientôt installer leurs équipements. Le terrain est adapté : suffisamment éloigné des grandes villes pour rester discret, mais logistique et stratégique pour surveiller les mouvements dans la région du Tiris Zemmour et jusqu’aux frontières maliennes.
Des discussions techniques seraient déjà avancées, selon Africa Intelligence, entre officiers français et mauritaniens. Il ne s’agirait pas d’un retour en force à l’ancienne – la France a compris que les drapeaux trop visibles sont devenus des cibles. Non, cette fois, il s’agira de drones, de senseurs, de coopération ciblée, presque silencieuse.
La prudence stratégique de Nouakchott
Pour le président Mohamed Ould Ghazouani, ancien chef d’état-major et homme de renseignement, chaque pas est pesé. Accepter une présence française accrue serait politiquement risqué, même si les avantages militaires et logistiques sont évidents. La Mauritanie tient à son image de pays souverain et équilibré. Elle n’a pas oublié que le rejet de l’ingérence étrangère a enflammé ses voisins.
Mais elle connaît aussi la valeur de l’anticipation. À mesure que le G5 Sahel s’est désagrégé, que les mercenaires russes gagnent du terrain et que les groupes armés franchissent les frontières, l’appui technologique et l’expertise française gardent un prix. Il s’agit donc, pour Nouakchott, de négocier finement : accueillir sans se soumettre, coopérer sans s’exposer.
Une nouvelle grammaire militaire française
La France militaire en Afrique vit une métamorphose. Le temps des garnisons, des opérations lourdes, des relais politiques est révolu. À sa place émerge une nouvelle grammaire : modularité, intelligence, mobilité. La Mauritanie pourrait devenir le laboratoire de cette approche nouvelle.Mais la réussite de ce repositionnement dépendra aussi de la capacité de Paris à écouter ses partenaires, à sortir de ses réflexes d’ancienne puissance. À s’adapter. Car dans cette région où l’allégeance se gagne moins par les discours que par la confiance sur le terrain, l’avenir se jouera non dans les salons de l’Élysée, mais dans les sables discrets d’Atar, là où le ciel reste vaste et les enjeux immenses
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
