HISTOIRE – Tariq Ramadan jugé pour viols ou la fin d’une dynastie  

HISTOIRE – Tariq Ramadan jugé pour viols ou la fin d’une dynastie  

lediplomate.media — imprimé le 11/02/2026
Tariq Ramadan
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Ian Hamel

Du 2 au 27 mars prochain, Tariq Ramadan répond de viols sur trois femmes devant la cour criminelle de Paris. Le verdict devrait sonner la fin d’une dynastie née il y a bientôt un siècle dans la ville d’Ismaïlia, sur les bords du canal de Suez. En 1928, Hassan al-Banna, un instituteur, fonde la Confrérie des Frères musulmans. En 1958 son gendre, Saïd Ramadan, débarque à Genève avec pour mission d’islamiser l’Occident. A sa mort, en 1995, son plus jeune fils, Tariq Ramadan, prend le relais. Il connaît une irrésistible ascension, brutalement interrompue en 2017, avec les premières plaintes pour viols.   

Selon la légende, Hassan al-Banna, jeune instituteur âgé de 22 ans, reçoit un soir la visite de six compagnons qui lui demandent conseil pour « fortifier l’islam et améliorer les musulmans ». Dans ses mémoires, Hassan al-Banna leur demande de prononcer un serment d’obédience : « Dieu est notre but. Le prophète est notre chef. Le Coran est notre constitution. Le combat est notre chemin. La mort au service de Dieu est notre désir le plus cher ». Dès sa création la Confrérie des Frères musulmans, société secrète inspirée de la Franc Maçonnerie, annonce son ambition : l’établissement d’un État islamique sur la terre entière, suivi du retour du califat.   

Comment expliquer que les Britanniques, très présents sur les bords du canal de Suez, tolèrent la création de cette organisation secrète ? D’autant que les Frères musulmans ne se contentent pas de réislamiser les Égyptiens, ils veulent « libérer leur pays de la présence coloniale ». Hassan al-Banna reçoit même 500 livres égyptiennes de la part de l’Agence du canal de Suez afin de construire sa première mosquée. En fait, les Britanniques veulent encourager la Confrérie afin de contrer le Wafd, le principal parti nationaliste égyptien, grand vainqueur des élections de 1924. Pour l’allemand Matthias Küntzel, dont les travaux sont consacrés aux liens entre islamiste et antisémitisme, les Frères musulmans n’ont jamais sérieusement lutté contre l’occupant, se focalisant « presque exclusivement sur le sionisme et les Juifs ».  

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Saïd Ramadan collabore avec la CIA            

Les Britanniques auront vite l’occasion de s’en mordre les doigts pendant la Seconde Guerre mondiale, quand la Confrérie, forte d’un million d’adeptes, fera les yeux doux à l’Allemagne nazie et à l’Italie fasciste. Mais les Frères musulmans sont freinés dans leur ascension par l’assassinat d’Hassan al-Banna en 1949, et surtout l’arrivée au pouvoir du colonel Abdel Gamal Nasser en 1952 qui interdit cette organisation secrète. Saïd Ramadan, qui a épousé Wafa, la fille aînée d’Hassan al-Banna, ressenti comme son héritier, est contraint de fuir en 1954, d’abord en Syrie, puis à Genève. 

Aujourd’hui oublié, le père de Tariq Ramadan, né en 1926, était l’homme clé de la Confrérie. Présent en 1947 lors de la création du Pakistan, il noue des liens avec les islamistes de la Jamaat-i-islami. En 1948, il se bat aux côtés des Palestiniens dès la proclamation de l’État d’Israël. En 1953, il est reçu à Washington par le président américain Dwight Eisenhower. Au paroxysme de la guerre froide soviéto-américaine, les États-Unis veulent rallier les musulmans. L’islam n’est-il pas un contrepoids à l’athéisme communiste ? L’Occident croit pouvoir utiliser en sa faveur la puissance de la Confrérie. Arrivé à Genève en 1958, fondateur du Centre islamique de Genève, Saïd Ramadan collabore effectivement avec les services secrets américain, britannique et suisse, comme le révèlent les archives fédérales à Berne (1). 

Un moratoire sur la lapidation

En contrepartie, l’Occident ferme les yeux sur sa publication « Al Muslimoon », pourtant violemment anti-occidentale et antisémite, sur sa participation à la Ligue islamique mondiale, fondée par le prince Fayçal d’Arabie saoudite, chargée d’islamiser l’Europe, enfin, sur le financement d’une grande mosquée à Munich. Bien plus tard, en 1987, les Israéliens commettront, eux aussi, les mêmes erreurs en soutenant la création du Hamas, la branche palestinienne des Frères musulmans, pour contrecarrer l’Autorité palestinienne de Yasser Arafat. 

A la disparition de Saïd Ramadan en 1995, ses deux derniers fils se partagent les rôles. Hani, directeur du Centre islamique de Genève, peu médiatique, joue l’intégriste, prônant la lapidation en cas d’adultère. Tariq prend la posture du musulman modéré, il propose un « moratoire » concernant la lapidation. Professeur de français dans un collège à Genève, il séduit la hiérarchie catholique. Celle-ci lui propose de faire chaque semaine un exposé sur l’islam à l’université catholique de Fribourg. Tariq Ramadan n’est pas assistant, mais il se présente dans le journal « Le Monde » comme « professeur de philosophie et d’islamologie ».  

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Le soutien de l’abbé Pierre

 En Suisse, le député démocrate-chrétien Jacques Neirynck cosigne avec Tariq Ramadan Peut-on vivre avec l’islam ? En France, Mgr Jean-Michel di Falco, à l’époque porte-parole de la Conférence des évêques de France, écrit avec l’islamiste Faut-il avoir peur des religions ? Quand en 1996 le ministre de l’Intérieur veut interdire à Tariq Ramadan le territoire français, le petit-fils d’Hassan al-Banna reçoit le soutien de l’abbé Pierre, de Mgr Gaillot. Le groupe catholique Bayard édite son livre Aux sources du renouveau musulman, à la gloire justement… d’Hassan al-Banna. Plus tard, Tariq Ramadan sera même reçu à deux reprises au Vatican. 

« Alors que dans les banlieues, le fils de Saïd Ramadan demande aux musulmans de ne pas s’intégrer, de ne pas adhérer aux valeurs de la République », rappelle Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité à la DGSE, la Ligue de l’enseignement et la Ligue des droits de l’homme chantent ses louanges (2). Il a le soutien d’Alain Gresh, alors rédacteur en chef du « Monde diplomatique », d’Edwy Plenel, le fondateur du Mediapart, qui estime que « mélange de peur, d’ignorance et de préjugé, l’excommunication politicienne de Tariq Ramadan déshonore la France », et surtout du sociologue Edgar Morin, qui publie avec lui Au péril des idées. Les grandes questions de notre temps.  

Déjà condamné en Suisse

Depuis des décennies, la vie privée dissolue de Tariq Ramadan n’est guère un mystère. N’a-t-il pas été accusé d’abuser de certaines élèves quand il enseignait dans un collège à Genève ? Quant à la chroniqueuse Sophia Aram, elle évoque en ces termes « les agités de la braguette qui – comme Tariq Ramadan – jouent les grands inquisiteurs pour cacher les exactions qu’ils commettent avec leur quéquette ». A l’annonce des premières plaintes pour viols en 2017, des dizaines d’universitaires, de chercheurs, d’intellectuels, français, suisses, mais aussi britanniques, américains, canadiens, crient au complot. Ils signent des pétitions demandant qu’Emmanuel désavoue les magistrats en charge du dossier Ramadan. 

Au fil des ans, ces soutiens se sont montrés de plus en plus discrets, sans qu’aucun, toutefois, ne s’excuse auprès des plaignantes longtemps traînées dans la boue. Edgar Morin a même laissé entendre que ce n’était pas Tariq Ramadan qui avait violé trois femmes, mais que c’était « trois femmes qui avaient violé la vérité ». La justice suisse, plus rapide que les magistrats français, a déjà condamné définivement le prédicateur pour viol et contrainte sexuelle à trois ans de prison, dont un an ferme en août 2025. A Paris, il comparait en mars devant la cour criminelle pour viols sur trois femmes, dont un viol aggravé. Il a vainement tenté de demander le report de l’audience en raison du ramadan, expliquant que le jeûne l’affaiblirait physiquement. 

En cas probable de condamnation, Tariq Ramadan, 63ans, ira en appel, en cassation, et devant la cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg. Mais quel que soit le verdict, sa carrière est brisée. Le prédicateur a longtemps misé sur Maryam, sa fille aînée, pour prendre la relève. Mais celle-ci a préféré ouvrir un restaurant africain à Doha (Qatar). Fin de la dynastie. 

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