TRIBUNE – De l’inspiration à géométrie variable

Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques
« L’imagination est plus importante que le savoir » (Albert Einstein). Peut-être est-ce la conclusion que l’on peut/doit tirer de la présentation biaisée d’une actualité internationale chargée et complexe que nous livrent à jet continu les folliculaires de la bien-pensance germanopratine ? Quelques noms viennent aussitôt à l’esprit : Le Monde, Libération, Mediapart sans parler de quelques radios du service public.
Dans une vision manichéenne du monde, nos bons apôtres excellent dans l’adoption d’une posture morale, quasi-religieuse, peu soucieuse, le plus souvent, de l’objectivité des faits dont ils n’ont cure[1]. Le sens de la nuance ne constitue pas leur qualité première quand il s’agit de condamner sans appel les conservateurs et d’absoudre avec bienveillance les réformistes. Ils s’érigent en conscience universelle auto-proclamée décernant bonnets d’âne aux affreux réactionnaires et brevets de bonne conduite aux bienheureux progressistes. En dehors de cette dichotomie, point de salut dans l’analyse des grandes crises internationales actuelles.
La condamnation sans appel de l’internationale réactionnaire
La liste des infréquentables, des mécréants est aussi longue que celle de leurs immondes forfaits.
Benjamin Netannyahou focalise à lui seul l’ensemble des critiques visant Israël, fauteur de troubles par nature au Proche-Orient et sur toute la planète. Le parfait bouc émissaire des tourments du monde. « Le virus du totalitarisme saperait les fondations » de ce pays maudit à en croire les confidences d’un avocat israélien recueillies par Mediapart. Ni plus, ni moins. Il est vrai que l’Etat hébreu n’est entouré que de pures démocraties qui font pâlir d’envie le monde de la liberté et de l’état de droit ! Que n’a-t-on entendu après que le gouvernement israélien ait refusé de délivrer des visas d’entrée sur son territoire à une palette de députés du NFP invités par notre consulat général de France à Jérusalem (quasi-ambassade auprès de la Palestine) au motif d’un possible « trouble à l’ordre public ». Un couplet en bonne et due forme, de la part de LFI, sur le « pays qui ne respecte pas la démocratie » et autres carabistouilles du même acabit. Idem pour la querelle entre le premier ministre et le chef du Shin Bet. Chaque jour charrie son lot de condamnations sans appel de la bête immonde qui préside aux destinées d’Israël. L’homme responsable de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de génocide (poursuivi par la CPI), d’utilisation de l’arme de la faim (poursuivi par la CIJ)[2] a-t-il encore sa place en ce bas monde ?
Donald Trump, « ingénieur du désordre » pour Le Monde, n’est pas mieux traité par nos perroquets à carte de presse détenteurs exclusifs d’une information fiable Le bilan des cent jours leur fournit une occasion rêvée de tirer à boulets rouges sur Donald Trump. Il a l’immense tort de rechercher la paix en Ukraine. Ceci est tout simplement inadmissible. Il est vrai qu’il serait aux ordres du Kremlin, faisant fi des demandes de Kiev. Avec toutes les réserves d’usage, il semblerait que le projet de paix concocté par l’homme à la mèche blonde puisse prendre tournure à Rome et à Istanbul. Ses équipes mènent tambour battant des discussions en Oman avec les Iraniens – sous la menace de frappes américaines – pour parvenir à un accord sur le programme nucléaire militaire de Téhéran. Mais, ceci n’a que peu d’intérêt pour les bons samaritains parisiens. Les succès diplomatiques du milliardaire newyorkais (accord sur les terres rares, 30 avril 2025) ne seraient que de vulgaires trompe-l’œil. Nos experts de pacotille préfèrent cibler ses déconvenues dans sa guerre commerciale avec la Chine. On ne se refait pas. Ils passent sous silence la gaffe de Joe Biden à l’occasion des funérailles du pape François. Il aurait confondu sa femme avec celle du Premier ministre belge. Pendant quatre ans, il avait théoriquement barre sur le feu nucléaire. La publication d’un ouvrage récent témoigne de la pudeur de gazelle des démocrates sur le sujet.
Le trio de choc Meloni/Mileï/Orban est logé à la même enseigne que les gueux évoqués ci-dessus. Leurs résultats économiques et financiers sont encourageants mais ils sont obtenus grâce à une casse sociale sans précédent. Une fois encore, ces populistes, fachistes et autres qualificatifs peu élogieux sont arrivés au pouvoir par effraction et s’y maintiennent par quelques artifices populistes. Que font-ils donc aux funérailles du Pape François alors qu’ils auraient dû en être exclus ? Leur place est en enfer et non pas sur le paradis terrestre. La plume de nos Rouletabille n’est jamais assez acérée pour démolir le bilan de ces plaisantins arrivés au pouvoir par hasard.
Vladimir Poutine bénéficie d’un traitement de choix de la part du trio médiatique infernal depuis qu’il s’est lancé dans la conquête de l’Ukraine. Le dictateur sanguinaire mérite-t-il encore de vivre en ce bas monde, lui qui fait l’objet de poursuites de la vertueuse Cour pénale internationale (CPI) et de sanctions lourdes de l’Occident rédempteur ? Quand se retrouvera-t-il enfin derrière les barreaux de la très confortable prison de La Haye pour y répondre de ses nombreux péchés monstrueux et permettre une transition démocratique dans la Sainte Russie ? Le monde des moralisateurs attend avec impatience ce moment béni des Dieux. Chaque jour que Dieu fait, nos folliculaires instruisent le procès en sorcellerie du monstre sans la moindre retenue. Sans parler du fait qu’ils ignorent l’histoire tourmentée de la relation avec l’Ukraine.
Une question de la plus haute importance est posée. Tous ces représentants de l’axe du mal ne devraient-ils pas être excommuniés de la communauté des nations ? Place aux représentants de l’axe du bien qui portent haut l’étendard de l’internationale progressiste !
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L’absolution bienveillante de l’internationale progressiste
Heureusement qu’en ce bas monde, les régimes les plus louables dans leur gouvernance sont légion et tiennent le haut du pavé médiatique.
L’Algérie du président Tebboune apparaît comme un havre de bien-être, une démocratie avancée aux yeux de nos donneurs de leçons invétérés. On n’y embastille pas les opposants. On n’y détient pas sans procès arbitraire un écrivain franco-algérien qui a l’immense tort d’écrire ce qu’il pense. On n’y refuse pas l’octroi d’un visa à un avocat qui a le malheur d’être de confession juive. On n’y renvoie pas sans ménagement et, dans des conditions indignes, les immigrants illégaux sub-sahariens vers le Niger. On reprend aussitôt et sans barguigner ses propres ressortissants délinquants expulsés de leur pays de résidence. On n’utilise pas la corde sensible de la mémoire pour taire ses propres turpitudes, au premier rang desquelles la corruption. On n’y humilie jamais l’ancienne puissance coloniale coupable de tous les maux de la terre. On y pratique la politique de l’apaisement permanent. Assez d’humilier ce pays si bienveillant à l’égard de l’autre, ce modèle de tolérance, déclame urbi et orbi le trio médiatique infernal ! Rares sont les courageux qui osent dénoncer les multiples turpitudes de ce régime, en particulier dans sa relation avec la France à l’instar de l’ambassadeur Xavier Driencourt dans son dernier ouvrage[3].
S’agissant de la situation dégradée à Haïti en raison de l’activité de gangs qui mettent en coupe réglée le pays, nous n’avons rien compris. La cause du mal est ailleurs. Elle réside dans les innombrables méfaits de la lointaine colonisation française. Si cet État est failli, cela n’est pas de sa faute mais de celle de la France éternelle. Pour se faire pardonner ses péchés, Paris devra, d’abord, faire amende honorable en faisant appel à une commission d’historiens indépendants (Cf. celle sur l’Algérie avec le succès que l’on sait !) et, ensuite, ouvrir sa bourse vide pour tenter d’indemniser ce qui devrait l’être (un premier petit chèque de 21 milliards d’euros serait le bienvenu pour panser les blessures profondes du passé). Qui sont ces donneurs de leçons qui croient apurer les méfaits du monde d’hier à coups d’espèces sonnantes et trébuchantes ? Nous avons vu les brillants résultats de cette politique de la bourse déliée (qualifiée d’aide publique au développement) avec nos anciennes colonies africaines depuis les années 1960.
En Jordanie, les autorités interdisent les activités des Frères musulmans, jugées subversives. Qui y voit problème tant cette décision parait aussi logique qu’opportune avec de véritables terroristes qui ont du sang sur les mains ? Pas nos journalistes du Monde, très à cheval sur la liberté d’expression. Rien de tel en France. Lorsque la très sérieuse chercheuse du CNRS, Florence Bergeaud-Blackler décrit avec minutie et de manière incontestable l’entrisme des Frères musulmans dans notre pays, elle subit les foudres de la bien-pensance. Elle est interdite de conférence dans les universités de notre beau pays. Pire encore, elle est menacée de mort au point qu’elle vit désormais sous protection policière constante. Notre trio médiatique trouve cela presque normal puisque la Dame serait raciste et islamophobe. Cherchez l’erreur alors que, selon un sondage récent, 88 % des Français seraient pour l’interdiction des Frères musulmans sur notre territoire.
Au Nigéria, l’on profite de la semaine sainte de Pâques pour assassiner deux cents personnes qui ont le malheur d’être chrétiennes. L’on ne trouve guère d’article déplorant, condamnant ce crime de guerre, ce crime contre l’humanité, ce génocide … Ces mécréants ne l’ont-ils pas bien cherché en ne faisant pas mystère de leur foi dans le plus grand pays d’Afrique ? Mais, le site de l’homme à la moustache se fend d’un article pour un fait divers concernant une personne assassinée dans des conditions non encore élucidée dans une mosquée du sud de la France. Il se plait à le transformer en affaire d’État et à décréter qu’il serait la conséquence d’un climat politique islamophobe Manifestement, l’équipe de Mediapart est moins agressive lors d’attentats christianophobes (Père Hamel, Samuel Paty, Dominique Bernard) ou antisémites (les statistiques sont éloquentes). Les vies n’auraient-elles pas la même valeur pour le site de délation en ligne ? Curieux pour ne pas dire bizarre lorsque l’on se drape dans les oripeaux de la vertu outragée ! Encore une opération de récupération de la gauche LFI ! Le Monde n’est pas en reste, consacrant une pleine page à la manifestation contre l’islamophobie organisée en France le 27 avril 2025. Curieusement, le quotidien de référence est muet sur l’incident qui s’est produit lors de deux manifestations parisiennes successives. Le député Jérôme Guedj (de confession juive) a dû en être exfiltré alors que la foule criait « PS, parti sioniste ». Toute vérité n’est donc pas bonne à dire surtout dans notre trio médiatique à l’indignation à géométrie variable. Et, Le Monde se permet de nous faire la leçon sur le danger du « deux poids, deux mesures ». On croit rêver.
Au Pakistan, l’on renvoie, sans autre forme de procès, cent mille réfugiés afghans vers leur charmant pays. Ils n’ont plus rien à faire dans cette Mecque des droits de l’homme qui a pour capitale Islamabad. Mais où sont donc passés nos âmes sensibles qui crient à l’ignoble lorsque les autorités françaises veulent renvoyer quelques délinquants sous OQTF vers leur paradis algérien ? Qu’en dit notre trio médiatique à l’affût de tout dérapage des forces de l’ordre, des administrations françaises ? Curieusement, il reste muet. Les Afghans seraient-ils des sous-hommes ?
En Tunisie, cela fait plusieurs mois que le régime du président Kaïs Saïed prend une tournure autoritaire et répressive, ne tolérant pas la moindre contestation. Silence dans les rangs ! Mais, nos bonnes âmes détournent pudiquement leur regard de ce pays, préférant se concentrer sur la situation – catastrophique, il est vrai – à Gaza. Il faudra attendre cinq jours pour que le Quai d’Orsay se décide à condamner les peines de prison disproportionnées infligées aux opposants. Il ne faut pas désespérer la « Rue arabe » du Quai des brumes ainsi que ses adaptes de la diplomatie des droits de l’homme. Ne nous faisons pas d’illusion, l’indignation ne durera que l’espace d’un matin ! La politique de l’essuie-glaces effacera bien vite cette information éphémère et dérangeante.
En Turquie, le nouveau Sultan a la main lourde contre les opposants à son régime de fer. Il embastille le maire d’Istanbul, le déchoit de ses titres universitaires afin qu’il ne puisse pas se présenter aux prochaines élections présidentielles. Quelques jours plus tard, les amis de l’édile d’Istanbul prennent le chemin des accueillantes prisons turques. A-t-on vu ou entendu nos médias moralisateurs appeler à défiler dans les rues de Paris pour dénoncer ces atteintes inacceptables aux droits élémentaires de la part d’un pays membre du Conseil de l’Europe ? Dans la capitale et dans les villes des Territoires, le seul objet des défilés est et doit être la dénonciation des atteintes aux droits de l’homme à Gaza. Qu’on se le dise dans les chaumières de notre Douce France.
L’Ukraine est présentée comme un pays exemplaire puisqu’il est victime d’une agression russe. Mais, nos Rouletabille font l’impasse sur le népotisme ambiant, la corruption endémique, les atteintes récurrentes à la démocratie et aux droits de l’homme qui gangrènent la patrie de Volodymyr Zelensky. De minimis, non curat praetor ! Il faudra bien admettre un jour prochain les Ukrainiens au sein de l’OTAN et de l’Union européenne. Ils le valent, bien ayant été le dernier rempart avant la déferlante des chars russes vers Paris et les autres capitales de l’Europe de l’Ouest annoncée par nos experts médiatiques des relations internationales. Heureusement, un ouvrage récent écrit par un observateur de l’OSCE permet de comprendre l’ampleur de la manipulation médiatique orchestrée depuis une décennie au sujet de l’Ukraine[4].
Le camp du Bien ne présente jamais ses excuses ni ne reconnaît ses fautes, y compris les plus patentes et incontestables.
« Les ingénieurs du chaos »
« J’imite de Conrart le silence prudent » (Nicolas Boileau). Cette remarque va comme un gant aux dignes représentants de notre haut clergé médiatique dont l’impartialité laisse rêveur. Il participe à nourrir un monde saturé de bruit, de posture et d’immédiateté … une époque de platitude. Et cela en toute impunité. Et, comme le souligne George Orwell dans sa préface de La ferme des animaux : « Le véritable ennemi, c’est l’esprit réduit à l’état de gramophone ». N’est-ce pas le mal profond dont souffrent nos comiques involontaires que sont ceux du Monde, de Libération et de Mediapart avec leurs péroraisons martiales ? Répétons-le, l’indépendance et l’impartialité de ces gratte-papier sont des leurres. Leurs récits relèvent souvent de la fiction, de la chimère et du rêve de personnes convaincus de leur vérité. Un grand dessillement est nécessaire. Raison de plus pour regarder le monde en face sans retard, sans œillères idéologiques. Faute de quoi, nous irons, tels des somnambules, de surprise en surprise stratégique. Des dangers de l’inspiration à géométrie variable !
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Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur
[1] Jean Daspry, De l’indignation à géométrie variable, www.lediplomate.media.fr , 4 février 2025.
[2] Éditorial, Israël doit renoncer à l’arme de la faim, Le Monde, 3 mai 2025, p. 28.
[3] Xavier Driencourt, France-Algérie, le double aveuglement, éditions de l’Observatoire, 2025.
[4] Benoît Paré, Ce que j’ai vu en Ukraine 2015-2022. Journal d’un observateur international, L’Artilleur, 2025.
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