ANALYSE – Donald Trump s’invite dans la poudrière congolaise

 Trump et en fond une carte de la république démocratique du congo
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

Le président américain mise sur une signature rapide d’accords entre Kinshasa et Kigali pour mettre fin à la guerre dans l’Est de la RDC. Mais en coulisses, les négociations achoppent sur plusieurs points.

Des accords sous pression : Trump face au chaos du Kivu

Sous les projecteurs, Washington affiche un optimisme mesuré. Le président Donald Trump, engagé dans un retour spectaculaire sur la scène diplomatique africaine, tente de forcer la main aux présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame pour parapher un accord bilatéral censé apaiser les tensions meurtrières dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). 

Ce plan, préparé dans la plus grande discrétion par des diplomates américains depuis mars, vise notamment un retrait progressif du M23, soutenu par Kigali selon Kinshasa, en échange de garanties économiques et sécuritaires pour le Rwanda.

Mais derrière l’agenda officiel, les discussions piétinent. Comme le révèle Africa Intelligence (13 mai 2025), les principaux points de blocage concernent la reconnaissance implicite par Kinshasa du rôle de Kigali comme médiateur régional, l’amnistie de certains cadres du M23, et surtout, l’avenir du dispositif sécuritaire conjoint dans le Nord-Kivu.

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Kinshasa résiste, Kigali temporise

Côté congolais, les lignes rouges sont claires : aucun compromis sur l’intégrité territoriale, aucun dialogue direct avec les commandants du M23, et un refus catégorique d’officialiser un quelconque statut spécial pour les Tutsis congolais, régulièrement évoqué par Kigali comme préalable à la désescalade. L’entourage de Tshisekedi craint une légitimation politique du mouvement rebelle qui contrôlerait encore, selon plusieurs sources locales, près de 30 % du territoire du Nord-Kivu au début du mois de mai.

De son côté, Paul Kagame, s’il feint de jouer la montre, voit dans l’initiative américaine une opportunité de briser l’isolement diplomatique croissant de Kigali, fragilisé par des accusations répétées de soutien au M23 et par les tensions persistantes avec l’Ouganda. Selon Africa Intelligence, l’équipe de Paul Kagame tente d’inclure dans l’accord des clauses sur la libre circulation des marchandises et sur l’exploitation partagée des ressources minières transfrontalières, notamment dans la zone de Rubavu-Goma.

L’ombre des minéraux stratégiques

Derrière les enjeux sécuritaires, c’est le contrôle des minerais stratégiques qui alimente la méfiance. Le coltan, le lithium et le cobalt du Kivu, cruciaux pour les technologies vertes et les batteries électriques, attisent les convoitises. Les États-Unis, dans leur rivalité croissante avec la Chine, entendent sécuriser des corridors logistiques alternatifs pour l’approvisionnement de leurs industries, en s’appuyant sur des partenaires politiques dans la région.

À ce titre, Trump verrait d’un bon œil une stabilisation rapide, qui permettrait l’installation de sociétés américaines sous contrat dans les zones “sécurisées” par l’accord. Un projet de joint-venture minière américano-congolaise est d’ailleurs à l’étude, avec des opérateurs comme Freeport-McMoRan, selon Africa Intelligence.

Un accord fragile sous l’œil méfiant de la société civile

Mais la société civile congolaise reste profondément sceptique. À Goma, Bukavu ou Beni, les ONG et collectifs de victimes dénoncent un processus opaque et centré sur des logiques géostratégiques au détriment des populations locales. “On nous impose une paix sans justice”, déplore un activiste du collectif LUCHA. Pour ces acteurs de terrain, aucune paix durable ne peut être imposée sans un réel désarmement, une reddition des chefs de guerre et un processus judiciaire inclusif.

Vers un sommet Trump–Kagame–Tshisekedi ?

Malgré les blocages, la Maison Blanche espère encore organiser un sommet tripartite d’ici la fin juin, probablement à Nairobi ou à Dubaï. Mais les diplomates américains redoutent qu’un énième incident sur le terrain – attaque contre un convoi humanitaire, incursion transfrontalière, ou flambée interethnique – ne fasse capoter l’ensemble de la dynamique.

Le plan Trump pour l’Afrique centrale, voulu comme une démonstration de force diplomatique à quelques mois de l’élection présidentielle américaine, se heurte à la complexité explosive du Kivu. Et plus encore, à la profonde défiance entre deux capitales que tout oppose, sauf peut-être la peur d’une guerre régionale incontrôlable.

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